Après comment choisir son casque et comment choisir son blouson moto, troisième volet de notre série équipement avec les jeans moto. Ou comment essayer de pas reproduire les mêmes erreurs que tonton Roadtrippeur, qui s’est équipé tout seul, sans conseils, parce qu’il a pas d’amis…

Ici on parlera plus particulièrement des modèles de jeans moto

– Ixon Sawyer

– Ixon Evil

– Bolid’ster Ride’ster 2016 et 2017.

Le casque, c’est obligatoire, sauf dans certains pays en voie de développement et certains états américains [smiley qui roule des yeux]. Le blouson, son utilité est à peu près claire dans la tête de pas mal de monde. Enfin… je préfère pas trop réfléchir au nombre de types qui roulent en t-shirt l’été.

Mais le futal moto ? Là on entre dans la zone du « ouais ouais, vas-y, je t’écoute, c’est juste que j’envoie un texto là.»

Grossière erreur, mec. Meuf. (Hey, salut, meuf ! Ouais, toi, là-bas, dis-moi que t’es motarde, et que t’es pas venue juste parce que tu as vu de la lumière !)

Il y a aucune raison de croire que les guiboles prendront moins cher que le reste dans un accident de moto.

Et par prendre cher, je veux dire : glisser sur un revêtement qui, sous l’effet de la vitesse, va se transformer instantanément en papier de verre.

Si tu en doutes je t’invite à googler « skin rash motorcycle » (attention, gore). Ou à te renseigner sur l’histoire de Brittany Morrow. Cette américaine, très jeune à l’époque, s’est fait très mal en glissant 150 mètres sur le goudron, après une chute à 180 à l’heure. Elle portait un jeans normal et un sweat-shirt.

Autant te dire que ses années de bikini sont finies.

road rash brûlure chute moto
OKAY C’EST UN BRAS, PAS UNE JAMBE, MAIS C’EST PAREIL, OKAY ? J’ai piqué cette photo au blog de John. En 2011 le pneu avant de sa Harley a explosé alors qu’il roulait à fond de cale (100 à l’heure environ, sur une Harley c’est beaucoup 😉 ) l’envoyant mordre la poussière de son Texas adoré. John a retenu la leçon, il sort désormais couvert… des jolis tatouages qu’il s’est fait pour cacher les cicatrices de brulure :-/

Le jeans moto renforcé (doublé) en Kevlar ou autre

Le choix certainement le plus sage et le plus populaire pour ceussent qui ont pas des mille et des cents dans le porte-monnaie. Et veulent pas ressembler à un ninja de l’espace.

Les fabricants en balancent régulièrement sur le marché, pour environ 150 balles la paire environ. Soit un jeans de fabrication plus ou moins exigeante, avec une doublure en kevlar aux endroits les plus stratégiques : fesses – hanches – genoux et mollets. Le plus souvent c’est Kevlar, mais ce peut-être une autre matière similaire.

J’insiste sur « de fabrication plus ou moins exigeante » en connaissance de cause. A mon humble avis éclairé, rien ne sert de vanter les mérites du fameux tissu utilisé pour les gilets pare balles, si seulement 10% de l’ensemble est Kevlar, et les 90% restants, un mauvais denim de supermarché.

Kevlar contre denim : même combat

J’ai acheté deux jeans moto doublés Kevlar.

Le premier était un Ixon Sawyer, pour m’inscrire à l’auto-école. Il a fait son taf ma dernière leçon de plateau, à 8h30 du mat’, quand, pas réveillé, je suis tombé quasi à l’arrêt en voulant tourner pour un exercice, sauf qu’en arrivant au virage, j’ai oublié comment on faisait. Une chute absolument ridicule.

Rien à déclarer, à part une marque superficielle au niveau du genou. Je l’ai toujours, il m’arrive de le mettre en dépannage.

jeans moto Ixon Sawyer motorcycle jeans
Un jeans moto doublé en Kevlar de base, ici le Ixon Sawyer, sur l’envers et de dos. On voit les parties doublées en blanc. (Tu m’excuseras, j’ai pas repassé, hein).
trou road rash motorcycle jeans moto
Le petit scratch creusé sur le genou du même jeans (il y a une coque protectrice derrière), en basculant par terre avec la moto à très faible vitesse. Il faut bien comprendre qu’en dehors de la doublure, qui est loin de couvrir entièrement tes guiboles, de nombreux jeans moto utilisent un tissu de qualité égale à celle d’un jeans normal.

Le deuxième était un Ixon Evil. Hallucinant de discrétion et de confort. T’aurais jamais cru que c’était un jeans moto. Je le portais tous les jours ou presque, à moto et au boulot. Limite si je dormais pas avec en suçant mon pouce.

Tellement qu’une griffe de mon chat à fait un mini trou à l’entrejambe qui s’est vite transformé en gros trou.

Tellement qu’un autre trou s’est vite creusé au dessus d’un des montants pour la ceinture.

C’était pas que je le mettais trop souvent : le tissu du jeans et les coutures étaient juste pas au niveau 🙁. J’ai fait rapiécer le trou à l’entre-jambe une fois ou deux, et puis au bout d’un an et demi j’ai abandonné l’éponge.

La qualité du denim et la solidité des coutures sont essentielles dans le choix d’un jeans doublé en Kevlar ! Pose-toi aussi la question de savoir combien de surface est doublée. Fais aussi attention aux protections genoux – on en parle plus bas, dans quelques instants.

Le jeans moto en toile de parachute de la NASA l’Agence Spatiale Européenne

On est un cran au dessus. Pas de doublure, mais un tissu unique en partie ou totalement tissé avec des fibres de haute technicité comme l’UHMWPE, traduction : polyéthylène de masse molaire très élevée.

Selon la légende, l’Agence Spatiale Européenne a refilé la recette à l’équipementier français Esquad, un soir de pleine lune après un sacrifice de radars automatiques. L’Armalith d’Esquad, mais aussi le Dyneema, sont deux noms commerciaux de l’UHMWPE. On en fait des filets de pêche, on l’utilise pour la voile, les gants de protection…

Vendus depuis le milieu des années 2000, ces jeans ont la réputation d’être

  • solides (133 plus solides que le denim. Ou 100 fois, ou 192. Selon les fabricants, je m’y perds)
  • chers (comment ça ? des fringues moto chères ? Vous n’y pensez-pas, monsieur !)
  • chauds (ah.)
  • un peu rigides (ça rime avec « solide »)

Courant 2016, je suis tombé sur le dernier projet du fondateur d’Esquad, Pierre-Henry Servajean, Bolid’ster. En manque de sécurité, je me suis retrouvé à kickstarter son jeans moto Ride’ster.

Celui-ci promettait une recette raffinée de l’Armalith, l’Armalith 2.0, plus légère, plus souple, plus résistante, qui offrirait l’équivalent d’un bon fut’ en cuir (plus d’argumentaires de vente ici).

Non, j’ai pas d’actions chez Bolid’ster (tu vas vite le voir)

Le Ride’ster 1er du nom est devenu mon nouvel amour. Il a une coupe légèrement ample – pour m’en assurer, j’ai pris une taille trop grand –  je le trouve ni excessivement rigide, ni lourd, même en été. Bonus, son côté stretch me permet de le passer sur mes bottes, pourtant dignes d’un robot de l’Armée, promotion 2035. Je le mets très, très régulièrement depuis un an.

jeans et bottes moto stretch motorcycle pants boots bolidster ridester
Réalisé sans trucages. Ces bottes beaucoup trop maousses pour mon propre look passent tranquille sous le Ride’ster 2016 de Bolid’ster. Par la grâce du stretch ancestral !

Il a aussi passé avec succès le test de la griffe perfide du chat, qui saute pour jouer sur toi avant que t’aie eu le temps de lui dire « NON ! pas sur ce fut’ le chat, il coûte une blinde ! ». Le coup de griffe du matou a déjà quelques mois, et il s’est toujours pas transformé en straou.

Sauf qu’il a un problème de taille.

Du genre de la nana intelligente, bien carrossée et tout, mais qui pue de la gueule ou qui louche.

Non seulement il est pas donné hors promo Kickstarter – 325 euros – mais ses protections hanches et genoux sont attachées au jeans par un système de scratchs à deux balles. Des scratchs qui tiennent pas deux heures d’une utilisation normale dans la vraie vie, quand il s’agit de marcher, s’assoir ou se lever d’une chaise. Et ils grattent le genou…

Croix de bois, croix de fer

On a été plusieurs à faire remonter ce petit problème à l’équipe. Et pas rancunier, j’ai financé en mode participatif (kickstarté, quoi) la version 2017. Séduit par un argument choc : les jeans Bolid’ster sont désormais fabriqués en France.

Épargne-moi tes commentaires. Je sais, je sais, j’ai un côté trop bon trop con. En même temps si j’étais pas là pour faire les conneries à ta place, autant fermer Roadtrippeur, ouvrir lesescapadesdeJeremy.com, et écrire sur la récolte de la Lavande en Provence ou le dernier hôtel all inclusive de République Dominicaine. Avec en bonus : le top 10 classé par notes sur 20 à la virgule près des meilleurs sacs pour voyager autour du monde.

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Le Rides’ter 2017 de Bolid’Ster, version pile, avec ses protections hanches et genoux ajustables par des boutons pressions.

Pour son deuxième modèle, Bolid’ster semblait avoir compris le coup des protections genoux, désormais attachées par un système de boutons pression. Elles sont très souples et fines, ce qui est pas forcément un bien (lire mon avis plus bas) ni un grand mal. Certains apprécieront le gain de discrétion.

Le fournisseur a changé, le tissu est moins stretch. Mes bottes passent plus dessous, mais garde à l’esprit que ce sont des bottes de trail…

Au déballage et à l’enfilage, ça sentait plutôt bon cette affaire. Et puis est venu le temps de l’essai, en conditions de la vraie vie, quand j’ai enfourché Brienne pour aller me chercher de quoi préparer mon voyage au Japon.

Le goût de la vraie vie

Figure-toi

  • que les protections genoux marquent vers l’extérieur et blanchissent le tissu, comme si je m’étais agenouillé pour prier sur des graviers.
  • que ce Bolid’ster 2017 me semble plus épais que le 2016. Ce qui est bien (plus protecteur ?) mais aussi mauvais, en plein mois d’août en Provence. Surtout que j’ai pris la version noire…
  • qu’une partie des boutons pression des protections se défont au moindre mouvement de motard ou de type normal. Par exemple quand j’ai passé la jambe au dessus de ma moto pour l’enfourcher, ou quand je me suis assis sur le canap pour prendre des photos.
Ride'ster 2017 marques au genoux
Voilà voilà : les protections genoux du Ride’ster 2017 marquent à l’extérieur (sur le modèle noir).

Je veux bien être compréhensif, prendre des pincettes. Dire que les marques aux genoux donnent du cachet au jeans, ou te renvoyer sur le modèle indigo, plus clair, donc.

Je veux bien croire que j’ai une morphologie de genoux bizzaroïdale qui fait craquer les boutons pression à la moindre contrariété, et qu’on est pas nombreux dans ce cas.

Je veux bien croire que l’épaisseur du jeans le rendra parfait pour l’hiver. D’ailleurs aies aucun doute là-dessus : je le mettrai, et j’ai confiance. Les coutures, la confection de l’ensemble me semblent top, ça a vraiment rien à voir avec le tout venant.

Mais on parle quand même d’un jeans moto qui coûte la peau du cul. J’aimerais bien, quand je dis que c’est français et que je dois défendre son prix, pouvoir le faire sans rougir ni cacher que ces putain de bouton pression s’enfuient en courant à chaque fois que je plie les genoux…

Alors j’ai bien envie d’envoyer du hashtag #facepalm.

On arrive à des résultats intéressants avec des jeans tissés en matière spéciale, mais ils sont plus rigides, plus lourds, plus chauds que les autres, et la finition est parfois #facepalm.

Le protections genoux font 50% de l’intérêt d’un jeans moto

Pour terminer sur les protections genoux. Ça a absolument rien de scientifique, mais elles font pour moi la moitié de l’intérêt d’un jeans moto. Surtout vu le prix de ces futs’. Je me fais pas d’illusions de ce qui se passerait pour mes os et articulations si je devais être éjecté à 90 à l’heure, mais au minimum je veux être protégé d’un gros scratch. 

On va de ce côté là avoir le choix entre protections type coques rigides, et protections type caoutchouc, souvent en D30, comme sur le modèle de jeans qu’on vient de tester. Le D30 ? C’est l’UHMWPE des protections genoux. Pour ma pomme, au feeling, j’ai une préférence pour les protections rigides, que j’ai trouvées par exemple sur les jeans moto Ixon – et à ce jour, j’ai toujours pas trouvé mieux.

Quoi qu’il arrive les protections doivent être ajustées, que tu sois assis sur la moto ou debout (elles peuvent donc légèrement remonter quand tu es assis).

Il est primordial d’essayer avant d’acheter, si tu vois ce que je veux dire… (fais pas comme-moi et commande pas par pigeon voyageur juste parce qu’il est français. S’il est bourré, sa nationalité fera pas grande différence. A moins qu’il soit Polonais ou Russe, qui tiennent mieux l’alcool, c’est bien connu*).

*Alerte cliché beauf – alerte cliché beauf – alerte cliché beauf
protection coque genoux genou shell moto ixon
Une protection genou livrée avec l’Ixon Sawyer. Une coque de 5 millimètres d’épaisseur environ, qui inspire confiance. Le top.

Conclusion : et si c’était à refaire ?

Si c’était à refaire, il est possible que je reste sur Ixon, pour la qualité des protections genoux. Sinon je m’orienterais peut-être vers des jeans moto 100 % doublés… et 100% hors de prix. Parmi ceux qui m’inspirent : le modèle C-Evo de Draggin Jeans (le fabriquant australien. Attention, il y a un homonyme américain, qui fait apparemment de la moins bonne qualité). Et puis les Lean angle, les Rokker Jeans, ou à la limite le K-7 de Hood Jeans (seulement 90% doublé, de la taille jusqu’aux mollets. Mais moins cher, aussi).

Ou bien vers les jeans en toile de l’espace. Il y a les Unbreakable de Saints, et les fameux Bolid’ster. Si tant est qu’ils arrivent au bout de leur recherche et développement pour éviter les erreurs grossières.

[édit février 2018 : la 3e campagne Kickstarter de Bolid’ster a démarré, et confirme que la boîte a toujours pas compris l’importance d’avoir des protections genoux solides et bien fixées. Et ce alors qu’elle a monté les tarifs de son nouveau modèle Ride’ster à… 425 euros. Pour moi, on entre dans la zone du délire total. Mais j’ai comme dans l’idée que le coeur de cible de la clientèle de BolidHipster est attirée par d’autres arguments de vente…]

Mais dans tous les cas…

…j’attendrais les soldes.

Il y a tellement de marques et modèles que je pourrais jurer de rien. Je suis sponso par aucun fabriquant. A toi de te rendre en boutique, de toucher l’épaisseur du tissu, de regarder la surface doublée pour voir si ça te convient, de vérifier la solidité des passants pour la ceinture. Et d’essayer ! Passe pas à côté des protections genoux, c’est un point essentiel d’un bon jeans moto. Foi de tonton Roadtrippeur.

6 Comments

  1. Intéressant article… En ce qui me concerne, je vais essayer les jeans Knox, qui me semblent de bonne qualité (j’ai eu plutot une bonne experience avec leurs gants…)

  2. Je viens de le recevoir: coupe « baggy » (je l’ai choisi comme ça pour avoir plus de confort), plutôt conforme à la description: le tissus est composé de coton à 90% et de nylon à 10%, ce qui lui donne une texture assez élastique. La doublure (jaune-vert) est complètement en Kevlar (ça ressemble un peu à du coton) et recouvre quasiment la totalité du Jean (à part le bas de pantalon). Sinon, des poches à fermeture-éclair permettent de placer les protections maisons de Knox depuis l’extérieur pour les protections de genou, depuis l’intérieur pour les protections de hanche. Le tout est très complet finalement, assez confortable (on n’a pas l’impression d’être corsetté comme dans certains autres jeans moto) et ça tient bien en place pour un prix relativement peu élevé par rapport à la concurrence (140£ à peu près pour un jean tout doublé kevlar et ses protections de genous et de hanches, c’est pas trop abuser je pense, je sais pas ce que tu en penses…)

    1. Ca m’a pas l’air délirant comme choix. En attendant de tester sa protection (ce que je te souhaite pas 😉 ) Fabrice, l’important est que tu te sentes bien à l’intérieur pour conduire sans soucis. Après si les protections genoux t’inspirent confiance, c’est un gros point en plus pour moi. Un autre point bonus pour les hanches. Et un autre pour ce système d’insertion des genouillères par zip aux genoux, ça a l’air pratique.

      J’en profite pour ajouter que quelle que soit la marque de tes fringues moto, Knox, Bolid’ster, Alpinestars, Ixon etc, elles protégeront des blessures les plus minimes seulement (et seulement si tu sors couvert 100% du temps, même en été). Et qu’un bon équipement doit jamais être une excuse pour rouler au dessus de tes pompes ! La meilleure chute c’est celle qui arrive pas.

      Ride safe mais surtout amuse-toi, les beaux jours reprennent, c’est maintenant que ça se passe la moto ! V Jeremy

  3. Je ne peux qu’abonder: il n’y a pas de protections pour des accidents à 130km/h+…

    C’est aussi pour ça que les protections, même les plus sérieuses, doivent être adoptées sur les scooters, 125 et 50, parceque quand on tombe d’un 50 a 40 km/h on se fait aussi mal qu’en tombant d’une Yamaha R1 a 40 km/h, même quand on est un jeune…

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