La parc national du Yosemite est l’une des petites pépites de la Californie. J’y avais prévu 3 ou 4 jours, et surtout la randonnée du célèbre sommet Half Dome. J’y ai fait 17 heures avant de m’enfuir après avoir frôlé l’hypothermie.

Reste jusqu’au bout, je raconte pas ma vie pour le plaisir de raconter ma vie, il y a toujours une morale, une astuce à retenir pour ton road trip. Si tu veux voir mon air défait après m’être réveillé en camping par – 4°, c’est dans la vidéo tout en bas que ça se passe.

Je suis voûté et malgré le café brûlant tremble de tous mes membres sur le banc de ma table de camping.

Mes yeux se ferment tous seuls, je lutte pour ne pas reposer, reposer, reposer ma tête sur mes bras contre la table, comme les petits enfants, enfants, enfants, quand ils s’endorment au repas. J’ai du mal à réfléchir, mes pensées me parviennent

de très loin,

engourdies par un vertige qui a infusé dans mon estomac avant de très vite atteindre la tête.

Je suis au bord de l’évanouissement, et

j’ai très peur.

Je viens juste d’avaler un café brûlant après m’être réveillé dans ma tente à 6h30 par

-4°c (25° Farenheit)

dans

un

duvet, duvet, duvet

dont

la température de confort est prévue pour + 7° (45°F) maximum.

Tu te souviens, quand t’étais petit, et qu’en été ta mère te disait de pas descendre ton verre plein de glaçons d’un coup ?

Ça marche aussi avec le café brûlant et à 2 200 mètres d’altitude au Yosemite, début septembre.

Le gros du vertige passe après une ou deux minutes interminables, mais je reste étourdi et tremblant de partout. Le soleil est levé mais chauffera pas avant un moment.

campin Bridalveil Creek Yosemite
20h, la veille, et je me gelais déjà. Capture d’écran de la vidéo ci-dessous.

Tu peux le dire, oui, j’ai fait une belle connerie.

Pour te raconter comment j’en suis arrivé à rater ma visite du Yosemite, j’ai le choix : partir de la veille, au Sequoia, ou plusieurs mois avant, devant mon armoire.

Comme on a un peu de temps devant nous, je vais faire les deux.

La veille de cette rencontre avec – 4°, je me suis levé et j’ai plié ma tente au Sequoia National Park. J’ai enquillé deux cent cinquante bornes de moto, en les sentant bien passer entre les jambes et dans le dos.

Je relèverais pas si j’en était pas déjà à 3 mois de voyage et 21 ou 23 000 kilomètres – passé 20 000 tu comptes plus. Claqué et démoralisé.

Je te raconterai ailleurs comment depuis Los Angeles mon cœur et mon enthousiasme s’étaient déjà enregistrés avec leurs bagages pour le retour en France.

Sequoia
Sequoia National Park. Les arbres atteignent en moyenne 70/80 mètres de haut.

Je suis arrivé au sud du Yosemite vers 17 ou 18h, et j’ai commencé par trouver porte close au camping de Wawona (ouvert uniquement sur réservation).

La nuit allait pas tarder à me tomber sur le râble. Mes affaires les plus chaudes étaient dans le sac (flemme de les sortir), le froid transperçait déjà mes gants de moto. Le Visitor center venait de fermer et pouvait pas me renseigner sur les hébergements (17h ! saletés de fonctionnaires sur-payés).

J’ai fait 101 jours aux USA et au Canada entre mi juin et fin septembre sans RIEN réserver. Ni activité ni camping. Ça a été galère une poignée de fois, comme ici. Mais au final, ça a tellement bien marché que je t’expliquerai tout dans un billet intitulé “Les 3 clés ultimes d’un road trip solo réussi”. Et je parle avec désormais avec une douzaine de pays et 35 000 kilomètres d’expérience. Après, pour te renseigner sur les campings du Yosemite, c’est ici.

Tracer au camping le plus proche à l’intérieur du Yosemite, Bridalveil Creek,

ça voulait dire se taper 3/4 d’heure de plus sur des routes tortueuses, et potentiellement rajouter 2h15 pour tracer prendre un motel à Fresno si je trouvais pas de place. Je ne dis pas que ce plan B était le meilleur qui soit, mais c’est ce que j’ai réfléchi sur le coup. Je voyais se profiler le spectre de ma journée jusqu’à Grand Lake, Colorado (trop longue, trop froide), et j’avais pas du tout envie.

Quand j’ai trouvé une place à Bridalveil, donc, j’ai à peine enregistré l’humidité ambiante et le manque d’ensoleillement, je suis allé chercher du bois pour faire mollement mon premier feu du voyage (j’ai rassemblé tout juste de quoi durer une heure, dont une branche verte qui m’a bien enfumé) tout en me disant que j’allais au devant de gros pépins.

A minuit, il faisait – 2 degrés dans la tente (28,5°F). – 4 en me levant.

Ces traces blanches, là, sur la tente… c’est du givre. Capture d’écran extraite de la vidéo ci-dessous.

J’aurais dû le voir venir. Je m’étais déjà copieusement gelé au Colorado en juillet, et au Yellowstone fin août.

Mais au Yellowstone, j’étais déjà trop tard dans mon voyage pour investir dans un duvet.

Bridalveil Creek Campground est en temps normal un super spot de camping à 18 $, très bien placé pas loin de Glacier Point. En temps normal. Quand il fait pas froid et qu’il y a de l’eau. Oui, parce qu’il y avait pas d’eau courante à cause de travaux. J’ai payé moins cher (12 $ la nuit) mais j’ai eu soif.

Et donc, tout ça a commencé 6 mois ou 1 an avant mon arrivée au Yosemite, quand j’ai ouvert mon armoire pour soupeser mon duvet.

Un duvet qui avait déjà quelques années au compteur, prévu pour le printemps été, pour te faire dormir confortablement par 7 degrés. Mon calcul était simple : aux USA en juin, juillet, août il fait chaud à peu près partout. Et en septembre la Californie c’est un peu comme chez moi, avec un super été indien.

Mais j’ai eu des doutes. Je savais que j’allais passer en altitude. Alors ce duvet température de confort 0° (32°F), je suis allé l’acheter.

Pendant un moment, il est resté dans mes bagages.

Et puis je l’ai sorti, je l’ai comparé avec l’autre, il était un peu plus encombrant et plus lourd… alors j’ai pris le plus léger.

Tu parles.

Ce matin là au Yosemite, je me suis réchauffé à grand peine auprès du feu d’un groupe de québécois compatissant, mon café scotché comme une enclume dans le bide.

L’expérience a achevé de me démoraliser au point que j’ai quitté le parc quelques heures plus tard, après une visite express (Glacier point). Yosemite valley, la rando au Half Dome, tout ça, j’ai zappé. J’ai rejoint la côte californienne, plus clémente.

Et à l’exception d’une nuit, j’ai plus fait de camping jusqu’à la fin du voyage.

J’ai raconté cet épisode dans la vidéo ci-dessous, à partir de 6 min 41.

Moralité : même si tu pars dans un pays tempéré, même si tu t’attends à la canicule 90 % du voyage, équipe-toi pour les 10% du temps où il va faire froid et où il va pleuvoir. Pour vadrouiller aux USA en été, duvet température de confort 0° (voire moins) vivement conseillé. Même en juillet. S’il fait trop chaud pour dormir dedans, c’est qu’il fait trop chaud pour un duvet, point. L’inverse n’est pas vraie, et risque de te faire sacrément mal.

Autre point à retenir : les parcs de Californie peuvent déjà être très froids en septembre. Quelques jours plus tard, au Lassen Volcanic National Park, j’ai échappé à la neige de très peu.

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