On a trouvé le Spielberg du film de voyage à moto ! Il est français et s’appelle Manuel Vivion, auteur de « Where is Brian ? », une web série de 6 épisodes aussi foutraque que bien réalisée.

6 500 kilomètres à moto d’Est en Ouest aux USA.

Un road-trip épique, du sexe, du rock’n’roll, une traversée du désert – et une course poursuite avec les flics américains…

Si tu as raté le début : courant février 2018, je découvrais « La vie de Brian – 5000 kilomètres vers le sud », le premier film de voyage à moto de Manuel Vivion. Le vidéaste-producteur-acteur-monteur-technicien des effets spéciaux se mettait en scène avec beaucoup d’humour et de brio technique dans une épopée d’une grosse demi heure. Un voyage entre la France et le Maroc, à faire sourire et rêver n’importe quel cœur de motard (mais pas que) normalement constitué.

Surtout, un film de voyage à moto clairement au dessus du lot, pour lequel Manuel a décroché sa part d’american dream en recevant, sur place, le prix du meilleur court métrage au Motorcycle film festival de New York 2017.

Il faut croire que l’air américain a fait du bien à Manuel, puisque :

1) il a ramené de ce voyage la suite des aventures de Brian, Where is Brian ?, une web série de 6 épisodes,

2) c’est super giga bien.

Where is Brian : bigger, longer and uncut

(« Plus gros, plus long, et sans filtre ».)

Brian, l’alter égo de Manuel Vivion, donc.

Un personnage autant fictif que régressif : si La vie de Brian, premier opus de Manuel, empruntait autant aux Monthy Pythons qu’à… Conan le Barbare (lire mon interview avec Manuel), ce deuxième opus puise son inspiration dans un bouquin d’anglais de classe de 6e.

« Where is Brian ? Brian is in the kitchen ». La phrase a amusé des légions de collégiens dans les années 80/90, avant d’être reprise dans un sketch de Gad Elmaleh pour entrer au panthéon du troisième degré.

Le ton est donné.

Au début de Where is Brian ?, Manuel/Brian annule ses plans de road trip en Europe centrale et dans les Balkans à la dernière minute, pour une occasion en or : on l’invite à présenter son premier film à New York, en septembre 2017. Là, Brian décroche un prix et rencontre un producteur, qui l’invite à discuter de ses prochains projets à Los Angeles, d’ici quelques jours.

Tout est dans le « quelques ». Enivré par la perspective de tourner un blockbuster hollywoodien, Brian se fait porter pâle au boulot, bafouille une (puis deux, puis trois…) excuses à Cindy, sa dulcinée, et loue une moto.

Direction la Cité des Anges.

De la côte Est à la côte Ouest, 6000 km de routes et de paysages grandioses.

Et de rendez-vous repoussé à rendez-vous repoussé avec le producteur, Brian part à la poursuite d’un mirage, y crame son argent, son couple, sa santé mentale, pour ton plus grand plaisir sadique.

Le film de voyage moto, c’est souvent chiant comme la mort.

La plupart des youtubers amateurs en deux roues mettent en ligne des kilomètres de film Gopro en vue subjective, tartinée du premier morceau de musique qui passe dans leur playlist.

Si le travail de Manuel me tape dans l’œil, c’est d’abord parce que – muni d’un vrai scénario – il raconte une histoire, et met ses tripes sur l’écran.

Sa web série se déploie sur un rythme particulier. Adopte un ton qui n’appartient qu’à lui.

Where is Brian, c’est du 36 e degré : potache, tout le temps, salace, quelquefois.

Manu – pardon, Brian, vit une scène interdite aux moins de 18 ans avec sa moto (filmée soft et avec humour), choppe une Milf, se fait pourchasser par les douanes américaines, et montre une fascination inquiétante pour le jeu de lettres TV Mota.

Manuel vivion moto USA
Manuel et sa monture américaine, au cours du tournage de Where is Brian ?

Dans sa note d’intention, Manuel indique vouloir toucher autant les motards que les amateurs de voyage et de belles histoires.

Pas sûr qu’il y parvienne entièrement. Je demande à voir ton avis.

La voix off qui commente ses aventures – comme dans La vie de Brian – pourra en braquer illico plus d’un. Ce type d’humour, ça passe ou ça casse, dès les deux premières minutes du premier épisode.

De mon côté, j’adhère, car Dieu vomit les tièdes.

Il y a quelques longueurs, aussi, (peut-être un épisode de trop ?). On peut les mettre sur le compte d’un travail qui refuse obstinément de se livrer aux facilités du clip musical.

Tenir une histoire en 1h30, même découpée en 6 épisodes, c’est très ambitieux. Et très compliqué.

Surtout quand on fait tout, tout seul.

A propos de « La vie de Brian », je te parlais rapidement de production value, ces astuces qui permettent de montrer beaucoup plus de choses que ce que ton budget le permet sur le papier. L’équivalent au cinéma de ce qu’une belle présentation de table et des assiettes peut faire à un repas concocté chez Lidl.

Where is Brian road trip USA
*Bave de jalousie*

J’attendais cette suite des aventures de Brian pour le printemps 2018 : Manuel ne l’a finalement livrée qu’à la fin de l’année. A la vision des six épisodes, je comprends pourquoi. Le boulot abattu est colossal.

Devinette : si l’auteur voyage en solo, et conduit la moto à l’image, qui gère la caméra pour le suivre en panoramique ?

Et ne me dis pas « Brian », hein. Brian existe pas.

La vie de Brian faisait déjà fort, dans le genre. Where is Brian lève la barre encore plus haut. En matière de film de voyage moto, la solide expérience professionnelle de Manuel lui permet de laisser la plupart de la concurrence loin derrière.

C’est simple, le motard incarne une équipe de court métrage à lui tout seul.

Ce qui – il faut que tu le saches – relève d’un double exploit. Sur ses 4 semaines de road-trip, Manuel a très peu fait le touriste, tournant et roulant tous les jours.

Sans même parler de l’intendance du voyage à gérer (trouver chaque jour où dormir, terminer à l’hôtel car il fait trop froid pour poser la tente, perdre son téléphone portable, tomber en panne d’essence…) ni de 300 kilomètres de moto quotidiens à assurer, il faut être suffisamment en forme pour avoir son film en permanence dans la tête.

Et surtout, entre deux pleins d’essence, assurer cadrage, prise de son, prises de vue par drone, comédie, avec de longues minutes d’installation pour tourner un plan qui ne durera que quelques secondes à l’image.

cours poursuite Where is Brian ?
Tu connais beaucoup de films de road-trip moto amateurs qui mettent en scène de vraies (?) courses poursuites avec des flics US, toi ?

A son retour, Manuel a ensuite passé des mois à temps plein à coudre toutes ses images ensemble,

confectionner les effets spéciaux, étalonner, mixer.

Un boulot monstre, donc, qui en aurait perdu plus d’un, mais a pas empêché Manuel d’arriver à quelque chose de très abouti. Qu’il s’agisse de simuler numériquement un mouvement de caméra compliqué, ou une course-poursuite avec 5 voitures de flics. De sublimer certaines scènes à l’aide de drones, ou encore de conclure de manière très absurde, et très politique.

Les grands espaces américains – les plus cinégéniques au monde ? – font le reste. A ce sujet, les deux derniers épisodes m’ont laissé bouche bée. Manuel m’a fait jurer de pas trop en dire, mais au niveau de l’image, sache que ça envoie du très lourd.

Pour conclure : les 4 premiers épisodes de Where is Brian sont gratuits.

« Manu assure sa propre relève en alliant brillamment contre-champs potaches et travellings signifiants, au service d’un discours méta que n’aurait pas renié Truffaut, à la recherche d’un producteur pour financer ses prochaines aventures. Jubilatoire, séminal, solaire. » – Les Cahiers du Cinéma

Tu peux louer les deux derniers à la semaine pour 2,99 euros. Ou les acheter sur Viméo pour la somme ouh la la, ultra chéros de 4,99 euros.

Pour le prix de quatre trois litres d’essence sur ta mob, je compte sur toi pour soutenir Manuel et lui permettre de financer son prochain vidéo road-trip.

C’est ça, où je pars moi-même à L.A lui chercher un producteur.

Qu’on file un producteur à ce garçon !

Illustrations DR Manuel Vivion

6 Comments

  1. Ah YES ! La bonne nouvelle de la journée ! Il y a un an, je découvrais ton blog, en google-ifiant « Life of Brian » dont on m’avait dit tant de bien.
    Double surprise à l’arrivée: j’ai adoré découvrir son film, et je me suis abonné à ton blog dans la foulée, car là aussi, j’y ai trouvé mon compte !
    Rien que de savoir que la web série est prête, c’est du gros kif en perspective, alors merci pour l’info & à la prochaine 😉

    1. Je m’en souviens 🙂 Toujours un plaisir de savoir qu’on est lu et d’avoir des retours de ta part. Merci d’être resté, et de soutenir le film de Manuel. S’il persévère, je pense qu’il ira loin !

      1. Je n’ai pas longtemps résisté à entamer le premier épisode de la série.
        C’est vraiment du lourd. D’entrée, des plans de ouf, la narration façon Conan de son premier opus, j’ai l’impression qu’on va partir très loin avec cette histoire là … Ça promet.
        On sent qu’il a encore LVL up (petite référence à ton dernier sujet hehehe)

          1. … petit retour sur le sujet, j’ai vu les 6 épisodes le week end dernier.
            J’étais déjà bon client et conquis par son « Life of Brian » mais alors là… c’était grandiose. Que dire… c’est super bien foutu, bien monté, bien filmé, mais surtout surprenant avec un scénario et un humour que j’ai beaucoup apprécié. La bande son est également très bonne ! Un genre d’ovni du film de voyage. Ce mec mérite d’aller loin et d’avoir un putain de contrat à Hollywood . A suivre c’est certain

          2. Aaaah tu me fais plaisir là ! Je pense que c’est qu’une question de temps avant que Manuel trouve des gens pour l’emmener plus haut. Je viens de voir que « La vie de Brian » était sélectionné pour le French Riviera Motorcycle Film Festival de Nice, mi février. Je croise les doigts pour lui !
            (Et je vais peut-être aller y faire un tour…)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *