Si je te dis qu’on est sur un blog voyage et moto, et si je te demande un grand film de roadtrip américain des années 70, tu réponds quoi ?

Easy Rider bien sûr !

Raté.

Easy Rider est sorti en 69. Un grand film, certes. Qui a bien marqué les années 70, évidemment. Mais qui a pris un sacré coup de vieux. Et si mon cœur est à deux roues, ma cinéphilie penche pour la Dodge Challenger de Vanishing Point, l’autre grand road-movie de la contre-culture américaine, sorti en 1971.

Bande annonce pour la ressortie en salles 2016.

Vanishing Point, rapide et furieux

Soit Kowalski, un type dont tu sais pas grand chose au début, sinon qu’il est vraiment pas manchot avec un volant, qu’il a une voiture à livrer, et parie avec un pote / dealer qu’il peut rallier Denver à San Francisco (1930 bornes, en ligne droite) en quelque chose comme 15h.

Kowalski aura pas l’intention de s’arrêter. Jamais.

Sa Dodge Challenger fonce à toute berzingue dans les grandes étendues d’Utah et du Nevada, où les flics, désœuvrés et un tantinet agacés, tardent pas à se lancer à sa poursuite.

Point limite zéro, pied au plancher

Bientôt 40 ans après, la première partie du film, avec des cascades réglées au couteau, a pas grand chose à envier aux meilleurs Fast and Furious. J’ai eu la chance de découvrir le film au cinéma, pour sa ressortie en 2016. Sur grand écran, c’est une claque : cascadeurs et chef opérateur (le type responsable de la qualité technique et esthétique de l’image) se sont surpassés pour signer deux-trois scènes ébouriffantes.

Vanishing Point Point Limite Zéro Dodge Challenger
Cascade garantie 100% sans fond vert.

(Garde en tête que les caméras de l’époque étaient bien plus lourdes et contraignantes qu’aujourd’hui. Et les dernières GoPro disposent de stabilisation d’image autrement plus costaude que ce qu’on pouvait faire en 1970).

Entre Bullit, French Connection et Police Fédérale Los Angeles, Vanishing Point, Point Limite Zéro (en français) est de ces films qui ont repoussé les limites de la course-poursuite au ciné.

Mais pas que.

J’aimerais pas te vendre le film pour ce qu’il n’est pas : un film d’action mené tambour battant. Car Vanishing point bascule assez vite dans la quête existentielle.

L’important n’est pas tant la destination que le voyage, la trajectoire, tu le sais. Celle de Kowalski traverse autant les grands espaces américains que les Etats-Uniens vintage seventies qui la peuplent.

Des prédicateurs du désert. Un charmeur de serpents. Un couple de hippies, dont une nenette qui fait de la moto à poil, incarnation absolue de la beauté et de la liberté. Et un animateur radio aveugle, qui dans ses monologues entretient un lien quasi mystique avec Kowalski.

Cleavon Little Super Soul
Super Soul, le DJ ange gardien de Kowalski dans Vanishing Point.

La caméra s’attarde sur les gueules ridées et mutiques de l’americana, à la manière de la photographe Dorothea Lange. Dans les arrières plans, le trouble : l’impression de voir autant des figurants que de vrais badauds venus observer le tournage.

D’où l’idée d’un film peuplé de fantômes, ou plutôt golems de cinéma.

Des êtres hybrides, inachevés. Autant témoins d’une époque, que de la cavalcade d’un des derniers héros américains, épris de vitesse et de liberté.

En filigrane, la guerre de Vietnam, et le mot “love”, qui revient plusieurs fois sur des murs de brique ou de tôle rouillées de ceux qui ont planté leur tanière en dehors des suburbs endormis.

Un road movie comme on en fait plus

Point limite zéro est un chef d’oeuvre fulgurant des années 70 : une décennie de cinéma passionnante, où on maniait beaucoup plus facilement l’ambiguïté et la noirceur qu’aujourd’hui. Où on posait des questions plus qu’on ne donnait de réponses. Où une voiture avait pas besoin de moteur gonflé à la kryptonite pour marquer l’asphalte. Et où un personnage avait pas besoin de se masquer, de balancer des blagues entre deux coups de tatane pour être inoubliable.

Une époque où on faisait du cinéma d’adulte, quoi.

Jolie fille à moto Point Limite Zéro
Juste su-blime. Hé oui, je me démerde quand même pour caser de la moto dans un film de bagnole.

Autour de Vanishing Point :

Si jamais tu t’offres le Blu-ray – celui de 2013, avec la jaquette toute moche – tu auras une image impeccable. Un commentaire audio du réal honteusement non sous-titré. Une chouette conversation qui réunit le réal, l’acteur principal, et l’actrice qui jouait la pépée à poil sur la moto (avec sous-titres, ouf). Plus un bonus sur la voiture du film et deux spots tvs, avec la bande-annonce originale.

Il existe un téléfilm remake de 1997 avec Viggo Mortensen. Visible en V.0 non sous-titrée et de manière illégale sur Youtube. Je te le conseille pas. C’est d’une nullité insondable, qui tombe dans tous les pièges possibles et imaginables, tendance téléfilm pour ménagères de moins de 50 ans sur la TNT.

Tu peux trouver sur YT une scène coupée mythique (jamais montrée en salles sauf en Angleterre, va savoir) avec une Charlotte Rampling renversante de beauté. Ne la regarde pas avant d’avoir vu le film.

Si tu accroches à Vanishing Point et t’intéresses aux années 70 au cinéma, je te conseille l’excellent, quoi qu’un peu raide, documentaire We Blew It, en partie tourné à Goldfield, ville phare de Vanishing Point. Son réal, Jean-Baptiste Thoret (que j’ai longuement interviewé), était très proche du réalisateur Richard C. Sarafian. Il m’a confié que celui-ci avait écrit une suite à Vanishing Point.

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