Te fie pas à la mascotte de la ville d’Himeji, la princesse Shiromaru, plus kawaii, tu meurs.

Le château d’Himeji, dont les origines remontent à 700 ans, a l’air tout droit sorti d’un film où des samouraïs parlent d’une voix basse et rauque pendant des heures, et se regardent en chiens de faïence avant de dégainer leurs sabres, courir d’un pas décidé sur leurs claquettes en bois et se trucider en deux coups de poignets experts…

…pour finir par agoniser sous une pluie de pétales de fleurs de cerisiers charriés par le vent.

Himeji est un trip à faire au printemps pour une expérience idéale, et à combiner dans la journée avec une virée à sa voisine Nara, pour aller faire joujou avec des daims tellement domestiqués que les labradors en sont jaloux.

Himeji, le château du Héron blanc

Quand on vient de Tokyo – la tata workaholic – et Kyoto – la fiancée de tata, aussi ravissante que pieuse – la vision du château d’Himeji dès la sortie de la gare convoque l’oncle dandy qui calligraphie des haïkus en fumant des pétards des biddies dans son jardin zen.

Lieu de tournage d’innombrables films, classé patrimoine Unesco, trésor national et tout le tralala, Himeji en jette.

himeji heron héron patit pas tapon himegi
Himeji est aussi appelé le château du Héron blanc. A ce sujet, tu connais la blague du héron ? Y’a un minuscule piaf dans la forêt qui regarde un héron passer tous les jours en criant « tapon, tapon, tapon ! » Lundi, le héron passe « tapon, tapon, tapon, » mardi, le héron passe dans l’autre sens : « tapon, TAPON, TAPON ». Après quelques jours, à bouts de nerfs, le héron attrape le piaf par le col et lui fait « c’est HÉRON, petit, PAS TAPON ! ». Tchikita badabdoum tzing !

Roulements de tambours

Je l’ai visité un jour que l’orage couvait à l’ouest, nous envoyant des roulements de tambour martiaux dans un ciel où se disputaient les nuances d’encre et de charbon.

Au 3e étage, juste au dessus de la salle d’armes et ses râteliers à lances / fusils, j’ai eu une vision très vivace d’un soldat du XVIIe siècle qui laisserait son regard se perdre dans le vague par l’une des meurtrières, en réfléchissant au génie qui a conduit les hommes à quitter leurs grottes pour construire des tours vers le ciel, histoire de se protéger des éléments.

Et faire la guerre.

Les fondations d’Himeji datent de 1333 mais sa forme actuelle nous vient principalement des années 1601-1609, sous l’impulsion d’Ikeda Terumasa, le « Shogun de l’ouest du Japon » pour les intimes.

Miraculeusement épargné par les bombardements de 1945, le château a bénéficié de deux rénovations qui lui ont permis de traverser les âges. La seconde a duré 6 ans et s’est achevée tout récemment, en 2015.

L’entrée du château d’Himeji est à 1000 yens par adulte (300 par enfant jusqu’au lycée), 1040 en billet conjoint avec le jardin de Koko-en. Une application smartphone en réalité augmentée, Himeji Castle Great Discovery, te permettra de faire joujou à l’intérieur. Entre le moment où tu descends du train à la gare d’Himeji et reviens, tu peux compter 4 heures pour laisser tes valises aux consignes de la gare (300 et 500 yens selon la taille), rejoindre à pieds et visiter le château + l’enceinte ouest (Nishi no maru, inclus dans le billet) puis le jardin Koko-en avant de revenir prendre tes bagages. Le tout avec deux-trois arrêts pipi / glace macha / achat de souvenirs. Horaires d’ouverture du château : 9h – 18h l’été (dernière entrée à 17h).

Senhime sen hime princess sen
Sen, survivante de l’enfer [partage si tu es né dans les années 80 et que tu saisis la référence].

Le soap-opera de la Princesse Sen

Comme tout bon château qui se respecte, Himeji a aussi ses légendes et ses histoires de fantômes chi… heu, fantômes japonais.

D’abord, l’histoire de Sen-hime, digne d’un feuilleton guimauve l’après-midi sur l’une des micro-chaînes de la TNT. Elle est mariée à 7 ans par son grand-père à Toyotomi Hideori, un type qui aurait eu lui-même 10 ans à l’époque, et lui aurait mis un bébé dans le bidou 5 ans plus tard. Je parle au conditionnel car ça me semble un tantinet difficile à croire, mais ce sont les dates que je confirme sur Wikipedia un peu partout.

Grand-papa de Sen sachant pas où il a mal, il fait le siège et s’empare du château d’Osaka, où résident sa petit-fille et son petit gendre, forçant ce dernier à se faire seppuku avec sa famille maternelle et le fils qu’il a eu avec Sen. Laquelle échappe au pire d’un cheveu noir de jais.

Pas le temps de souffler, qu’en 1616, un autre mariage arrangé la met dans les pattes de Honda Tadakatsu. Elle a 19 ans, il en a 20, et… c’est le coup de foudre à Himeji Hill. Ils s’installent au château et passent quelques années de plénitude totale, dans un grand montage en fondu enchaîné au son de Barry White. Ils ont une fille, puis un gamin, Kochiyo – ouf, la lignée est assurée.

…and then you die

Sauf que la vie – cette grande péripatéticienne – décide de déserter le petit Kochiyo à l’âge de 3 ans. Sen et Honda s’en remettront jamais, et malgré les prières de Sen, qui tombe graduellement dans la religion* en serrant les fesses pour une nouvelle grossesse, ils resteront sans héritier mâle.

*note que j’écris ça comme si je parlais d’un alcoolique

A ce stade, Sen a déjà vécu deux scénarios de téléfilms de 90 minutes, et même le plus putassier des scénaristes déciderait d’arrêter les frais là dessus. Sauf que. Son adoré Honda meurt de tuberculose à 26 ans, et la mère de Sen le suit la même année.

Le cœur brisé, Sen se coupe les cheveux noir de jais et va se faire nonne bouddhiste à Edo, la ville qui deviendra plus tard Tokyo. Elle meurt à presque 70 balais.

Envoyez le générique de fin en accéléré et les pubs pour lessive.

himeji château chateau imeji
Le savoir-faire féodal made in Japan.

L’histoire de fantôme japonais d’Okiku, la loyale servante

Le conte d’Okiku est tout aussi triste mais un poil plus fun. Une fois sorti du château pour retourner dans les jardins, tu passeras par un puits. Celui-là même qui fut selon la légende le théâtre d’un crime affreux.

Vers 1500, Aoyama Tetsuzan, le régent du seigneur d’Himeji, Kodera Norimoto, complote avec Chonotsubo Danshiro pour tuer Norimoto et s’emparer du château. Mais le le loyal fidèle de Norimoto, Kinugasa Motonobu, fait embaucher la jeune Okiku pour servir comme domestique dans la maison d’Aoyama afin d’espionner ses plans.

En apprenant les intentions assassines des gredins envers Norimoto, Okiku passe le mot à Motonobu, tout en le regardant d’un oeil langoureux. Motonobu, troublé, fait passer le sens du devoir avant les galipettes et file prévenir son maître Norimoto, qui arrive à s’enfuir in extremis avant que l’infâme Tetsuzan s’empare du château.

Les méchants savourent leur victoire au cours d’un banquet où l’alcool et la coke coulent à flots. Mais Danishro a d’yeux que pour Okiku, dont un petit oiseau lui a dit qu’elle avait failli faire capoter leurs plans. Enhardi par un mélange sangria – Spritz (qu’il regrettera amèrement plus tard) et quelques lignes de poudre blanche, Danshiro choppe Okiku en cuisine. L’haleine fétide, il se lance dans une déclaration d’amour gênante, lui dit qu’il sait pour qui elle roule et qu’il la fera découper en rondelles si elle se marie pas avec lui.

Mais Okiko est love de Motonobu.

Elle affiche Danshiro au milieu de tous les domestiques.

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Même dans la mort, Okiku restera bien brave. Moi, à sa place, j’aurais fait un fantôme un peu plus casse-pieds, style The Ring. Me souviens de ce film, il m’a bien foutu les jetons à l’époque.

Le lendemain, toujours vexé comme un pou et un peu con-con sur les bords, Danshiro cache l’une des dix assiettes chéries de la famille Aoyama (le régent traître) et fait accuser Okiku du vol, tout en lui envoyant un clin d’oeil entendu.

Peine perdue, Okiku, qui vient juste de recevoir l’invit’ au bal de fin d’année par Motonobu, refuse toujours ses avances.

Danshiro tourne comme un chien galeux en cage pendant quelques jours, et le soir du bal de promo, alors que la limousine attend Okiku en bas de l’appart et que Motonobu réajuste son oeillet à sa veste, Danshiro s’introduit dans l’appart d’Okiku, la zigouille et la jette dans le puits.

Depuis, la légende dit qu’on peut entendre dans le puits la voix d’Okiku qui compte et recompte les assiettes. « Une assiette, deux assiettes, trois assiettes »…

Les alentours d’Himeji

Une fois sorti d’Himeji et passé le puits d’Okiku, tu peux visiter le jardin et les bâtiments de l’aile ouest (compris dans ton billet). Les bâtiments abritent des collections temporaires. C’est là que j’ai fait plus ample connaissance avec Sen.

Avant de t’en retourner vers la gare pour rejoindre Nara, tu peux ensuite passer au jardin botanique Koko-en (+ 40 yens en achetant le billet avec Himeji). Le design du jardin – ouvert en 1992 pour fêter le centenaire de la ville – est assez cool et il y a plein d’essences à voir, mais l’intérêt reste limité une fois le printemps et les floraisons passés.

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Le jardin de Koko-en offre une jolie balade, à réserver de préférence au printemps.
Photos : Miss roadtrippeur au canon 100D

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