En 2016, j’ai visité deux townships d’Afrique du Sud, à Knysna et Khayelitsha (Cape Town). Pourtant blindé de photos et d’heures d’enregistrement audio, j’ai longtemps hésité à relater ces expériences.

Une part de moi a jamais été confortable avec le terme visiter un bidonville. L’autre partie de moi était surtout pétée de trouille à l’idée de pas rendre justice au sujet.

Or, j’ai surpris au printemps 2019 les saillies numériques d’une influenceuse pour qui Knysna (côte sud de l’Afrique du Sud, à 500 bornes à l’est de Cape Town) s’est apparemment résumée à des hôtels avec piscine et restaus.

Comme tout le reste de ses publications de l’époque, d’ailleurs. Hôtels, hôtels, restaus, hôtels, se sont littéralement les six derniers billets publiés sur son blog – avec un autre très très élogieux sur une marque de cosmétiques, qui, bien évidemment, lui a laissé “une liberté éditoriale totale“.

D’un autre côté, je discute avec des blogueurs qui se posent pas mal de questions sur le meilleur regard à adopter pour parler d’un pays. Conscients de la limite des billets cartes postales, certains se sentent tout simplement pas armés pour parler politique ou social.

Alors je me suis dit qu’il y avait un truc à faire. Parce que Knysna, je connais un peu.

Je suis même aller y visiter la misère.

Knysna, pas celle de la coupe du monde de foot 2010, l’autre

A la différence de sa discrète voisine Plettenberg Bay, Knysna sent bon l’assurance tranquille de celle qui connait exactement sa place dans la fameuse Garden Route.

Knysna Waterfront

Son lagon offre des couchers de soleil spectaculaires, et les touristes (dont bibi) y louent des nuitées de péniche à prix d’or. Ses huitres jouent les starlettes dans les restaurants du waterfront. La brasserie de bière artisanale Mitchell’s y étiquette depuis 30 ans ses bouteilles à la main.

A la sortie des cours, les jeunes viennent fumer des pétards au bord de l’eau, face aux Thesen Islands, une gated community (lotissement fermé, protégé) où les résidences luxueuses de style Cape Cod se serrent les unes contre les autres sur 19 ilots artificiels.

En fin de journée, on peut y voir des grappes de Noirs en sortir, passer le waterfront, remonter le minuscule centre-ville, ses rues perpendiculaires et ses centres de yoga, vers les collines.

De ces collines, les Noirs ont une vue à 400 000 euros sur la carte postale de Knysna. Mais certains d’entre eux vivent encore dans des cabanes de bois sans eau courante.

Bienvenue dans ce que les autorités nomment pudiquement les “peuplements” ou “colonies informelles” de Flanters, Xolweni, Joodse Kamp et Concordia, l’un des deux townships de 25 000 habitants, qui concentre à lui seul un tiers de la population de Knysna.

J’ai mon ticket d’entrée grâce à Ella d’Emzini tours. Tours comme tours organisés.

Pour la première fois de ma vie consciente de voyageur adulte, je me paie un tour organisé. Pour. Visiter. Un. Township.

Côté face, Ella a monté sa petite affaire de tourisme dans le quartier où elle vit. Côté pile, elle est accompagnée de Penny. Penny est aussi Blanche qu’Ella est Noire. Je ne verrai Penny que 5 minutes dans la journée, à la montée et sortie du minibus qui nous emmènera, Ella, Miss Roadtrippeur et moi, au township de Knysna.

A la fin de l’après-midi je me tournerai vers Penny – réflexe ? – pour payer la sortie, mais elle me fera signe de glisser les billets à Ella. C’est Ella qui fait tourner l’affaire, c’est Penny qui fait la devanture. Penny la Blanche qui rassure dès lors qu’il s’agit de parler de sous, parce qu’en Afrique du Sud, 25 ans après la fin de l’Apartheid, c’est encore comme ça. “Je suis une pragmatique, commente Ella. J’ai grandi dans une ferme, mon horizon c’était les champs ou le gardiennage du bétail. Pour me lancer dans les affaires il me fallait quelqu’un pour me couvrir. Avec Penny, on se connait depuis 17 ans, et on est associées depuis 8 ans”.

Ella, elle a…

…les dents du bonheur, un rire qui la rajeunit, et une réponse toute faite quand, à peine monté dans le bus, j’essaie de soulager ma mauvaise conscience.

Tu sais, visiter un township, c’est différent d’aller voir un township. Il y a un côté éducatif, où tu vas apprendre sur une partie différente du pays, celle qui ne ressemble pas à celle que tu connais chez toi. A l’apartheid, les populations noires ont été forcées de vivre en dehors des centres, sans eau ni électricité. Il faut que vous voyez ce qui se passe maintenant, tous les changements qui se passent dans la communauté“.

Et pas la misère, je tente de me convaincre à haute voix.

“Pas la misère, reprend Ella. Pas avec moi. Notre tour est éducatif et inspirant. Le manque d’eau courante, le passé, tout ça, je ne fais que l’évoquer. Ce qui m’intéresse c’est plus ce qui se passe maintenant, depuis 1994. Tout le monde est heureux, ici. Vous allez le sentir. Surtout dans ce townhip. Les gens travaillent, il y a un fort taux d’employement. Oh, un singe ! Il y en a un qui a du souci à se faire pour ses fruits…”

Certains chiffres donnent d’emblée raison à Ella. A Knysna, si 20% des habitants vivent encore dans des “logements informels” (= des cabanes), le chiffre est en constante diminution. 95% des habitants sont reliés à l’électricité, 93% ont des toilettes avec chasse d’eau. Le taux de chômage y est de 19%, contre 26,6 dans le reste du pays.*

*Tous les chiffres concernant Knysna sont piochés dans un rapport publié par la mairie, que je te propose au téléchargement en bas de page.

“Regardez, reprend Ella, ça, c’est les maisons temporaires. On démolit les cabanes les plus insalubres, et on installe les gens dans des maisons temporaires, en attendant qu’ils emménagent dans des maisons en brique, avec eau, électricité et toilettes. C’est aux autorités locales d’assurer la mise en œuvre du programme. Le problème, c’est que ça dépend de leur bonne volonté. Ici c’est dirigé par la Democratic Alliance. Ils se débrouillent très bien à Knysna.”

La précision est d’importance.

La Democratic Alliance, majoritaire dans la région du Cap, est le parti d’opposition à l’ANC, le Congrès National africain, parti de Mandela, qui gouverne l’Afrique du Sud depuis la fin de l’Apartheid. La DA est plutôt de centre droit, et plutôt plébiscité par les vieux et les blancs.

Mais c’est bel et bien l’ANC qui a lancé la reconstruction du pays, avec des mesures à la hauteur du traumatisme subi. Toute famille qui justifie de moins de 4000 rands de rentrées financières mensuels (250 euros) a droit à devenir propriétaire d’une maison de 40 m2 avec deux chambres (contre une chambre au début du programme), un salon cuisine, une salle de bains.

Les études sont gratuites jusqu’à la fin du lycée, à 19 ans. “Enfin, il y a parfois une participation des familles, pour les fournitures par exemple, car les effectifs ne cessent de grossir”, nuance Ella.

Township de Knysna

Comparé à Johannesburg ou Khayelitsha, le township de Knysna fait figure de petit village.

A Johannesburg me dit Ella, les campagnards s’entassent tous à la ville en croyant y décrocher un job plus facilement, sauf que – surprise, surprise – y en a pas pour tout le monde.

A Khayelitsha (banlieue de Cape Town, 400 000 habitants), mon guide adaptait sa visite en fonction de la météo des rafales de mitraillettes. J’y ai recueilli le témoignage d’une habitante qui avait très récemment surpris et confronté le chauffeur de son taxi-brousse au téléphone, en train de planifier avec des complices le hold-up de ses propres passagers.

“A Knysna les gens travaillent en ville, dans l’hôtellerie, le bâtiment, y compris sur le développement du township”, affirme Ella. “J’ai une fille qui est là depuis un mois, elle a eu trois entretiens d’embauche, dès la rentrée elle n’aura qu’à choisir la proposition qui lui conviendra le mieux. Ici, elle peut aller à la bibliothèque faire ses cv et postuler sur internet. Ce qui est pas le cas de tous les townships.”

Bibliothèque Knysna township

Un petit tour sur le site des autorités locales m’apprend que Knysna dans son ensemble compte 42% de Noirs, 33% de Métisses, 23% de blancs. 22% des adultes n’ont pas dépassé l’école primaire. 17% n’ont aucun revenu déclaré, 40 % vivent sous le seuil de pauvreté.

En gratouillant un peu, je trouve un graphique qui dit qu’on rencontre 30% de taux de pauvreté chez les Noirs, 15% chez les Métisses, et 1% à tout casser chez les blancs.

Ces chiffres ne font que confirmer ce que tu sais déjà : l’Afrique du Sud est l’un des pays les plus inégalitaires du monde, meurtri par une histoire absurde.

Incompréhensible

Les États-Unis paient encore un lourd tribut socio-économique à leur histoire de ségrégation raciale. Un quart de siècle après l’apartheid, l’Afrique du Sud commence à peine à panser ses plaies.

Comment, à l’époque moderne, alors qu’on découvrait K.O debout les horreurs du nazisme – en 1948 – a-t-on pu laisser proliférer pendant 50 ans un racisme d’État, au détriment de l’écrasante majorité de la population autochtone ?

Pour un Européen de ma génération, quand bien même j’en suis pas à ma première ni dernière horreur, l’idée est incompréhensible.

“J’avais 24 ans quand l’apartheid est tombé, se remémore Ella. Le souvenir marquant est la libération de Mandela. J’ai ressenti beaucoup d’espoir, et en même temps la crainte qu’on l’assassine. On avait enfin l’espoir d’être égaux.”

Knysna Township

Question pour un Champion :

comment vous êtes arrivés à pardonner, les Noirs ? Ella, sérieux, moi j’ai 24 ans à la fin de l’apartheid, j’ai envie de sang à ta place, lancè-je, dans mon anglais bredouillant et plein de ze.

“Mmm non. Je dis pas qu’il y a pas eu de souffrance, ni d’envie de trouver des responsabilités. Évidemment que j’aurais pu me laisser aller à des envies de revanche. J’ai grandi dans une ferme, enfant j’ai travaillé pendant 9 ans, j’ai été traitée comme une moins que rien, et ma famille a été incapable de m’aider à faire des études. Mais à 22 ans, j’ai trouvé Jésus. Je suis une born again christian. C’est ça qui m’a sauvé. J’ai trouvé une paix intérieure”.

Elle ajoute : “On était obligés de pardonner. Sans ça, c’était nous lancer dans une guerre civile, qui aurait fait de nous l’un de ces pays africains embourbés dans le sang.”

Un coq fend notre petit groupe à fond de cale, poursuivi par un cochon, lequel se fait courser par un chien. La scène déclenche l’hilarité générale.

Le temps est éclatant, on est bien, et je presse Ella de questions.

Ella Emzini Tours Knysna

Ella, elle a (ouh ouh hou)

Après le lycée, Elle a troqué les études pour de menus boulots. “La vérité, c’est que je n’avais pas un rand pour payer le dossier pour m’inscrire à la Fac et avoir droit aux bourses. Alors j’ai pris la première occasion qui se présentait à moins de trouver un job”.

Elle a fait la plonge. Serveuse. Employée de maison. Puis, par valorisation de compétences, rejoint le bureau de la famille qui l’’employait. Là, elle a commencé à étudier le commerce, et rencontré Penny à l’église baptiste. Après quelques années d’amitié, c’est vers Penny qu’Ella s’est tournée quand elle a eu besoin d’aide pour monter Emzini Tours.

Si, dans le township de Knysna, certains ne parlent pas aux Blancs,

Ella et sa visite guidée ont fait consensus dans la communauté. “J’ai expliqué que je voulais participer au développement du quartier.”

Aujourd’hui Ella (je me lasse pas d’écrire son nom, si joli) est aux premières loges pour savoir qui habite où, qui a tel problème, quels sont les besoins. Et échanger avec la municipalité de Knysna, quand bien même elle me dit se méfier des politiciens.

Je passerais bien trois plombes à parler apartheid et développement du township de Knysna avec Ella.

Or je suis dans la position extrêmement inconfortable du touriste animé d’intentions journalistiques (et accompagné d’une détentrice d’une carte de presse) mais touriste quand même.

Je me suis enrôlé dans un tour.

Et le tour doit avancer.

On file voir le coiffeur, l’épicier, la maternelle. Je te passe la visite et les regards des petits choupinous la morve au nez. J’ai des photos. Je les garde pour moi.

La fin de l’après-midi sera à ce sujet un moment d’extrême malaise. En tapant piteusement des airs xhosa sur un djembé – un instrument que j’ai en horreur – je lirai dans le regard du chauffeur / garde du corps d’Ella le même désarroi que dans le mien.

J’étais pas venu pour ça.

Mais je ferai encore deux belles rencontres au township de Knysna.

Tu as du buguer 4 lignes plus haut sur le terme Xhosa.

Il faut prononcer le Xh avec un claquement de langue, comme un K cliquant – laisse tomber, c’est infaisable.

Ella est Xhosa, l’une des deux ethnies majoritaires à Knysna avec les coloured. Les Xhosa sont 8 millions en Afrique du Sud (sur 54 millions au total), leur langue est la deuxième plus parlée du pays. Les coloured constituent un groupe métisse très très hétérogène ( = c’est le bordel).

Steven est lui aussi Xhosa. Je le croise à côté du car wash, classe comme tout dans son costume, le visage peint en rouge.

Steven ceremonie Ulwaluko

Steven sort tout juste du rite Ulwaluko, et c’est seul que je vais lui tchatcher, parce qu’on raconte pas l’Ulwaluko aux femmes.

“On t’emmène dans le bush, et on te coupe… vous voyez ce que je veux dire.”

Yep. Il s’agit de circoncision à la roots, pratiquée au cours d’une cérémonie rituelle par des toubibs qui sont jamais passés par la fac.

Une pratique archaïque violemment critiquée – y compris en Afrique du Sud, où ce médecin dénombre plus de 1100 morts des suites de complications depuis 1995. Les estimations font état d’au moins le double d’estropiés et amputés du kiki.

L’ulwaluko se réduit pas à un coup de ciseaux,

mais représente une charge symbolique forte, plus ou moins codifiée par l’expérience des anciens qui accompagnent les petits d’hommes. Si tu parles anglais, tu peux aller lire ce super reportage embeddé dans un ulwaluko.

De toute façon tu fais pas 12 heures d’avion pour venir apporter ta lumière de petit cul blanc auprès d’un gamin de 18 ans, fier comme un pape d’être devenu un homme aux yeux de sa communauté.

“C’est le signal que tu peux te chercher une petite amie et que tu es un homme. On t’autorise à quitter le foyer. Ça dure un mois, les médecins traditionnels veillent sur nous pendant qu’on affronte la douleur et qu’on cicatrise. On est nourris, il y a de l’alcool. Et on a tout le temps de penser à l’avenir, de réfléchir à notre plan. On revient ensuite avec l’obligation de porter le costume pendant 3 mois et de se maquiller le visage de peinture rouge.”

Steven est pas très dissert. Il est intimidé, parle moins bien anglais que moi.

Et je suis étranger.

J’arrive à comprendre qu’il bossait au car wash un peu avant la cérémonie. Sa famille lui a trouvé sa propre maison (ça fait partie du truc), mais il a quelques dettes suite à l’Ulwaluko : il faut rembourser le bétail, la volaille et la gnôle consommés pendant sa retraite.

Pour le moment, il s’offre aux regards de qui veut bien voir dans sa bouille rouge les traits d’un homme.

Ensuite, son plan consiste à s’acheter un bleu de travail et essayer de se trouver une petite meuf.

Et là, brusquement, comme ça, j’en ai fini avec ce tour.

Et sinon, la politique, comment ça va ?

La Democratic Alliance de Knysna est depuis quelques années sous le feu d’accusations de corruption, principalement du fait d’un opposant virulent, Mike Hampton. Ça, je n’en parlerai pas avec Ella, note bien, c’est en rentrant que j’ai fait mes recherches. Et je n’arrive pas à savoir si c’est du lard ou du cochon. La presse locale se montre extrêmement légère sur le sujet, les autorités nationales tardent à s’emparer du dossier, et il n’y a eu aucune condamnation. Après avoir été réélue en 2017, le maire Elenaor Bouwe Spies (Democratic Alliance) s’est vue destituée un an après lors d’un rocambolesque coup politique mêlant élus DA et ANC.

Au niveau national, le tout puissant ANC s’est vu plomber par les frasques de l’ex-président Jacob Zuma, dont les multiples casseroles ne laissent aucun doute sur sa vision toute personnelle de la chose publique. Sous la pression de son parti, Zuma a démissionné. Et si le parti anti-apartheid reste majoritaire dans les unes, les élections générales de 2019 ont témoigné d’une grosse fatigue, l’ANC étant tombé en dessous des 60% de vote, son taux le plus bas depuis 1994.

Pour conclure…

Visiter la misère ? Est-ce qu’on irait visiter La Castellane à Marseille ou les cités du 93 en Ile de France ? Je n’ai toujours pas de conclusion tranchée à apporter sur le bien fondé d’une telle démarche. Mais je pense que si la beauté est dans l’œil de celui qui la voit, il en est de même de l’obscénité. Je peux personnellement me ranger derrière le statut de journaliste, blogueur, passeur d’informations. Je peux m’appuyer sur le fait que ces initiatives sont souvent montées avec les habitants du cru. Je peux aussi te souligner des principes de bon sens : on ne se pointe pas en troupeau, on demande l’autorisation pour les photos, on évite de diffuser des photos d’enfants. On écoute. On évite de donner des leçons en 5 minutes. Et on ouvre son sourire, d’un être humain à un autre être humain, point.

Time Magazine, mai 2019

Plus d’infos sur les virées dans le township de Knysna avec Ella sur Emzini Tours. 400 ZAR (+- 25 euros) par adulte.

(Les chiffres de Knysna sont dispos dès la page 44)

NB : ce reportage a été réalisé en août 2016, et écrit sur plusieurs mois en 2019.

1 Comment

  1. Très intéressant ton témoignage. Sujet complexe en effet sur lequel je n’ai pas de réponse définitive.
    Petit historique, je me suis retrouvé à deux reprises dans un bidonville sans l’avoir voulu. Je me promenais un peu au hasard en ville et c’était sur mon chemin. La première fois, c’était à Addis Abeba. Alors que je devais marcher à travers ce bidonville depuis 10 min, un habitant m’a fait comprendre que ma place n’était pas là et que je devais sortir. La seconde fois, c’était à Manille, là encore pas hasard. Après m’être rendu compte que je n’étais plus vraiment dans un quartier “normal”, j’ai poursuivi mon chemin après avoir rangé mon appareil photo qui me semblait plutôt inapproprié. Là j’ai échangé des bonjours, des sourires avec certains habitants et des rires avec les gosses qui jouaient dans la rue.
    Plus récemment, je suis allé dans un bidonville le long de la mer à Cotonou. Cette fois, ça n’était pas un hasard, je savais où j’allais. Là encore, j’ai laissé mon appareil photo dans mon sac. J’ai essayé de dire bonjour un peu partout, mais peu de monde m’a répondu. L’ambiance était étrange.
    Donc je ne sais pas si y aller est une bonne ou une mauvaise idée. Il y a un côté voyeur qui pose problème c’est sûr, mais d’un autre côté, est-ce logique également d’ostraciser ces quartiers. Je n’ai pas pour habitude de ne visiter que les quartiers touristiques en voyage (d’où le fait que je me sois retrouvé un peu par hasard dans un bidonville à Addis et à Manille), alors pourquoi devrais je contourner ces quartiers ? Les deux points de vue sont recevables.
    Y aller avec un guide, si c’est un guide qui vit dans ce quartier, ça me semble très bien, car on participe un peu (tout petit peu) à son développement, mais j’avoue que me retrouver ainsi dans un groupe me met super mal à l’aise. J’ai l’impression d’être au zoo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *