Photo de une : James Stewart et Margaret Sullavan dans The Shop around the Corner (Rendez-vous) d’Ernst Lubitsch. MGM/Warner HOME VIDEO

Allez, assieds toi, coupe le portable, descends les stores, mets-toi bien. Aujourd’hui je te raconte probablement la plus jolie histoire de ce blog jusqu’à présent. 

Ou comment j’ai intrigué avec des techniques digne d’un film pour rejoindre ma moitié à Londres, la surprendre dans un magasin alors qu’elle en avait aucune idée, et l’emmener dans l’une des attractions les plus cool d’Angleterre.

Au menu : avion, piratage de téléphone, filature à l’ancienne, musique techno, zombies et Eurostar…

Parmi mes petits fantasmes, j’ai toujours eu envie de vivre le genre de délire à la comédie romantique hollywoodienne.

De celles où le héros, contre tout bon sens et faisant fi de toute contingence matérielle, va surprendre sa nana dans un endroit complètement improbable, dans une situation improbable, pour lui décrocher un baiser dont les étoiles se souviendront longtemps.

La scène se passe au ralenti :

Le héros court comme un dératé dans un terminal d’aéroport, saute des chariots de bagages, trouve le temps de ramasser le doudou d’une fillette et de lui ébouriffer les cheveux, avant de se pointer au comptoir d’enregistrement et de crier :

« Gisèle ! Gisèle ! »

Sur la passerelle qui la conduit à bord de l’avion, lequel qui doit l’emmener – à regrets – vers une nouvelle vie, Gisèle entend son nom et accourt, bousculant l’hôtesse au moment où celle-ci refermait la porte d’embarquement.

Les violons montent, et dans les yeux de Gisèle, soufflée sur place, tu vois un millier de constellations qui brillent.

– Gisèle ! je t’en conjure, te barre pas retrouver cette baltringue, il te mérite pas et moi je t’aimeu, ma vie sans toi c’est comme un Iphone sans Candy Crush !

Le couple vole dans les bras l’un de l’autre. La caméra fait 3 cercles autour d’eux. Dans l’aéroport, de l’agent de sécurité au vieux couple grincheux, tout le monde applaudit et…

…cut sur le montage musical où les héros vont arpenter la ville, ses parcs, ses restaus, entrecoupé de scènes de cul gentillettes, où tu verras jamais les seins de la demoiselle, sagement couverts du drap.

Parce qu’il faudrait surtout pas que le film soit interdit aux moins de 13 ans.

Before Midnight Before sunset comédie romantique hollywood
Pour te donner une idée de ma psyché, dans ma top liste de films préférés de tous les temps, il y a la trilogie des « Before… » de Richard Linklater avec Julie Delpy et Ethan Hawke. Pour le coup on fait pas plus anti-hollywoodien, mais… tu vois l’idée. (DR)

C’est plus ou moins ce que j’ai fait un beau jour de printemps 2016, avec un aller retour express Marseille-Londres, et une surprise planifiée de main de maître.

C’est le printemps, les oiseaux gazouillent, l’herbe verdit et le soleil poudroie (ou à peu près). Ma miss se voit sollicitée à l’impromptu pour un voyage pro à Londres. Une poignée de jours plus tard, au même moment que son anniversaire.

Je suis content pour elle, juste un peu chiffonné de pas pouvoir partir dans ses bagages. Car elle adore Londres, et j’aime bien être avec elle. Surtout pour son anniversaire. D’autant plus que la miss voue un culte aux zombies, films de zombies. Et que j’ai eu vent d’un truc sympa à base de zombies au même moment à Londres (je ménage mes effets, j’en parlerai plus tard).

Je commence illico à cogiter. J’ai à peine une semaine devant moi.

D’abord, poser deux RTT puis prendre le billet d’avion. Facile.

Ensuite, pirater le téléphone portable de ma douce. Moins facile.

Tower Bridge Londres Tower brige pont de Londres
Vue sur Tower Bridge.

Pour vivre un petit frisson à la DGSE-style, il y a le dark web et ses logiciels mouchards. La commande de gadgets interdits sur Alibaba. Ou, plus simple, se tourner vers la plus grande compagnie d’espionnage mondial : Google.

Tu connais la fonction de localisation et traçage du mobile, en cas de vol ou de kidnapping ? (Si tu l’as pas paramétrée, fais-le. Sérieux. On sait jamais quand on sera kidnappé).

Ma miss et moi étant tous deux sur Androïd et Samsung, je me dis que j’ai qu’à rentrer mes identifiants sur son téléphone pour activer son GPS à distance. En me connectant sur le site web dédié, je pourrai suivre de mon canap’ (ou une fois arrivé à Londres) sa position en temps réel sur une carte.

Oui, je sais, c’est pas très très jolijoli d’installer un mouchard sur le tel de sa meuf.

Mais je suis du genre à faire passer la fin avant les moyens.

Je ronge mon frein jusqu’à ce qu’elle daigne lâcher son précieux,

ce qui… prend un temps fou.

Entre Candy Crush les textos et les notifs Facebook, autant attendre une éclipse de lune. Qu’on nous les greffe dans le cerveau ces trucs, et qu’on en parle plus !

Après un ou deux jours de supplice hésitant, le coeur battant la chamaaaade, je profite d’une des douches de la miss, et de son carré noir innocemment oublié sur un coin de table, pour me précipiter dessus.

Quelques tap-tap-tap fébriles sur son écran – comme un gamin qui monte sur un tabouret trop grand pour lui afin de taper dans le pot de cookies juste avant le dîner chez mamie –  plus tard, je suis loggé dans son système.

Camden Town voyage romantique
Camden, l’un des quartiers les plus pittoresques de Londres…

Et donc, ma miss part pour la tournée des grands ducs à Londres.

La veille avant de la rejoindre, je teste la localisation sur mon pc. Son GPS met pas beaucoup de temps à borner du côté de Tower Bridge. Un coup de téléphone peu après et elle confirme avoir mangé dans un restau non loin de Tower Bridge.

Emballé, c’est pesé. J’aime quand la vie est bien faite, comme ça.

Je sais que le lendemain, miss profitera de quelques heures de libre pour aller faire des emplettes à Camden Town – le quartier où, d’après elle, on ira habiter une fois que ses parents seront morts et qu’elle touchera son héritage.*

Il me suffira de débarquer au métro Camden Town et de me connecter à Find My Mobile pour entrer dans la légende des « 12 choses romantiques à faire à sa nana » (et me rattraper pour tous les repas que je lui cuisine jamais au quotidien**).

Ethan Hunt avait qu’à bien se tenir.

*Pardon, mes beaux-parents chéris que j’aime beaucoup.
**On me fait signe dans l’oreillette que ça marche pas comme ça.
Chapelier fou voyage londres romantique
Avec le recul, je m’aperçois que cet instantanné à Camden colle assez bien à ma situation une fois arrivé sur place : j’aurais pu jouer le rôle du lapin en retard au début d’Alice au Pays des merveilles.

Sauf que le lendemain, ça se passe pas exactement comme prévu.

Un vol low-cost, un shuttle et un métro plus tard, j’arrive à Camden Town, Londres, en tout début d’après-midi. Je sors du métro au milieu de la faune, des Doc Martens géantes sur les façades, de l’odeur des fish’n’chips collée aux bâtiments de briques brunes. Je me sens énergisé comme ça m’arrive chaque fois que je passe une frontière.

Sauf que là j’ai un peu le trac.

Et je te le donne en one thousand : le GPS du téléphone marche pas vraiment. Le site est moyennement optimisé pour mobile, le logiciel enregistre la position de ma miss toutes les 5 minutes au mieux. Quand il l’enregistre.

Aaaaaaargh.

Me voilà donc à courir comme un poulet sans tête à Camden, à me faire des sueurs froides, le coeur qui tambourine erratique contre ma cage thoracique, à deux doigts de balancer mon smartphone défaillant dans la Tamise.

Le. GPS. Ne marche. Pas. Mon. Plan. Part. En. Sucette.

Stop.

pelouse gare saint pancras londresStop, faut que je me calme. Réfléchissons deux minutes.

Ok, on va la jouer à l’ancienne.

Je commence à composer le numéro de la miss.

Une ambulance passe dans la rue. Merde, faudrait pas que qu’elle l’entende en même temps, et qu’elle me grille. 

Je fais le tour d’un immeuble pour tenter de trouver un peu de calme. Je tremble de partout.

 » – Allô ? Ouais, c’est moi. T’fais quoi ?

– Ben là je suis à Camden, comme j’t’ai dit, je fais un peu de shopping. Et toi ?

– Pas grand chose, ch’uis sur le canap avec un bol de Choco Pops.

– Le petit déjeuner à une heure, tranquille…

– Voilà. Bon, tu sais, je broie un peu de pas être avec toi. Vas-y, fais moi rêver, t’es où là ? Tu vois quoi ? Y’a quoi autour de toi ?

–  Là, je vais entrer dans une librairie, il y a des restaus, un kébab, des bars…

Une librairie dans une rue avec des restaus et des bars. A Londres. Mmm…

Mega city librairie londres
La Librairie Mega City de Camden Town, où Hollywood tournera le film de ma vie. Photo Javier Fernandez, Google Maps.

– Bah, si tu vas à la librairie, tu peux voir s’ils ont l’intégrale Jessica Jones ? Pas curiosité, je cherche ça depuis longtemps…

– Par curiosité. Tu veux que je te fasses un cadeau, quoi. Je t’ai déjà pris le roman de Kate Tempest.

– Non mais juste tu regardes, hein…

– Ca va. Et puis pleure pas, je rentre demain… »

Je raccroche.

Ouvre Google maps, qui situe deux bookshops à moins de 300 mètres de moi. Je regarde vite fait l’un des deux.

La librairie est dans rue un peu commerçante non loin de la station de métro… Mega City, qu’elle s’appelle.

Quelles sont les chances que je tombe sur la bonne librairie du premier coup d’un seul ?

Je pique un sprint. Badabam badabam badabam badamabam – non, c’est pas le bruit de mes pas (je suis pas aussi lourd que ça) mais celui de ma pompe à hémoglobine.

300 mètres.

Badabam badabam badabam

200 mètres.

Badabam badabam badabam

50 mètres.

Badabam badabam badabam

Un coup d’oeil par la devanture.

Il s’avère que comme dans toute bonne comédie romantique, j’avais de très bonnes chances, après tout.

Je te passe les détails pour les laisser à ton propre cinéma intérieur.

Sache juste que la miss avait rien vu venir, et que tout s’est fait au ralenti.

Le soir même, on enfile des blouses de médecin et infirmier (spécialement achetées dans un magasin spécialisé à Marseille) et je l’emmène à Secret cinema presents : 28 days later.

secret cinema 28 days later 28 jours plus tard
Coucou.

Pour ceux d’entre toi qui connaissent pas Secret cinema, disons que c’est un évènement éphémère de théâtre participatif grandeur nature. A l’aide d’une reconstitution gargantuesque et d’acteurs investis, on te plonge dans une expérience cinéphile absolument démente. L’une des plus fun que j’aie pu faire.

Je pourrais en faire des tartines, mais mon expérience est très bien résumée dans la vidéo ci-dessous.

Tu peux aussi lire le récit du Monde sur le sujet : Star Wars, les Evadés, Blade Runner, Moulin Rouge, The Handmaiden (celui-là, j’aurais bien aimé y être) et même La Bataille d’Alger… Secret Cinema s’interdit aucune folie. Si tu es ne serait-ce que vaguement intéressé, je te conseille de t’inscrire à leur newsletter. Le créateur de l’expérience étant français, je serais pas étonné de la voir débarquer à Paris un de ces quatre.

Et toi, tu as déjà fait ce genre de plans à ta nana ?

Billet sponsorisé

Les héros des comédies romantiques hollywoodiennes ont des super scénaristes et des fonds illimités pour se permettre à peu près tout. Ce qui est pas exactement mon cas. J’ai été aidé à la logistique par l’organisateur du voyage de ma miss, Eurostar, mis dans la confidence et sensible au fait qu’à l’époque, je collaborais à un webzine suffisemment intéressant pour pouvoir être mis dans la boucle d’un voyage de presse. Une cadre d’Eurostar (je ne la nommerais pas, mais grâce lui soit rendue !) m’a donc permis de m’enquiller sur le trajet du retour, Londres-Marseille en Eurostar, moyennant du contenu éditorial sur cette expérience. Je vais passer rapidement sur cette rare instance de billet « en partenariat avec » sur Roadtrippeur (autrement cet article sera 2 fois trop long). Mais si tu me suis un peu, tu sais que je suis de toute manière favorable à tout ce qui peut réduire mon empreinte carbone. Et j’ai une affection toute particulière pour le train. C’est l’une des rares choses que j’envie vraiment aux parisiens : cette proximité avec Londres, d’un coup d’Eurostar. D’autant qu’en Standard premier par exemple, tu as droit à un service au petits oignons. Un service que les stewarts lessivés de Ryanair seraient bien en peine d’offrir. Les tarifs au départ de Marseille peuvent être très compétitifs. Seul le temps de parcours me fait dire que cela reste plutôt réservé aux amis parigots.

Sauf mention contraire, les photos sont de miss Roadtrippeur.

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