Il y a des p’tites vérités, comme ça, qui nous sont léguées bien avant la naissance et bougeront jamais. Le camembert s’accompagne de vin rouge. On dérange pas un chien qui mange la truffe dans sa gamelle. Pierre qui roule, n’amasse pas mousse. Quand c’est l’heure, c’est l’heure, quand c’est plus l’heure, c’est plus l’heure. Les blondes c’est pour une nuit, les brunes c’est pour la vie. La moto, c’est la liberté…

Hum. Vraiment ?
VRAIMENT ?

Mouhahahahahaha.

Toi qui rêves de rejoindre la cohorte des blousons de cuir qui récoltent les insectes sur les départementales de France et de Navarre, toi qui fantasmes peut-être secrètement de tomber les filles en garant ton fier destrier à la terrasse des cafés, tu serais bien inspiré de réfléchir un peu à ce qui suit.

[Ce billet s’inscrit dans une série de réflexions menée alors que je viens de fêter mes 40 000 bornes en Street Triple. Lis aussi Comment gérer le stress au permis moto et Toutes les motos sont belles, ma moto est canon.]

La moto, c’est la liberté de te garer où tu veux (à tes risques et périls)

Achetée neuve, il était hors de question que je fasse dormir ma Street Triple dehors. Et quand bien même, où ? Sur le trottoir en bas de chez moi, en bloquant la voie, et en l’exposant aux pipis de clébards à mémère ? Sur un parking 200 mètres plus loin ? Même sous ma fenêtre, j’ai des petits malins qui me font sonner l’alarme en essayant de s’assoir sur ma brêle quand j’ai le dos tourné. Et j’habite pas Chicago, mais une petite ville de 20 000 habitants.

Moralité : il y a trois sortes de catégories de motards : ceux qui ont un garage, ceux qui en louent un, et ceux qui avouent s’être rabattus sur un modèle pas super joli et pas récent parce qu’ils ont pas d’autre choix que la faire dormir dehors.

Ces derniers ont tout mon respect (c’est des mecs qui font pas semblant, ils aiment la moto plus que leur moto), mais perso… mon garage me coute 67 balles par mois.

Je raconte dans mon bilan de 50 000 kilomètres à moto, comment un abruti m’a poussé ma moto par terre alors qu’elle était sagement garée devant une résidence.

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On a trouvé le meilleur parking du monde. Photo cc Prabhu D Boss, Flickr

La moto, c’est aussi la liberté de pas avoir à mettre de ceinture de sécurité

T’es tranquille, en caleçon, en train de jouer à la PS4 tout en terminant un bol de Coco Pops. C’est dimanche matin. Quand SOUDAIN [musique angoissante] ta miss te fait signe qu’il y a plus de pain. Première réaction : cool, je prends la moto ! Deuxième réaction : mais j’étais bien, en caleçon.

Le caisseux, lui, il peut monter dans sa voiture torse-poil, en short et tongs, il s’en fout. Toi, si tu fais ça, tu risques d’avoir des problèmes.

Tu dois prendre un casque, un blouson, des chaussures de moto et des gants, peut-être un pantalon spécial moto, tout ça tout ça. Ça te rajoute quelques minutes à chaque fois, le temps de sortir du placard tout le bordel, de te changer, de l’enfiler (ton matos, pas ta copine).

Et ces trucs sont pas donnés !

La moto, c’est la liberté de voyager léger

La première fois que je suis allé chercher le pain en moto, j’ai voulu le poser sur la fourche et repartir, il est tombé par terre dans la rue au bout de 10 mètres. #grandmomentdesolitude.

Bon. Un pain, ça se rentre, dans un blouson. Tu me diras, au pire, y’a le sac à dos – sous réserve que t’aies pensé à le prendre. Maintenant, t’as pas intérêt à faire les boutiques avec ta miss et à craquer pour un nouveau canap’, ou bien une lampe de chevet. Ou un tableau de maître pour décorer tes chiottes. Ou un vinyle 33 tours.

T’as pas intérêt non plus à déménager; parce que tu vas pas servir à grand chose.

Tu serais plutôt ce pote relou qui téléphone pour dire « Hey, tu fais quoi samedi matin ? Parce que j’ai commandé des meubles à Ikéa et la livraison était vachement chère, alors j’ai pensé que comme t’as une voiture… »

(Psssst. Pour les courses imprévues ou les achats de DVD à l’improviste, j’ai trouvé la parade en rangeant un sac à dos de poche (pliable donc) en permanence sous ma selle. Il y en a à 3 euros chez Décathlon).

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Heu…. on avait dit léger, Jean-Michel, LÉ-GER. D’ailleurs… Mais enfin, Jean-Michel, tu t’assois où ? Photo cc Jodene e, Flickr

… et de rouler cheveux au vent. Enfin… surtout, de pas avoir la clim

Je te fais un dessin ? Ok, je te fais un dessin. Premier grand voyage en duo et en moto, t’as fait 500 bornes début juillet pour rejoindre les Cinque Terre, et t’arrives à Monterosso. C’est la fournaise. Ta miss sent plus ses fesses et te jette des regards noirs. Elle a qu’une envie, c’est de se mettre en robe. Toi, ça fait 2 minutes que tu galères à enlever ton blouson en cuir que la transpi a soudé à ta peau.

Quand enfin tu y arrives, en bavant d’avance au demi que tu vas te taper au premier bar qui passe, TU FAIS QUOI DE TON CASQUE ET DE TON BLOUSON ? Et du jeans de la miss, tellement vénère qu’elle s’est mise en mode ballec et s’est changée devant tout le monde ?

Tu te vois, visiter ces mignons petits charmants villages des 5 terres avec ton barda sous le bras ? Genre le mec qui te tend son verre, « Buon giorno, signore, tu veux goûter le Prosecco della mia mamma ? » « Attends mon brave, j’ai mon casque dans une main et mon blouson dans l’autre, tu peux me faire check avec une paille ? ».

Comme la tortue, le motard transbahute sa maison sur son dos. Le caisseux, lui, il a ses clés de voiture dans la poche, et un coffre pour le reste, comme la glacière de bières.

Bièèèèères.

(Psssst. Là aussi j’ai réglé un peu le problème en prenant le câble anti-vol le plus long (1,80m) et le plus solide qui rentrait sous ma selle avec le sac à dos de poche. L’été, j’attache blouson et casque à la moto. Je suis pas à l’abri d’un vol, mais c’est un bon compromis pour visiter Monterosso sans me charger).

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Ceci est la dernière photo connue de ma Street triple et de ma miss ensemble. Depuis, j’ai plus le droit de prendre des photos. D’ailleurs, j’ai plus d’appareil photo. Quelqu’un l’a cassé.

En parlant de cheveux, la moto, c’est aussi faire une (petite) croix sur sa féminité

Meuf et moto.

Deux mots qui me font grimper la température. Quand je m’y arrête, j’ai cette image d’un petit cul moulé dans un futal en cuir (mention spéciale chute de reins bien dessinée), d’un blouson – en cuir lui aussi – à la fermeture Éclair à demi remontée sur un décolleté accueillant, et d’un regard bleu vert profond souligné au khol visible sous la visière du casque. Ahhhh.

Une nana comme ça, elle me déposerait comme on dit (elle me mettrait un vent dans les virages, parce que j’ai pas un super niveau). Mais je la rattraperais, on sortirait de la départementale pour aller dans un pré, et je lui ferais au moins 3 bébés.

Ma miss rigole. Jaune.

« Alors je t’explique, parce que t’as toujours pas l’air de comprendre. Je peux pas me maquiller, parce qu’en retirant le casque tout reste à l’intérieur, on dirait une trousse à maquillage. Mon rimmel coule et je ressemble à un panda. Si je lâche mes cheveux et les laisse dépasser du casque, avec le vent ça fait des nœuds et je m’arrache des touffes entières quand j’essaie de les démêler. Si je les mets dans ce putain de casque, ça macère et j’ai les cheveux gras. J’ai tiré un trait sur les robes pour un jeans moto avec des coques qui me font des gros genoux, c’est chaud l’été et c’est moche que ça en peut plus. Le blouson aussi il est moche. La moto, c’est la liberté d’être moche. »

Soupèse sa batte de base-ball cloutée.

« Et puis j’ai les yeux marron, ta race ».

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Puisqu’on est dans le fantasme, autant y aller carrément.

La moto, c’est la liberté de s’arrêter à la pompe à essence tous les 250 ou 300 bornes

Dis adieu aux longues chevauchées sauvages pour essayer de semer les flics dans les plateaux désertiques du Larzac alors que tu viens de braquer une cartouche de clopes et un rouleau de jeux à gratter au bureau de tabac.

Avec un réservoir de 14 litres, je passe à la pompe tous les 260 kilomètres environ. Bon. Moi ça va, si tu veux, j’en ai pas besoin pour aller travailler, mais celui qui se tape les migrations moto-boulot-dodo matin et soir pourra s’agacer.

La moto, c’est la liberté d’être motard, point.

Et donc, venons-en au plus important : la liberté de séduire et de chopper à moto, ou pas. Avoue, tu y penses. Je vais te calmer de suite : les seuls qui reluquent ta moto avec envie, sont

  • les gosses
  • les mecs qui vont pas tarder à passer leur permis
  • les mecs qui osent pas franchir le pas
  • et les vieux qui il y a 30 ans ont eu une moto de la même marque que la tienne, et viennent te le raconter.

Ma miss, elle, me fait clairement comprendre que j’aurais plus de câlins si on avait une voiture…

Bref. La moto, c’est la liberté ? Réfléchis bien…

Photo de une : cc Prabhu B Doss, Flickr

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