Yakushima est peut-être mon coup de cœur, ce que j’ai fait de plus dépaysant en deux semaines au Japon.

La minuscule île est connue des Français en particulier pour être – via le sentier Shiratani unsuikyo – l’inspiration du cinéaste Hayao Miyazaki pour le dessin animé Princesse Mononoke (1999). Mais elle a beaucoup plus à offrir. Pour le coup, je sors le K-way (il pleut beaucoup sur Yakushima) et je laisse tout cynisme dans la poche.

Suis le guide, comme on dit sur les blogs mieux élevés que le mien.

Shiratani Unsuikyo usuikio chiratani mononoke hime yakushima
A Shiratani Unsuikyo, sentier de randonnée le plus pittoresque de Yakushima.

Tic…

Il faut te mettre à la place du Grand architecte, qui pose son pinceau, se roule une Amsterdamer et s’assoit, les bras autour des genoux, pour contempler sa création, à la pause de dix heures.

…Tac.

Tout se passe au ralenti, un ralenti infinitésimal, qui fait que seul quelque chose qui a toujours été et sera toujours peut voir l’aiguille passer d’une seconde à l’autre.

Tic…

Yakushima apparaît à deux heures d’hydroglisseur des côtes sud du Japon. A peine une tête d’épingle dans l’océan Pacifique. Un caillou de 500 km2 entièrement couvert d’une effervescence végétale, qui n’en finit plus de mousser depuis des milliers d’années, battue par des pluies aussi brusques que brèves.

Lentement, si lentement…

Au ralenti.

…Tac.

Une petite route en fait le tour en 3 heures. Les habitants, au nombre de 14 000 aujourd’hui (contre 26 000 dans les années 60) ont depuis longtemps abandonné l’intérieur des terres aux esprits de la forêt. Quand ils n’ont plus osé prélever des arbres sur les territoires sacrés, ils se sont mis à cultiver des agrumes dans les vergers. Le soir, la peau encore rougie par le onsen, ils font griller du poisson volant en regardant les couchers de soleil peindre sur le Pacifique des tableaux de grand maître.

coucher de soleil pacifique Yakushima île Japon mononoke
Oklm. La plage est juste derrière. Ce jour là, j’ai pris mon premier bain dans le Pacifique dans ce décor. Bonheur.

Tic…

Aujourd’hui les daims et les singes se disputent les sentiers de randonnées, principale attraction de l’île. On vient de loin pour ces sentiers couverts de mousse qui t’emmènent dans un royaume émeraude, peuplé de cèdres deux fois millénaires et de cours d’eau cristallins.

Régulièrement, pendant les tempêtes, entre deux coups de tonnerre, on peut entendre les kodamas – esprits de la forêt – barboter dans les torrents en riant à gorge déployée, tandis que les trombes d’eau et le vent et la foudre abattent les géants de bois qui ont pourtant vu 100 siècles.

…Tac.

Quand ce n’est pas la pluie qui crève le ciel – 32 jours par mois, dit-on ici – c’est la brume qui caresse les monts et les vallées.

L’air agit comme une marée invisible, le temps inspire, expire, (tic, tac, tic, tac) inspire, respire…

Tic.

Tac.

Il faut te mettre à la place du Grand architecte, qui écrase sa clope, et repart au boulot avec un sourire satisfait.

île de Yakushima
Sur Yakushima, la brume a l’air de sculpter les montagnes. (C’est beau comme du Francis Lalanne !)

Shiratani Unsuikyo, LA randonnée de Yakushima

La rando Shiratani Unsuikyo (« vallée d’eau et de nuages de Shiratani ») c’est le fameux sentier non officiel de Princesse Mononoke. Compte 4 heures pour faire la boucle. Cinq si tu fais aussi le sentier du cèdre Bugyosugi (très recommandé). Avec une difficulté très modérée jusqu’aux 300 derniers mètres environ, un peu plus raides. Tu culmineras à 1050 mètres.

Pas de quoi s’affoler : y’a des petits bouts hauts comme trois pommes japonaises qui la font.

yakushima princesse mononoke shiratani unsuikyio ravine sentier randonnée
Que dire après ça ? Je sais pas trop. (Shiratani Unsuikyo.)

Et c’est vrai qu’elle est jolie, cette balade. D’un petit pas champêtre, tu enjambes des cours d’eau kawaii, tu te casses le cou à toiser des cèdres géants. Tu grimpes une volée de marches en bois pour passer dans le trou d’une souche d’arbre aussi grande qu’une voiture. A un moment tout autour de toi est recouvert de mousse. Si tu regardes bien, des arbustes minuscules et débordant de chlorophylle poussent sur des troncs lisses couleur orange.

Le toit des feuilles et le ciel laiteux filtrent la lumière de telle sorte que tout semble nimbé.

Partout, la forêt limite tropicale a quelque chose de primaire, intouché.

L’entrée (participation aux frais d’entretien du sentier) est à 500 yens à partir de 16 ans (lycéens). Ton ticket d’entrée à Yasugi Land te donnera droit à une réduction de 200 yens. Ça marche aussi dans l’autre sens.

cedres cèdres cédres sugi cedar yakushima shiratani unsuikyio unsuikyoYasugi Land, entre « La rando pour les nuls » et le petit détour niveau hard

Le Yasugi Land, c’est la même chose que Shiratani Unsuikyo, avec un poil moins de charme, mais un peu plus de vénérables cèdres. Et en mode super-fastoche. La boucle la plus longue de Yasugi Land fait 2h30. C’est la rando que tu pourras faire avec mamie, et junior qui fait que râler entre deux snaps parce que de toute façon, c’est nul et c’est trop fatiguant.

(Si tu as un môme comme ça, et si tu connais le réseau Thor, je peux te présenter à un type qui propose des solutions fatales – heu, pardon, efficaces pour pas trop cher).

Après, si tu veux corser un peu le truc, ou tuer Junior sans éveiller les soupçons, tu peux te lancer dans l’ascension du mont Tachu, pour une boucle totale de 7h.

daim cerf sika yakushima
Hey, salut !

Sois bien sûr de ce que tu fais. C’est pas qu’il faut être bien entraîné, mais avec une condition physique lambda, tu risques de le sentir un peu passer, comme bibi.

Le mont Tachu te rajoute une boucle de 3 kilomètres au Yasugi Land. Dont un dernier kilomètre de montée raide comme la justice qui demande par moments de faire deux-trois mètres de grimpette avec une corde (les cordes sont sur place).

Pan dans les jambes, ouh la la on va bien dormir ce soir, Simone, hein ?

Ceci dit, au sommet, ça vaut assez le coup, surtout que tout le long, t’as le sentier rien que pour toi tout seul.

Yasugi land yasugiland mont tachu tacchu tashu yakushima Japon
Quelque part entre le Yasugi Land et le Mont Tachu, juste avant que les choses se corsent.

Au sommet du mont Tachu, comme à Shiratani Unsuikyo, je mets pas les photos de la vue. Je considère qu’il y a des choses qui se méritent, comme la cascade de Maletsunyane au Lesotho, ou dont il serait dommage d’éventer la surprise, comme à Golden Gai. Que tu viennes ici pour préparer ton voyage ou que tu me lises lors d’une pause au taf, il faut toujours te laisser une place pour tes propres rêveries. Sinon à quoi sert de voyager ?

 Jomon Sugi

J’ai pas pu faire la rando Jomon Sugi, la plus emblématique, celle qui t’emmène vers Jomon, un vénérable cèdre (sugi) qui aurait entre 2000 ans selon la police et 7000 selon les syndicats. On s’est levés trop tard pour prendre le bus, apparemment seul moyen de se rendre au départ de la randonnée, qui au mois d’août décollait à 7h pétantes (pas d’autre de la journée).

La rando pèse une dizaine d’heures. C’est pas pour les Mickeys.

Que faire d’autre que la rando à Yakushima ?

Du snorkeling (tuba, plongée). Du kayak.

Aller au onsen. Ceux de Yudomari et Hirauchi Kaichu feront de toi le king / la queen d’Instagram. Yudomari est au bord de l’océan. Hirauchi est DANS l’océan. Attention à bien venir à marée basse (clique ici et scrolle jusqu’à « high tides et low tides » pour voir les horaires). Tous les deux demandent une donation de 100 yens.

J’ai personnellement testé et kiffé celui du village de Onoaida, sur un site multi-séculaire. Le bâtiment date de 1994 et fait la joie aussi bien des touristes que des locaux. 200 yens l’entrée, 100 yens la serviette, 100 yens le savon.

Tu peux aussi te rendre à l’une des nombreuses cascades de l’île (Ryujin-no-taki, Sempiro-no-taki – en photo ci-dessous…)

sempiro no taki chute d'eau yakushima cascade
La cascade de Sempiro no taki dans la brume. Pas mal, Yakushima, pas mal. T’assures jusqu’au bout.

Il y a les vergers de Yakushima, comme le Botanical research park à Mugio (photo ci-dessous). 500 yens l’entrée par adulte. En été, hors floraison, l’intérêt est un peu limité, mais on t’offrira quelques fruits à déguster et tu pourras faire le plein de confitures à ramener.

papillon jardin experimental botanique mugio yakushima mungio
En rouge et noir.

Yakushima est aussi un site de ponte de tortues marines, j’en parle dans un autre billet.

Enfin, il faut absolument faire tout le tour de l’île en voiture. La partie sud-ouest est encore plus sauvage, dense et accidentée que le reste.

Attention si tu as un bateau / avion à prendre. On a du mal à pas s’arrêter tous les 100 mètres pour mitrailler les daims et les singes de photos ! Compte 3 ou 4 heures pour un 360°.

singe yakushima
Tant de sagesse dans ces yeu – ouais non, stop. Yakushima, je t’adore, mais je suis pas ce genre de blog.

Où dormir, où manger ?

On a pris notre camp de base à Umi-no cottage Tida à Yudomari. Un business familial qui propose des chalets en bois tous confort. Baignoires extérieures avec vues sur la mer (en plus de la douche classique à l’intérieur) machines à laver, clim. Les nombreux insectes environnant arrivent pour certains à passer à l’intérieur. Prends ton pulvérisateur anti-moustiques.

C’est le papa qui cuisine, un passionné de bouffe qui masteriserait n’importe quelle saison de Top Chef en 2-2. 11,200 yens (environ 85 euros) au mois d’août pour un cottage à deux personnes, diner et petit déj inclus. Royal.

Autrement, il y a le petit restau Ajitoku, à Onoaida. Le petit boui-boui rustique que tu auras du mal à trouver sans aide et qui paie pas de mine, mais c’est pour mieux cacher son jeu. Pour 2600 yens, tu as un très joli menu Ajitoku avec du poisson volant frit inside.

Petit détail rigolo : la patronne plaisante pas avec la sécurité routière. Entre commander une bière et prendre la voiture pour conduire, il te faudra peut-être choisir. L’un d’entre nous s’est fait ainsi servir une bière sans alcool. Je vais pas publier la photo de sa grimace et son air dépité (c’est un type sérieux qui met des costards pour bosser), mais tu vois l’idée.

ajitoku onoaida poisson volant yakushima restaurant
Menu Ajitoku, donc.

Comment se rendre à Yakushima ? (spoiler : en hydroglisseur)

Il y a 3 manières de rejoindre Yakushima :

En avion. Fukuoka -> Yakushima (55 minutes de vol) ou Osaka (Itami) ->Yakushima (1h35) ou Tokyo Haneda (2h20, sans compter l’escale à Kagoshima) via Japan airlines.

En ferry traditionnel, quatre heures de voyage au départ de Kagoshima,

En hydroglisseur Toppy, 2 heures de voyage au départ de Kagoshima. C’est cette solution que j’ai choisie vu les objectifs du voyage (cf bilan de mon séjour au Japon). 14 200 yens l’aller / retour, arrivée au port de Miyanoura sur Yakushima. Avec un départ, disons, à 7h45 pour une arrivée à 9h45, ça laisse largement de quoi profiter de sa première journée et faire une rando.

One more thing

Sur Yakushima, il pleut. Beaucoup. Souvent. Très. Le lit des rivières peut déborder en un éclair. Et la pluie peut littéralement saborder une balade aussi choupi que Shiratani Unsuikyo. Quant à gravir le mont Tachu sous l’orage, hem hem.

Bonnes chaussures de marche, K-way ou veste étanche fortement conseillés. Bon sens obligatoire.

Sur une virée à Yakushima de 2 nuits et 3 jours (dans un premier séjour de 14 jours au Japon) j’ai pris le parti de transiter à l’aller et au retour une nuit à Kagoshima, au Richmond hotel. Il est sur la ligne 2, à 5 arrêts de tramway de la gare (avec arrêt juste en face de l’hôtel) et à 10 minutes / un quart d’heure à pieds du quai d’embarquement de la compagnie d’hydroglisseurs. Nombreux restaus et magasins autour. Rien à redire sur le confort.

Photos roadtrippeur au galaxy s7 edge et sa miss au canon 100D. Léger boost des couleurs et des contrastes sur tous les clichés.
kodamas sylvains mononoke shiratani unsuikyo yakushima
Les kodamas, ou esprits sylvains du film Princesse Mononoke, surpris dans leur milieu naturel à Shiratani Unsuikyo.

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