Chaque année, dès que tombent les dates officielles du Whisky Live Paris, j’en frémis.

Je suis là dès l’ouverture de la billetterie TGV à petit prix, au début de l’été. Je bloque mon week-end de 4 jours et tel à mon pote de Paris (ouais, ce pote là, on en a tous un) qui va m’héberger pour les festivités. Et puis, une semaine avant – on est dans les frimas de l’inter-saison, juste avant l’été indien – je me couvre, surveille ma toux, le moindre reniflement. Je me fais des cures préventives d’Efferalgan et de cols roulés afin d’être sûr d’avoir le nez en forme.

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Le stand d’une importante distillerie de « single malt de luxe », The Dalmore.

Il m’en faudrait beaucoup pour m’écarter du Whisky Live Paris.

Plusieurs raisons à ça. Je suis fan de Joe Dassin  amateur de whisky depuis un moment, obviously. Je mets trois plombes à boire un verre d’une larmichette (le temps de le renifler sous toutes les coutures). Je le stocke dans un meuble spécial, j’achète des fioles de 3 cl à des inconnus sur un forum. J’en fais même des motifs de voyage.

Or celui-ci me le rend avec une gifle. Après un krach dans les années 80-90 (le whisky loch, lac du whisky), depuis le début des années 2010, les prix des bouteilles ont fusé jusqu’aux confins de l’univers pour dépasser l’entendement.

Beaucoup de bouteilles sympa sont désormais hors de portée de mes maigres revenus mensuels. Non pas qu’il y ait pas des choses à boire en dessous de 100 euros : l’une de mes bouteilles de chevet actuelle est le Great King Street, à moins de 40 euros en cave.

Mais rentrons pas maintenant dans ces subtilités.

Le whisky, c’est devenu cher.

Lino di vinci artist N°7 #7 whisky live paris
C’est de l’art ou du whisky ? Comment s’étonner que des quilles de la gamme Artist #7 (embouteillages La Maison du Whisky) coûtent un bras quand on fait ses étiquettes avec le talentueux Lino Di Vinci ? Exposition à l’entrée du salon VIP du Whisky Live 2017.

Buffet liquide à volonté

Même le Whisky Live Paris, de prime abord, peut paraître excessif. Le pass à la journée est à 68 euros. 120 en version en version VIP, avec une salle dédiée où gouter les whiskys les plus inabordables / rares / meilleurs. Oui, j’ai volontairement rayé la mention qui se discute tellement qu’il faudrait un billet à part.

Ceci dit, une fois tout bien pesé, c’est presque donné pour tout ce qu’il y a à goûter en une journée, de 12h30 à 19h30. Des dizaines, et dizaines, de références venues d’Écosse, Japon, France – l’autre pays du whisky – et de partout dans le monde.

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Chez Jura (même groupe de spiritueux que The Dalmore), on t’offre un survol de cette petite île écossaise en réalité virtuelle.

Millésimés, bichonnés avec amour ou produits à grande échelle et jeunes comme les blés, têtes de gondoles des multinationales ou première production d’une micro-distillerie pour laquelle le taulier a jeté les économies d’une vie…

De l’or liquide à volonté. Et pas que. D’année en année, l’espace alloué aux autres spiritueux s’agrandit, en particulier celui du rhum, trop heureux de récupérer les déçus de la bulle whisky. Je suis pas encore tombé là dedans – c’est à dire qu’on a un fort historique d’alcoolisme dans la famille –  mais je surveille. De loin.

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A la recherche de la perle rare au Whisky Live Paris.

Carpe Diem contre-attaque

Si tu es pas convaincu, sache aussi que le Whisky Live Paris propose de chouettes à côtés comme la Cocktail Street, pour manger sur le pouce et boire des… ben ouais, des cocktails. Une « rue » éphémère de 130 mètres de long style bodega, dont certains stands délocalisent l’espace d’un week-end l’atmosphère de bars célèbres venus de New-York ou de Tokyo.

Tu peux selon les années accompagner tes verres de viande marinée au bourbon, d’huîtres, de gyozas, ou d’inévitables burgers. Note que les pass Whisky Live Paris te donnent généralement droit à des consos gratuites.

Tout ça est très tendance, très dandy, très fun à la fois. En fait, le retour de hype du whisky aura servi de cheval de Troie pour un néo-épicurisme, entre coolitude juvénile et CSP++.

Et c’est définitivement pas un hasard si Whisky Magazine – édité par La Maison du Whisky, alias whisky.fr, alias l’organisateur du salon, alias le plus gros acteur du whisky en France – s’ouvre aussi au fooding, aux voyages, et autres arts de vivre.

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Certains viennent au Whisky Live avec l’artillerie lourde, comme Talisker, propriété du géant Diageo (Johnny Walker, Bailey’s, Smirnoff, Guiness…).

Avec modération. – C’est qui, Modé Ration ? – Jeremy, t’avais promis que tu la ferais pas, celle-là…

Revenons à nos bouteilles. Vers 17 ou 18h, tu trouves des zozos qui sont déjà bien gais. Bien lourds, plus très distingués. Certains sourires d’hôtesses se crispent sur les remarques de quadras qui ont peu trop forcé sur le Dictador ou l’Ardbeg.

(Oui, c’est pas gentil pour l’Ardbeg, qui a rien demandé, LUI.)

Perso, si j’ai envie de terminer bourré, je peux le faire à la maison et avec des potes. Mais de préférence pas au jus d’orge malté distillé et vieilli 25 ans, dont la bouteille coûte un tiers de mon salaire mensuel.  Aussi j’ai depuis longtemps abandonné toute culpabilité à recracher un whisky, et à me débarrasser du reste après avoir bu une ou deux gorgées seulement. J’applique une règle d’or :

Après chaque whisky dégusté, je rince mon verre (pour éviter de superposer les arômes entre plusieurs whiskys différents) et JE BOIS UN VERRE D’EAU.

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Stands des mini distilleries Box (Suède) Hammer Head (République Tchèque) et Slyrs (Allemagne). Pas tout à fait les mêmes moyens que les distilleries illustrées précédemment…

Le Whisky Live Paris, c’est comme la Fashion Week

Sauf que les Alexander McQueen du whisky sont généralement derrière leurs stands de dégustations et tout à fait opens à la discussion.

Quand on plonge un peu le nez dans le verre des polémiques qui agitent le secteur – les prix, le trop plein de nouveautés, les finitions de whiskys toujours plus exotiques, les prix, les monopoles de distribution… – on a tendance à facilement oublier que le whisky est une affaire de passion.

C’est Ichiro Akuto, le patron de la super distillerie artisanale jap’ Chichibu, à qui je vais tchatcher deux minutes pour lui exprimer mon admiration, et le prier de continuer à fournir le Zoetrope Shot Bar à Tokyo, qui fait une excellent boulot. C’est le regard sincèrement inquiet-de-savoir-ce-que-tu-en-penses (toi, le quidam de passage) de David Roussier, patron de Warenghem, quand il te fait goûter son gentiment tourbé destiné à l’Allemagne.

Ce sont les envoyés spéciaux des distilleries Slyrs (Allemagne) ou Box (Suède), et leurs égards pour te faire découvrir les productions de leurs mini-pousses respectives. C’est l’énergie de bonimenteur de Richard Paterson, le nez de Dalmore qui, alors qu’il approche des 70 ans – dont 50 dans le business du whisky – continue d’évangéliser les foules entre un 20 et un 40 ans d’âge.

C’est l’air un peu perché de Daniel Szor, ex cadre dans la finance, qui t’explique comment il a voulu remettre un peu de sens dans sa vie avec sa distillerie Cotswolds

Soupir.

Oh, tiens, mon verre est vide. Attends-moi, je reviens.

Le Whisky Live Paris se tient chaque année, dernier week-end de septembre, à la Cité de la mode et du design, Paris.

Ultimes conseils : lors d’un salon, commence par les whiskys (ou tout autres spiritueux) les moins forts en alcool (- de 50%) et les whiskys non tourbés. Bois de l’eau régulièrement.

 

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