A la faveur de deux allers-retours de mon chez moi jusqu’à Brème, j’ai un peu fait de vitesse en Allemagne.

Allez, pour le dire tout cru : j’ai bloqué mon compteur et ma poignée de gaz dans l’angle. Quelque part entre 230 et 240 km/h, à bord de ma fidèle Street Triple R, sur l’une des fameuses autobahns teutones sans vitesse limite.

Malgré tout, mon avocat me fait signe de te dire que ce billet est aucunement un étalage de fierté, et encore moins une incitation à faire le foufou sur la route. Non non non.

Hum.

Photo du une : Highway, par Alessandro Prada, CC Flickr

Fast and Furious

160, 170, 180 km/h, ça a rien d’exceptionnel, je le fais de temps en temps sur l’une de nos bonnes vieilles autoroutes maison, pendant quelques minutes. Histoire de m’ébrouer sur un long trajet. D’éprouver la mécanique de mes 675 cm3 de moteur. Surtout sonder la réalité dans son acceptation la plus physique : suis-je là ? Suis-je vivant ?

Si la vitesse est la plus plus séduisante incarnation du couple Eros et Thanatos depuis l’invention du moteur à vapeur, la poignée de gaz – la capacité d’accélération de ta machine – est sa petite sœur bien plus jolie, à qui tu penses en secret à chaque fois que tu lui fais l’amour.

A 200 km/h, c’est une autre histoire.

Il y a un verrou psychologique qui saute – magie du chiffre rond. La peur commence à prendre le pas sur le plaisir de la transgression de l’interdit. Ça te coupe tes effets et l’espace d’un instant, tu la sens ramollir.

Alors tu te concentres sur la petite soeur et son sourire mutin et ses seins rebondis, et tu donnes un dernier coup de gaz pour mettre la poignée dans l’angle.

Rooney Mara Rouney Mara
Un sourire mutin, c’est ça. J’ai un faible pour Rooney Mara, en ce moment. La vision récente de A Ghost Story et la rediff de Millenium – celui de David Fincher – y est pour beaucoup. Elle est parfaite, là-dedans. Photo : Invision, Associated Press.

210, 215, 219 km/h

A cette vitesse en Allemagne – ça marche partout ailleurs, mais c’est de plus en plus difficile à assumer – ton champ de vision se rétrécit à une ligne de fuite droit devant toi, parsemée de tâches rectangulaires noires, rouges, blanches, des voitures que tu dépasses. Ou qui te dépassent, parce que certains dans leurs Mercedes et BMW font pas semblant.

Tu oses à peine incliner le cou pour regarder le compteur de vitesse. Ça tire de partout.

220 km/h.

Ça pousse, ça vibre, ça siffle, le bruit du moteur est plus qu’un râle agonisant de la mécanique poussée dans ses derniers retranchements.

Il faut un temps fou pour arriver à 230 km/h

Tu fuses et pourtant le temps te semble durer une éternité. Tu sens bien que la moto face au vent est au bout de sa vie.

Surtout, tu te dis que tes 67 kilos pèsent absolument plus rien. Et si un grain de sable venait enrayer la machine, tu serais dans l’impuissance la plus totale.

Une glissade pèlerait ton jeans moto aussi facilement que la peau d’une orange trop mûre.

Un choc te pulvériserait sur place, comme un moustique écrasé par réflexe d’un plat de la main.

Tu lis difficilement le compteur – tu dois être à 233, 234 km/h – tu vois encore moins bien dans tes rétros. Tu es une ligne d’atomes prêts à se désagréger.

Alors quand sur ta voie, tu repères un ralentissement, une voiture qui se traîne à 140 ou 150, et que tu dois relâcher la poignée, hé bien… tu le fais avec un certain soulagement.

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Note la distance déjà prise par la moto, juste entre les deux voitures, sur ce crash à 160 km/h. Le type a pas commis d’erreur autre que la vitesse, il a juste perdu le contrôle sur une plaque glissante. Pour la petite histoire, il s’est relevé.

Ça, c’est fait. Et après ?

Je suis pas forcément fan, tu l’auras compris. Le plaisir de la moto vient de la petite fée accélération, pas forcément de la vitesse, tu l’auras noté. Et puis bourriner sur autoroute… c’est comme les 100 singes mis devant 100 machines à écrire pendant 100 ans. Au bout d’un moment ils signeraient Richard III.

N’importe quel débutant mis sur une moto est capable d’essorer la poignée sur autoroute. Surtout sur l’autobahn allemande.

Sauf que sur une longue distance, ça tient d’autant moins que passés 130 km à l’heure, la moto se met à téter l’essence comme un alcoolo sur une bouteille de Jack Daniels. Presque si j’entends pas le sluuuuurp affamé de la durite qui tire dans le réservoir. Or, ce réservoir sur une moto est très limité – 14 litres sur la mienne.

Si c’est pour perdre 1/4 d’heure à la pompe supplémentaires, quand j’en gagne 5 minutes à forcer sur un goret entre deux radars ou deux ralentissements, bof.

Quelques tests empiriques m’ont permis de constater que sur ma bécane, la consommation instantanée pouvait passer de moins de moins de 4 litres au cent à 130 km/h stabilisés, à 8 l au cent à 180 km/h. En bourrinant comme un cochon pendant la durée d’un plein à 160, 180, 200 km/h, j’estime pouvoir perdre jusqu’à 50 km d’autonomie minimum en comparaison avec ma conduite habituelle.

Quelques considérations sur la vitesse en Allemagne

Je vais te doucher de suite : la vitesse en Allemagne, c’est pas ce que tu crois.

Les autoroutes sont bien limitées, sur 50 à 40 % du réseau d’autobahns selon les sources (vas lire le blog du Chat qui aime la photo, juste pour son nom !). Et elles sont loin d’être le billard qu’on connaît en France. Il y a beaucoup de travaux qui sapent d’un trait d’un seul ta moyenne horaire. Aux abords des rampes de sorties pour les grandes villes, ça bouchonne facilement.

Alors bon, faire de la vitesse en Allemagne, c’est un peu sous conditions.

crash moto vol plané collision moto vitesse
Cet idiot, au mépris de tout bon sens, s’est encastré dans la remorque d’une voiture qui avait ralenti pour tourner à droite (la scène est filmée par un motard qui avait anticipé, lui). Après un vol plané de 15/20 mètres, il s’en est tiré avec un bras et une jambe cassée.

Et surtout, surtout…

Les Allemands sont pas les Français.

Quand il y a limitation, ils ont tendance à respecter.

Ils tiennent de cette rigueur anglo-nordo-saxone un peu chiante. La même qui fait qu’on doit prendre rendez-vous avant de proposer un verre à ses collègues de boulot, sinon on te regarde comme un extra-terrestre. Je tiens ça de mon pote de Brême, immigré expat là-bas depuis des années.

A côté des Allemands, même le Parisien pure souche qui a jamais vu la Méditerranée tient plus du Barcelonais hâbleur et déglingo.

Les Français, ce sont des Espagnols, des Italiens, des Grecs. De joyeux rebelles, because le soleil, l’épicurisme, la prise de la Bastille, on a décapité des rois, tout ça tout ça.

Okay, c’est un peu limite comme analyse.

Mais je peux pas expliquer autrement que malgré leurs 15 millions d’habitants supplémentaires, les Allemands ont pourtant seulement le même nombre de morts que nous sur les routes.

Enfin, comme le dit Libé, tout ça risque de changer.

Je veux dire, si même les Hollandais se posent des questions sur les joints, on peut s’attendre à ce que ce genre de petites poches de liberté s’amenuisent à l’avenir.

Pendant ce temps, dans l’hexagone, on a baissé la vitesse sur les routes secondaires. Et la multiplication des voitures radar risque bien de sonner le glas de mon 5 à 7 avec la petite soeur accélération…

***

J’ai longtemps hésité à inclure une vidéo de crash moto pour illustrer cet article sur la vitesse en Allemagne. J’en ai regardé des salées. Mais comme je connais pas encore trop mon public et que je voudrais pas te faire fuir, je me suis arrêté sur celle ci-dessous. Elle se termine très bien, il y a rien de gore. Et surtout elle montre un réflexe absolument génial du motard, qui fait fondre mon petit cœur tout doux. Au point que je la ressortirai sur mon compte Twitter pour la Saint-Valentin. La miss porte le même casque que moi quand j’ai commencé la moto…

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