Un clignotant te manque, et tout est dépeuplé… C’est en apparence l’histoire ultra banale d’un motard qui a envie de changer de moto. Pour de bonnes, et de mauvaises raisons.

C’est une histoire vieille comme le monde…

Tu me lis régulièrement, pas vrai ? Allez, rêvons un peu. Alors tu sais que ma Street Triple R 2014, ma première moto, c’est la plus belle. Après déjà
10 pays traversés, plus de 53 000 kilomètres au compteur, et
malgré trois chutes, j’irai jusqu’au bout du monde avec elle.

Ça, c’était jusqu’à ce que je regarde mon clignotant gauche, le week-end dernier.

C’est fou comment le changement tient parfois à un détail. Bien sûr, il y a toujours une envie latente, tapie dans un recoin de ton cerveau, une insatisfaction ou un rêve – les deux vont souvent de pair.

Un cligno. Un clignotant sans vitre. J’ai perdu la vitre transparente du cligno. Et je sais pas comment.

Changer de moto à cause d'un cligno ?
Clignotant d’origine pour Street Triple. Image piquée au site Street Moto Pièce.

Un détail de trois fois rien qui vient s’ajouter à toute une liste d’insignifiants. De l’insignifiant qui finit par peser lourd. Prends un kilo de plumes, un kilo de plomb, et jette-les du haut de la tour Eiffel. Lequel touche le sol en premier ?

Je suis toujours en recherche de pièces pour réparer ma Street après sa dernière chute.

Je viens de trouver un rétro d’occaze, il me manque encore des écopes (des bouts de plastique du carénage), et un garde boue avant.

Il y a aussi ces deux petites marques de peinture limées, de chaque côté à l’arrière, aux endroits frottés par mes sacoches cavalières.

Là, devant la moto, devant la découverte de ce morceau de plastique manquant sur le cligno, j’ai… juste envie de changer de moto

Ça peut pas continuer comme ça.

Je lui fais du mal à cette bécane, je l’abime, elle vaudra bientôt plus rien, elle est pas taillée pour voyager, ce qui est l’une de mes priorités. Elle est too much pour moi, plus poireau que pilote de course.

J’aimerais tester une autre position de conduite, qui m’écrase pas autant les roubignoles sur le réservoir (il faudra qu’on reparle de ce tabou motard, d’ailleurs).

Enfin je vais probablement me faire un road trip moto de filou cet été, je me vois mal partir en Asie ou au Cap Nord en Street Triple.

Et puis je pense à tous les road trips d’après…

Road Trip en Street Triple
Quand tu utilises ta moto comme une BMW 1200 GS, épisode 45768 bientôt sur Netflix.

Autant de bonnes raisons de changer de moto ?

Une fois rentré à la maison, j’ouvre 15 000 onglets sur Firefox, entre le devis de la bécane que je lorgne depuis quelques semaines et les tests d’icelle sur les magazines moto.

J’ai fait ça a de multiples reprises ces derniers jours, comme je le fais à chaque fois que je suis pris de la frénésie de changer de smartphone. Je relis 10 fois les mêmes tests et joue au jeu des 7 erreurs.

Les longs pavés des journalistes racontent plus ou moins tous la même chose : c’est une bonne bécane. De toute façon, ma raison fait semblant de m’en remettre aux tests, alors que je ne viens y chercher que la confirmation de mon envie de changer de moto.

Tu souris ? Je sais que tu fais pareil.

Changer de moto Street Triple pour un Scrambler
Ça, c’est le prix sans les options qui me sont absolument indispensables. Et pour lesquelles il me faudrait rajouter 2000 euros.

Or à chaque refresh sur la page, le devis reste impavide : pour me la payer, il me faudrait à minima un crédit sur 4 ans. Compte tenu de mon budget, ce serait une folie. Une folie à laquelle je suis à deux doigts (sur le levier d’embrayage) de sombrer, l’esprit critique brouillé par les discours marketings.

Dissonance cognitive

Le terme est à la mode, il désigne le bug qui se produit dans ton cerveau quand deux informations contradictoires et toutes deux fondées entrent en contradiction avec tes valeurs profondes.

Ici : chercher la moto qui comblera mes moindres désirs (et insatisfactions, j’insiste) alors que je sais pertinemment que les désirs s’éteignent jamais – il sont seulement remplacés par d’autres, avec la complicité de la World Company.

Tu commences à voir où je veux en venir ? (J’ai bientôt fini, t’inquiète)

Changer de moto, changer de portable, gagner 3 centimètres, changer de vie ?

Je suis quelqu’un de relativement éduqué et informé, avec une conscience sociale plutôt affirmée. Et le pire, c’est que je l’ai déjà écrit ici même : en voyage, comme en moto, comme un peu partout, c’est pas l’achat qui fait le bonheur.

Et voilà que la douce voix hypnotique du marketing vient me susurrer à l’oreille ses promesses d’évasion, d’agilité, de performance, de plaisir.

Alors que je tombe dans un trou noir sans fond, il faut me faire violence (allô ? 73526 mensualités de 300 euros ?) pour donner un gros un coup de pied et remonter à la surface.

A partir de quel moment est-ce ok de changer de moto ? Combien de kilomètres, de plaisir pris, de chutes subies ? A combien tu mesures ton désir et ton insatisfaction ? Combien de chevaux supplémentaires ? De gadgets électroniques ?

Qu’est-ce qui me dit que ma Street peut pas m’emmener jusqu’à 100 000 bornes ? Et qu’une moto doit forcément cocher des cases pour être bonne à voyager ?

Tout se réduit à une chose : mes failles personnelles et la rapidité avec laquelle la société de consommation s’y engouffre.

Je pense à Sjaak. Sjaak Lucassens. “Sjaak le fou”, comme on le surnomme parfois.

Le hollandais parcourt le monde depuis plusieurs années. Il a fait tous les continents sauf l’Arctique, ce qui ne saurait tarder si j’en crois son Facebook, en… Yamaha R1.

Sjaak Lucassens tour du monde yamaha R1
Photo DR Sjaak Lucassens, ici au… Sahara avec sa moto de course.

Une moto qui ferait presque passer la mienne pour une barque avec coussins brodés de cuir.

Sjaak me prendrait peut-être pour un fou.

We all go a little mad sometimes, il paraît.

Les p’tits gars du marketing approuvent ce message en se tapant sur la cuisse.

Epilogue

J’ai terminé d’écrire cet article. Et puis je suis allé passer la soirée à Marseille. Et en revenant auprès de ma bécane, je te le donne en mille : il me manque un embout de guidon.

On m’a probablement piqué un. embout. de. guidon.

T’étonnes pas si courant 2019/2020 tu me vois rouler en Scrambler…

9 Comments

  1. Ça me rappelle des émotions que j ai eu quand j étais plus jeune, célibataire sans enfant, et que je changeais de moto tous les ans 😉
    Profite, fonce, vis ta passion de motard et dis toi qu on peut voyager avec n importe quelle moto
    Après un trip en Goldwing (pas la mienne, celle de mon père), le suivant s est fait en 1200 Vmax et c était tout aussi magique bien que l organisation de chargement était totalement différente….

  2. Merci Antoine ! J’ai moins d’expérience en moto que toi, mais oui, je crois finalement qu’on peut voyager avec un peu n’importe quelle moto. Enfin, je dis ça maintenant, mais dans quelques années, je sais pas, j’aurai peut-être envie de plus de confort. Tu as des road-trips prévus cette année ?

  3. Oui je pense qu avec l âge on est demandeur de plus de confort, je pense à mes parents en Goldwing
    Mais on verra ça après 50 balais mdr
    Pour l heure on n a pas refait de road trip moto depuis qu on est parents, il nous faudrait un side car ! Ma femme a mis sa moto de cote depuis qu on est 3
    Cet été c est road trip en combi en famille, en France, un autre moyen sympa de voyager

    1. Hey mais c’est qu’on doit pas être si éloigné que ça en âge !
      Un petit bébé, c’est la plus belle des aventures dit-on, mais avoir une compagne qui aime la moto… c’est encore mieux. Je valide l’achat d’un side-car ! 🙂

  4. Changer de moto pour qu’elle soit plus adaptée à une certaine pratique de la moto, comme le voyage, me semble une bonne raison. Et pas seulement un caprice.
    Et un trail pour voyager? tu y as pensé? (encore de belles heures à passer devant ton écran à fouiller les sites de tests moto) Avec le carénage et la bulle, confort assuré sur les longs trajets.

    1. Voilà, si vraiment on est décidé à changer, il faut vraiment se dire qu’on le fait pour de bonnes raisons. Les trails, bien sûr j’y ai pensé, mais rien à faire, quelle que soit la marque, je n’aime pas leurs têtes. Le Scrambler qui me fait rêver a des allures de trail avec la gueule qui me convient. Mais c’est une moto qui vient de sortir, et le problème c’est… le prix. Je vais déjà aller road-tripper cet été, je vais bien épuiser la Street, et puis je verrai.

  5. C est vrai que c est cool de partager la moto avec sa compagne
    Faut la place pour le side, c est le soucis, le garage déborde déjà lol
    Ben j ai atteinds les 40

  6. Il y en a une dans ma rue, c’est vrai qu’elle est sympa cette moto.
    J’ai l’impression qu’elle est plus faite pour la ville que pour les voyages (est-ce que tu peux mettre une valise coté pot ?)
    Sinon c’est où ton projet voyage ?

    Je cherche des itinéraires pour l’Irlande et l’Allemagne – Autriche, t’as pas ça en stock ?

    1. Si jamais je signe pour cette moto, je verrai avant s’il est possible de me faire déporter un porte valise qui crame pas sur le pot.

      Le projet voyage c’est du très très lourd, mais motus avant d’avoir réglé les problèmes administratifs (se faire assurer dans un autre pays… c’est pas simple).

      Irlande, ouh la, ça remonte pour moi, mais j’ai des bons souvenirs de partout. C’est comme on dit : très vert. Les pubs de village, génial. La bière. Le whisky. Les filles.

      Allemagne – Autriche j’y suis passé vite fait en, mode city trips. Brême et Vienne. C’était bien joli. Mais entre les deux : autoroutes. Viens on dit que c’est toi qui me passes tes itinéraires !

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