Il y a deux principes en voyage. 1) Perso, tu m’emmènes n’importe où dans le monde, je prends. Mais 2) il y a des destinations qui me font plus rêver que d’autres. Marrakech ? Moui.

Pendant longtemps j’ai vu ça comme une destination Club Med pour Européen friqué, qui veut surtout pas aller bien loin mais kiffe les soirées casino, les festivals de deuxième rang et le farniente au bord de la piscine.

Mais ça, c’était avant.

Attends, laisse-moi voir ce que j’ai au rayon “dépaysement”. Déjà, pas l’Europe. Tirana en Albanie ? Pas mal. L’Afrique du Sud ? Pourquoi pas. Le Japon ? Oui et non (trop ordonné). Le Lesotho ? Ah oui, là on a un sérieux prétendant.

Le Maroc et Marrakech ? Fouyayayayaya.

Il y a la poussière.

Et l’eau qu’on jette pour éviter qu’elle s’envole, la poussière, dans un geste répété 30 fois par jour, avec une bouteille d’eau percée en arrosoir du débrouillard.

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Vraoum vraoum zoum ! Alors autant le dire tout net : ça devient vite saoulant, dans la médina. Et ça pue les pots d’échappement.

Il y a les pots d’échappement des touk-touks, cyclos, charrettes qui transportent tout et n’importe quoi sur 2 ou 3 roues.

Dans des ruelles de deux mètres de large.

Avec toi dedans.

Et t’as moyen la priorité sur les touk-touks.

Il y a les matières, les étoffes – sous la poussière et les pots d’échappement, l’odeur des babouches neuves – il y a un milliard de je sais pas combien de babioles manufacturées de la main de l’homme, ou sur des machines chinoises.

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Paradis du shopping, du marchandage, des cadeaux souvenirs pas chers ou enfer, la médina ? Les deux mon capitaine !

Le premier truc qu’on fait à Marrakech, en 3 jours quand on est nul comme moi, c’est la médina, le centre historique.

Je serais toi, j’arriverais bien en forme. Parcourir la médina en descente de jetlag et/ou en plein juillet, ça doit être chaud bouillant.

C’est un labyrinthe, la médina. Comme le reste de Marrakech, du reste. Tu connais ton nord et ton ouest, tu veux faire le malin, prendre n’importe quelle rue en te disant que tu retomberas sur une artère principale… sauf que ça marche pas comme ça.

Y’a juste une artère plus ou moins principale pour cinq impasses et un passage secret derrière une tenture.

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Dans la médina, on frôle rapidement l’overdose de trucs, bidules, machins, choses de toutes sortes.

Alors tu fais demi tour, tu hésites, et tu te fais repérer par un gentil commerçant / figurant qui bullait sur sa chaise.

Il veut te faire essayer un chèche – juste pour la photo ! – se propose de t’accompagner, te dit que tu ressembles à un marocain, ou un algérien (alors que ton ADNalogie sur 10 générations remonte au Cantal) et oh tiens regarde la boutique de mon frère mon ami, plein de choses pas chères pour toi et sinon tu as pas 20 dirhams ?

Et tout le long, des touks bidules à deux ou trois roues, bécanes et cyclos MBK chargés de ciment, planches de deux mètres, ou kilos d’oranges, qui manquent de t’accrocher une hanche ou un bras dans l’odeur huileuse et âcre des pots d’échappement, si épaisse que “je pourrais la mettre en bocal et m’en faire du fard à paupières”, dixit miss Roadtrippeur.

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Bric à brac permanent dans la médina, ses ruelles et ses souks.

Acheter et marchander dans la médina (et à Marrakech) pour les nuls

La profusion de babioles et l’absence de prix affichés m’a tout simplement dégoûté d’acheter quoi que ce soit. D’autant plus que nombre des articles exposés sont faits en Chine. J’ai plus aidé ma Miss dans ses achats que ce que j’en ai fait pour moi. Le marchandage ? En théorie, c’est facile : tu te fixes un prix maximum, tu divises par deux le prix donné par le commerçant et tu vois ou ça te mène. En pratique, c’est tellement pas dans nos mœurs qu’on peut ne pas oser. Il faut vraiment pas avoir peur de commencer bas, et de négocier jusqu’à un point d’accord (mais toujours avec le sourire). Si vraiment tu es mal à l’aise, 3 conseils : prends ton temps pour repérer, discuter, sois de bonne humeur. Achète en coopératives, elles sont nombreuses, les prix sont fixes. Achète à un magasin où les gens travaillent devant toi.

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Vue du café Argana.

Jemaa El Fna

Puisqu’on parle de ma Miss, il faut donc savoir qu’elle est croisée entre une licorne et un Bisounours. Incapable de dire non, encore moins de marchander. Je la perds un quart d’heure sur la place Jemaa El Fna.

C’est quatorze minutes de trop.

J’ai du mal à la reconnaitre, couverte de tatouage au henné des pieds à la tête. Je la retrouve habillée pour les 4 saisons, les bras chargés de 15 rouleaux de dessins ethniques. Elle nous a réservé deux excursions dans le désert pour le lendemain matin + une en cadeau, elle a un sac à dos rempli de théières et elle a de quoi ouvrir un import export en babouches.

J’arrive juste à temps pour l’empêcher de signer un crédit pour une maison secondaire à Ouarzazate et trois chameaux.

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Il suffit de s’arrêter, et c’est le drame. Les montreurs de singes t’en collent un sur le bras, et te demanderont d’être généreux en dirhams en échange.

Sinon, en vrai, Jemaa El Fna, c’est moins un souk qu’une cour des miracles.

Il y a des vendeurs de jus de fruits frais (qui te repèrent à 50 mètres), des tatoueuses de henné, diseuses de bonne aventure, cracheurs de feu, des charmeurs de serpents et des montreurs de singes (gare aux puces), il y a des touristes qui se prennent en photo avec. Des cireurs de chaussures, vendeurs de mouchoirs en papier.

Trois rabatteurs au mètre carré.

Une version redux des 1001 nuits où Shéhérazade, pour ses 30 ans,
a vu cent chevaux blancs / loin d’elle emmener ses enfants / elle commence à boire / et se trace un rail de coke entre le 745e et le 746e conte.

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La place Jemaa El Fna, c’est la cour des miracles. A droite de l’image, tu as un aperçu des stands qui te servent de la bouffe aussi pas chère que moyenne. On y va surtout pour l’ambiance.

Jemaa El Fna : à faire / à ne pas faire

Tout l’intérêt de la place commence à se jouer vers 17/18h le soir. Rien ne sert d’y aller le matin.

En bon touriste éclairé, tu vas éviter de te faire prendre en photo avec des singes enchaînés ou des cobras déshydratés. Même principe que pour la prostitution des mineurs en Thaïlande ou écraser ses mégots sur le sol de sa cuisine. En Europe, on se pose l’interdiction des cirques : c’est pas pour aller au Maroc faire le malin pour un statut Facebook.

Tu vas aussi soigneusement rabrouer les femmes qui t’enjôlent pour te tatouer au henné, à moins de risquer l’allergie de peau et surtout de te voir instamment (= agressivement) demander 600 drhs le travail de deux minutes (pro tip : ça en vaut 50, pas plus).

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Une tatoueuse au henné travaille vite fait, mal fait et pour très cher sur la place Jemaa El Fna. A éviter !

En bon touriste éclairé mais touriste quand même, tu peux aller prendre de la hauteur sur la terrasse des Café de France et Café Argana. A condition d’avoir un gros coup de bol et de trouver une table. Petit soulagement : les prix pratiqués sont tout à fait ok et les serveurs sympas – j’ai testé le café Argana. En revanche, de l’avis d’un local, on ne s’attarde pas à ces terrasses pour manger.

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En avril 2011, un attentat a fait 17 morts au café Argana. Aujourd’hui, c’est un endroit tout à fait indiqué pour venir boire un coup et admirer la place Jemaa El Fna vue de haut.

Car on va plutôt le faire sur l’un des fameux stands de graillon – pardon, street-food – qui font la moitié de l’animation de la place, grâce à leurs rabatteurs au taquet. Pour moi c’était le numéro 100. Avec une addition de 260 drh à deux. Les brochettes et la pastilla de poulet étaient bons.

Survivre au centre de Marrakech pour les nuls

Les Marrakchis de la médina et de Jemaa El Fna sont de sacrés embobineurs. La tchatche et l’alpaguage du chaland sont érigés au rang d’art. Mais en dehors du trafic des deux roues proprement exténuant, et de quelques rares arnaques (le henné, c’est du vécu…) il y a absolument rien de malsain. Tout se passe très bien avec un sourire, quelques mots, voire, en fin de journée, quand t’es plus d’humeur, avec une fermeté polie.

Où manger ? ou boire dans la médina de Marrakech ?

Le Jardin : bien mais un poil surcôté

Le Jardin, c’est l’un des blockbusters de la médina. Il y a un grand carré de plantes vertes et des sièges assortis. Un menu alléchant (et une addition de 800 drh à deux). C’est sur tous les guides. C’était à 200 mètres de mon point de chute. C’est même assez bon – j’y ai fait connaissance avec mon premier jus de fruits Marrakchi, orange / avocat – dattes, un mélange surpuissant faute de pouvoir commander une pinte. Après, j’en ferai pas des folies, c’est un peu l’usine, fallait réserver, et à 21h30 il manquait pas mal de plats.

La Fnacque berbère, rendez-vous manqué

La Fnacque. Tu l’as ? Ha. Ha. Ha. C’est un café littéraire, apparemment. Bon. J’ai pas vu la librairie, mais sur la terrasse, le serveur était un peu à deux de tension, s’est trompé dans mon soda, et la vue était pas époustouflante. Voilà. Tu es pas obligé de me prendre au mot.

Souk Café

Fait un soir de pluie, donc pas dans de super conditions. C’est un peu esquiché, tu es loin de la déco et de l’assurance affichée par le Jardin. Et c’est pour ça que ça m’a plu. De la bonne petite cuisine avec un petit air de simplicité qui fait du bien.

Alternatives (conseillées par mon hébergement) : le Café Arabe, Atay, La Terrasse des épices, Foundouk, Nomad.

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Joli patio – est-ce que c’est le mot ? – au Riad Quara dans la médina de Marrakech. La terrasse est pas mal non plus. Elle ne donne pas vue sur les toits, mais fera des photos Instagram du tonnerre.

Où dormir dans la médina ?

Mmm au Riad Quara, par exemple. J’ai pas une grande expérience des riads, je vais pas à Marrakech tous les mois, mais j’aurais pas pu rêver mieux. C’est à taille humaine, propre, les lits sont super confortables, et surtout l’équipe se plie en quatre pour te servir et faciliter ton séjour. Le petit déj est génial (et m’a permis de me passer de manger le midi). Le proprio est adorable, et pas avare de son temps avec les clients.

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Le Riad Quara se surnomme lui-même “le diamant de la médina”. J’avais un peu peur. Au final, aucun kitsch, mais une vraie bonne hospitalité à la marocaine.

C’est situé en haut de la médina, dans une ruelle qui paie pas de mine mais t’assure un calme bienvenu à 50 mètres de l’effervescence des rues commerçantes, à un quart d’heure de Jemaa El Fna, et à distance de marche des palais de la Casbah, de Guéliz et Majorelle. J’ai tout fait à pieds. Google Maps est assez précis pour trouver. Sinon en taxi / bus, le repère c’est place riad Laarousse.

J’y reviendrais sans hésiter.

Pour conclure :

Il faut vraiment être en forme et de bonne humeur pour apprécier la médina et la place Jemaa El Fna.

De bonne humeur, tu seras complètement dépaysé, tu feras attention à nombre de couleurs, motifs et saynettes inédites sous nos latitudes (j’ai été deux fois à Istanbul, laisse-moi te dire que c’est carré, à côté de Marrakech).

Tu visiteras des palais et musées sympas (j’y reviendrai), tu te perdras dans les souks, tu t’amuseras de la tchatche des Marrakchis et tu prendras des cours de marchandage accéléré et à la dure, tout en profitant d’un coût de la vie plutôt sympa.

De mauvaise humeur ? Tu retiendras la pollution, l’insistance des rabatteurs, le bordel, la misère, les arnaques.

Ce que je retiens ?

Une phrase m’a frappé. On me l’a répétée plusieurs fois, y compris en dehors de Marrakech. “L’homme qui se presse est déjà mort” (c’est l’histoire de ma vie, en fait, mais ça fera un autre billet. Un jour.) Il faut prendre Marrakech sans se presser, comme les Marrakchis. Les yeux grands ouverts, pas dupe, mais toujours, toujours, d’un pas guilleret et avec le sourire.

Deux autres billets suivront : quelques visites à Marrakech (avec d’autres conseils pratiques), et une journée à Imlil, l’excursion qui valait 3 milliards.

J’ai reçu aucune réduction du Riad Quara pour parler de lui, au cas où tu te poses la question.

Photos Miss Roadtrippeur et Roadtrippeur au Canon 100 D, Galaxy A3 et Galaxy S7. Couleurs boostées sur quasi tous les clichés.

1 Comment

  1. Voilà qui résume très bien l’ambiance des souks. J’ai souri 🙂
    Et comme tu le dis si bien, en effet, “tout se passe très bien avec un sourire […] quand t’es plus d’humeur, avec une fermeté polie”. Je suis toujours dubitatif quand je lis ici ou là sur des blogs ou des forums de voyages les astuces pour déjouer le soi-disant enfer de ce lieu. Comme s’il devait s’agir d’un combat de coqs. Bordel, ça n’est pas un challenge, mais des vacances tout de même non ?!

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