Tu as planté ton plateau à cause du trac ? Tu cherches une potion magique pour vaincre ton stress au permis moto ? Pas sûr que je puisse t’aider, sauf si tu lis cette histoire jusqu’au bout, et acceptes de lâcher prise.

Quand j’ai passé mon permis B, vers 18-19 ans, ça s’est fait dans la douleur.

Je trimballais une grosse réputation auto-réalisatrice* de pas manuel, le mec dans la lune qui casse tout ce qu’il touche, trop réfléchi pour pouvoir manier convenablement un volant et une tonne d’acier dans le vaste espace routier.

Ajoute à ça les difficultés de paiement de ma madre. Les chèques que j’amenais en retard, et une auto-école peu compréhensive qui m’a humilié en public le matin où je devais passer la conduite une deuxième fois.

*On parle aussi de prophétie auto-réalisatrice. C’est le regard posé sur toi par ton entourage qui fait que plus ou moins inconsciemment, tu finis par te conformer à l’image que les autres se font de toi.

Pour rien arranger, j’ai été terrassé par le stress, une boule de pétanque chauffée à blanc dans l’estomac qui a le pouvoir dément d’engourdir tes membres et tes réflexes tout en les bandant comme un arc.

J’ai eu mon permis B au bout de 3 fois, dans la sueur et les larmes.

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Bouffé par le stress, j’ai échoué deux fois à cette épreuve d’adresse, la deuxième du plateau (c’est à dire sur route fermée) au permis moto. Visuel piqué au livret Code de la Route moto, Rousseau, 2013.

10 minutes pour comprendre que certaines choses changeront pas en quinze ans, ni jamais

15 ans plus tard, au moment du permis A, j’avais forcément un peu vécu. J’ai testé deux-trois drogues, sauté à l’élastique, un peu voyagé. J’ai épousé mes limites, fait quelques conneries, compris que j’allais finir par mourir un jour ; j’ai fait 34 765 fois le tour de mon nombril avant d’en sortir.

10 minutes avant mon passage du plateau pour le permis A, tout allait bien.

J’avais 34 ans, j’avais décapsulé mon kiki depuis longtemps, j’avais filé un grand coup de pied à la réputation auto-réalisatrice du type pas doué avec les voitures. J’avais déjà plus ou moins choisi ma moto, ce serait une Street Triple R. Tranquille.

Le stress au permis moto, un grand moment de rigolade [NON].

A la minute suivante, boum. Le même soleil blanc dans le bide, la même irritation de l’esprit et des muscles incontrôlable, ces stimuli en sens contraires caractéristiques d’un trac carabiné.

Ça, aux épreuves du plateau moto, sur un guidon qu’on doit faire passer le plus lentement possible entre deux portes étroites (comme au ski), et un ralenti moteur qu’on doit maintenir à tout prix sous peine de caler et de mettre le pied par terre (faute quasi éliminatoire), ça pardonne pas.

J’avais beau avoir échappé à des bad trips carabinés et dormi avec des clochards sur les Champ-Elysées, j’avais beau avoir eu le cœur brisé et recollé deux ou trois fois, j’avais beau payer des factures et m’accommoder du contrat social comme n’importe quel adulte normalement constitué, j’ai eu mon permis A (le plateau) après 3 essais.

Sans les larmes – je les garde désormais pour les gens qui meurent – mais dans la sueur.

Épilogue

Tout ça pour te dire que si tu as le stress au permis moto, il va falloir t’accrocher. Je crois pas aux potions magiques (ça inclut les pétards, l’alcool, et l’Euphytose*) ni aux incantations, ni aux encens, ni aux exercices de méditation transcendantale (enfin, là-dessus, je demande à essayer, juste pas le matin où je passe le permis). Les somnifères et les calmants sont à proscrire pour des raisons évidentes.

*L’Euphytose, on m’en a prescrit brièvement à 13-14 balais, quand j’avais le cerveau en ébullition tous les soirs et que j’arrivais pas à m’endormir. Ça a pas marché. DU tout.

Ton stress, tu vas devoir faire avec. L’inviter à danser la Lambada, puis l’embrasser à pleine bouche, le chevaucher en lui tapant sur la fesse. Parce qu’il y a absolument AUCUN MOYEN de le gérer autre que la technicité que tu auras engrangé dans ton auto-école, et la perspective de conduire.

Ton.

Propre.

Brelon.

Un.

Jour.

Parce que ça mon gars, ma dame, c’est comme les meufs qui te disent qu’elles se sont déchirées le steack en accouchant, et qui pourtant remettent le couvert une deuxième (et une troisième !) fois. On oublie bien vite le stress au permis moto, la douleur, et la sueur, et les larmes.

Et 40 000 km plus tard, on écrit ces lignes sourire aux lèvres, avec un coup d’œil dans le rétro, juste avant de passer la 5e et de filer un grand coup de gaz.

A retenir

 Entendons nous bien. Si tu veux essayer l’Euphytose ou un truc du type Novanuit pour essayer de vaincre ton stress au permis moto, j’y vois pas d’inconvénient. Essaie de t’y prendre une semaine avant, dans ce cas, histoire de bénéficier au moins de l’effet placebo. Mais la morale de ce billet, si tu as bien saisi, c’est que si le stress doit t’attraper le jour J, il le fera coûte que coûte. Tout ce que je te conseille, c’est des leçons de conduite (sois sûr(e) de te présenter quand tu te sens prêt(e)), et une bonne nuit de sommeil avant l’examen. Le reste suivra tout seul.

Bonne chance !

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Ça vaut bien une pose de connard, non ?

T’es encore là ? File lire ce qu’il y a à savoir avant de choisir ton blouson moto ou pourquoi je garde toujours mes clés de moto près de moi. Ce sont de jolis billets sympas, mignons, bien écrits et tout.

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