On hésite souvent à voyager seul. Poids des conventions, peur pour sa sécurité… le problème c’est qu’on est pas tous accompagnés. Ni bien accompagnés. A toi qui sens l’appel de l’aventure autant que l’odeur de tes pantoufles usées, à toi qui es du sexe dit “faible” (serait temps qu’on arrête avec ça, d’ailleurs) et dont les copines sont pas libres pour bourlinguer mais se privent pas te te dire que oh la la, c’est pas très safe de partir seule, j’ai qu’un mot à dire : ballec’ !*

*Ballec’, contraction de “on s’en bat les coucougnettes”.

Pourquoi voyager seul (e) ?

Solo, tu es plus disponible et plus abordable pour les rencontres. Je parle pas de promiscuité olé-olé (quoi que) mais de la bulle que tu formes inconsciemment avec ton, tes compagnons de voyage.

Elle se suffit à elle-même tout en tenant les autres à distance. Voyager seul, c’est susciter la curiosité, tout en allant de fait plus vers l’autre, que ce soit pour demander ton chemin, demander à ce qu’on te prenne en photo… ou juste pour parler parce que tu as reconnu un compatriote, ça fait une semaine que tu as pas parlé français et ça te manque un peu.

Tu es entièrement libre d’aller ou tu veux, de pas te laver si tu veux (quand tu peux), de t’arrêter quand tu veux, partir quand tu veux, rester le temps que tu veux. De pas avoir à rompre ton flow pour t’arrêter faire pipi ou parce qu’untel est fatigué(e).

Tu veux sourire ? Y’a pas longtemps mon padre s’est payé son premier voyage organisé, pour découvrir que “c’est dommage, on est resté peu de temps à certains endroits où j’aurais bien aimé m’attarder, et on est passés devant des trucs sympa en coup de vent”. Tadaaaa !

Seul, tu es constamment forcé de te prendre en charge, de sortir de ta zone de confort, de gérer toi-même les imprévus, la solitude, les embrouilles. C’est la meilleure façon d’apprendre à te connaitre toi-même et te dépasser. J’en ai eu la confirmation cette année encore avec mes démêlés à la frontière croato-bosniaque.

camping solo voyage solo ou à plusieurs
Ma tête quand je suis seul en camping à la roots et que je me rends compte que j’ai oublié le P.Q. Nota : c’est pas moi, hein, j’ai pris la photo sur CC Madichan sur FlickR

Libéréeeeee, délivréééééeeee

Seul, tu joues pas de rôle, tu es nu(e), tel que tu es, sans ton masque social et ça fait un bien fou. Certains hausseront un sourcil perplexe à la lecture de ceci. C’est juste la somme de ce que je viens de te raconter.

Liberté, autonomie, disponibilité, et puis si tu as des failles c’est pas grave non plus. Il y a personne pour te voir pleurer parce que t’arrives pas à monter ta tente ou que tu as raté le seul bus de la journée. Pleure le temps qu’il te faut, puis respire un bon coup : tu vas trouver une solution.

Les restaus seul, la première fois ça fait incongru, ensuite c’est un gros kiff, comme un bon bain chaud / verre de rouge après une pluvieuse et frisquette journée d’automne.

Tu sais qu’en Corée du Sud, la pression sociale est tellement forte qu’on voit émerger des mouvements de solitude volontaire ? Sans aller jusque là, pourquoi pas porter de temps en temps un toast à toi-même en restau, pour te féliciter d’avoir franchi le pas et d’être seul à 4000 bornes de chez toi ? Allez, fais pas de manières, tu sais que tu le mérites.

En voyageant en solo, il pourra t’arriver plus fréquemment de ro-ya-le-ment t’ennuyer.

Le pire à mes yeux, c’est que tu as personne avec qui partager tes moments magiques, personne pour t’apaiser et t’aider lors de moments de doute. A moins d’avoir un bon forfait téléphone : sur mon deuxième road-trip j’ai fait certaines visites comme Delphes, en Grèce, où Dubrovnik, Croatie, en vidéo live avec ma moitié restée en France, et c’était bien cool.

voyager seul voyager seule comment voyager seul
Quand t’as pas peur de voyager seul. Ici devant l’un des moulins de Zaanse Schans, Hollande.

En voyageant seul(e), tu assumes tous les coûts, et ça peut faire mal : difficile à certains endroits de trouver une chambre solo à prix abordable.

En solo, dans certaines régions, tu cours plus de risques de santé et de sécurité qu’accompagné. Mais bon, comme le monde en 2020 est bien domestiqué dans l’ensemble, je m’attarderai pas là-dessus. Et je voudrais surtout pas décourager les femmes solo qui hésitent à franchir le pas (à ce sujet, femme, va lire le blog de Globstoppeuse : une aventurière. une vraie).

N.B : voyager seule quand on est une femme fait l’objet de littérature et de retours d’expériences sujets à débats, notamment en fonction de la destination. Complète mon billet en allant lire cet article des Échos pour bien peser le pour et le contre, puis celui-ci du Courrier International pour relativiser.

Voyager à plusieurs, ou en duo, c’est le meilleur moyen d’approfondir ta relation avec ta moitié et tes meilleurs potes, certes.

Mais tu sais ce qu’on dit. Il vaut mieux voyager seul que pas du tout, ou mal accompagné. Combien d’amitiés sacrifiées ? combien d’embrouilles sur des road-trips, quand les défauts se révèlent sous la pression, la fatigue, les caractères divergents ?

On en connait qui sont partis ensemble et sont revenus chacun de son côté.

voyager seul ou en groupe backpacking
– Moi je veux aller visiter. – Et moi j’ai besoin d’une douche. – Et moi j’ai plus de batterie sur mon smartphone. – Et moi j’ai faim. – Et moi, et moi, émois à plusieurs.  Photo CC Alba Campus, FlickR

Conseils pour voyager seul

Déjà, n’hésites plus, on a qu’une vie. Laisse-toi guider par tes rêves, pas par tes peurs.

Applique les conseils de sécurité de base et de bon sens. Mets pas tout ton cash dans un seul sac à dos. Il y a aussi tes chaussettes, ou des ceintures cache-cash. Transmets ton itinéraire à un contact au taquet à la maison. Selon la destination, inscris-toi à Ariane.

La clé pour voyager seul, c’est de pas apparaître comme une cible potentielle. Le règne des animaux nous apprend que le lion s’en prend en priorité aux petits, aux vieux et aux faibles. Tout ce qui arrive pas, plus à courir vite. La psychologie évolutive confirme : tu as plus de chances de devenir une victime si tu te comportes en victime.

Donc… marche avec assurance, bombe le torse, sois ferme avec les rabatteurs. Recherche tes itinéraires à l’avance pour pas apparaître paumé (e) à la sortie de l’aéroport ou du train.

Écoute ta petite voix intérieure. Si tu sens pas (le type qui te prend en stop, l’hôtel, le chauffeur de taxi, le type qui t’accueille en couchsurfing…) stop. Refuse, bouge, dis non.

Voyager seul (e) : plus facile à dire qu’à faire ?

Le plus dur, dans le fait de voyager seul, c’est de partir. Je dis pas que tu vas pas avoir deux-trois coups de mou en route, mais… Le reste vient naturellement, au fil du voyage. Les hésitations s’amenuisent, on gagne confiance en soi petit à petit.

voyager seul à moto road-trip moto street triple R
Comment voyager seul à moto, le tuto : 1) faire ses bagages. 2) Les attacher sur la moto. 3) Mettre la clé dans le contact, fermer son garage, enfiler casque, blouson et gants. 4) Partir !

Seul(e) au monde

Le plus compliqué, c’est pas tant d’être responsable de soi et de ses choix ou de se trimballer dans un pays inconnu avec son sac à dos et son teint de parisien. Demander son chemin, réserver une chambre alors qu’on parle pas la langue ? On y arrive toujours.

La solitude, en revanche, c’est une autre paire de manches. On est pas tous équipés de la même manière pour faire face à la solitude.

D’autant plus dans un monde hyper connecté où on a toujours quelqu’un à qui parler. Ou quelque chose à consulter sur son smartphone…

J’avoue sans honte aucune avoir eu un gros coup de pompe lors de mon premier gros road-trip solo. Une journée sans, fatigué, à ruminer ce que j’étais allé faire dans cette galère. J’ai abrégé le voyage pour rentrer un jour en avance.

Mais j’ai engrangé de l’expérience, j’ai réfléchi à ce qui s’était mal passé. Et l’année suivante, je suis parti plus longtemps et plus loin. Cette fois-là, les jours sans, j’ai tout simplement attendu que ça passe, en la prenant cool.

Je te renvoie à mes billets de road trip 2018, dont celui sur Tirana en particulier, et les deux derniers, aux Météores puis à Delphes, en Grèce.

C’est tout le discours de Germain, voyageur aguerri, que j’ai rencontré à Sarajevo : en voyage comme dans la vie on peut pas être à bloc tout le temps.

Pour terminer,

Entre les auberges de jeunesse, les visites guidées, l’auto-stop et les applications smartphones – y compris appels vidéos pour appeler ta maman si vraiment ça va pas – il y a rien de plus facile que de sortir de sa solitude en voyage.

Voyager seul a rien de honteux, c’est partir à la découverte de soi.

Voyager seul, c’est mettre de côté notre petit logiciel de tous les jours pour installer de nouveaux plug-ins.

C’est le meilleur moyen de continuer à grandir.

Edit mai 2020 :

Cet article a été écrit après deux road trips solos de 10 et 15 jours. Depuis, j’ai fait 3 mois aux USA en voyageant seul avec ma moto. Et je ne changerai pas une ligne. Je rajouterai juste quelques précisions sur deux choses.

1) Le goût de l’aventure

J’ai mis 15 jours à trouver mes marques et à ne plus avoir peur de partir le matin sans savoir où dormir le soir. Parce que ça, quand tu es d’un naturel anxieux, et quand tu sors d’un boulot de bureau avec une vie bien réglée, ça peut être vraiment coton à gérer.

J’ai par exemple vécu de gros moments d’angoisse en débarquant à New York par la route, sous les gouttes d’eau, sans savoir où me poser, et perdu dans la translation. Ou plutôt, puisque je parle suffisamment anglais : déboussolé.

Quinze jours donc, où j’ai pu me rassurer (je me suis pas fait manger par un gros pick-up ni dévaliser arme au poing), faire quelques nuits de camping, prendre mon rythme, le feeling du voyage. Je crois très fort que chaque voyage au long cours a son pouls qui n’appartient qu’à toi et lui. Il faut juste savoir où le trouver.

C’est au bout de quinze jours que j’ai pu finalement suffisamment lâcher prise dans ma tête pour apprécier mon mode de voyage à sa juste valeur.

Soit accepter que liberté totale (zéro réservations en trois mois) rimait parfois avec tourner une heure à la fin de la journée avant de trouver où poser ma tente, ou bien écumer AirBnB entre midi et 2 ou 17 et 18h pour en trouver un de convenable.

2) Gérer la solitude

Rêver de grands espaces et de déconnexion, c’est une chose. En pratique, nos modes de vie et nos fantasmes (tout plaquer pour aller élever des écureuils dans la forêt) rendent cet idéal beaucoup plus romantique que la réalité.

Te retrouver claqué après 5 nuits de camping à la dure, faire avec tes coups de pompes, être frustré de ne pas pouvoir partager certains moments, et ne pas avoir de réseau ni de batterie de tél pendant 3 jours, c’est vraiment autre chose.

Tente MSR Carbon randonnée Zion
Ici pendant la randonnée complète (deux jours de marche dont 30-40% dans l’eau) de The Narrows à Zion. Tu n’as aucun moyen appeler des secours, aucun voisin à la ronde. Il est 16h, et la batterie de ton smartphone est en rade. Gros moment de solitude.

Surtout quand ta moitié, restée à la maison (mais qui ne serait partie à tes conditions pour rien au monde, c’est pas faute d’avoir essayé) mène une vie tout ce qu’il y a de plus routinière. Gros décalage : “je sors de 4 jours au Yellowstone, là, y’avait des couleurs de fou et toi ?” “Bah rien de neuf, j’ai terminé de bosser, je me mets un film Netflix”). Un décalage, une distance qui peut se télescoper avec tes problèmes de couple sous-jacents.

Que tu partes célibataire ou en ayant laissé quelqu’un à la maison, il faut avoir l’esprit un minimum solide pour voyager en solo, ou ne pas avoir peur d’en baver un peu pour muscler ta résistance à la solitude.

Aussi j’étais très régulièrement (quasi tous les 2 jours) en contact au téléphone avec ma douce. Et il y a, inévitablement, les réseaux sociaux, ce fil à la patte qui te relie avec l’actu de ton pays et les potes, voire ton lectorat (cf ma page Facebook). C’était donc une solitude très relative.

La question de savoir s’il faut se déconnecter, si je me déconnecterai lors de mon prochain road trip, est ouverte…

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