Après la Croatie, la Bosnie, le Monténégro et l’Albanie, dernier volet ici même de mon road-trip moto 2018, entre Athènes et Delphes, avec beaucoup de gonzo-journalisme, et mes plans logements, restaus, musées. Avant d’attaquer ce billet, il est vivement conseillé de lire le précédent, consacré aux Météores et à Lefokastro.

Oh, et tempus fugit, ça veut dire « le temps fuit » (et ne se rattrape guère, comme chantait Barbara. Ou bien c’était Carla Bruni ?).

Place Monastiraki Athènes Grèce Parthénon

Athènes. On est 23 h un samedi soir.

C’est la fête du slip sur la place Monastiraki.

La faune en mini jupes ou torse poil, les camelots de machins en plastique, les Pakis ou Afghans (?) qui proposent du shit, les musiciens traditionnels dans les bars bondés sous les guirlandes illuminées façon farniente méditerranéenne quand elle est filmée par Hollywood, les paumés et les friqués, couples à sacs à dos Quechua et Google Maps dans la main pressés de trouver l’hôtel et la douche et l’amour, néons taxi jaunes, sdf qui passeront la nuit adossés à la devanture d’un immense et rutilant magasin de jouets, rooftops, gelatti, crêpes au Nutella, des litres de bière en cannette à la main puis dans le sang puis sur les ruelles sombres qui puent l’urine…

Place Monastiraki centre Athènes

Je pense immédiatement à Barcelone. Sauf que non.

L’agitation et la vulgarité des mortels en sueur qui gesticulent à Monastiraki ne sont rien à côté du poids de l’Histoire.

En Europe il y a deux endroits où tu te sens instantanément et à ce point écrasé par ce qui a été : pas Barcelone, pas Paris, mais Rome, et Athènes, et c’est mon dernier mot.

Des ruines et des mythes. Partout. Temples, colonnes échouées et colonnes découpées en cailloux carrés patinés par la pluie.

Et à un jet de pavé antique, le Parthénon. Majestueux. Intimidant. Impérial. Le mec qui a tout vu – et en verra d’autres des générations après qu’on t’aura oublié.

Il y a 15 ans, j’avais dormi à même le sol dans un parc juste à côté du Parthénon.

Ce soir j’ai les os perclus de moto, et si je suis tout aussi près de la garçonnière de Zeus, je me suis dégotté un lit dans le dortoir à 4 d’une auberge de jeunesse – pour une somme assez indécente compte tenu des super piaules trouvées jusqu’alors.

C’est propre, certes. Mais je redoute le moment où débarqueront 3 gus alcoolisés – et par dessus tout le moment où ils enlèveront leurs baskets.

AUberge de jeunesse Athènes AthenStyle rooftop parthénon
Vue sur le Parthénon du haut du toit-terrasse de l’auberge de jeunesse AthenStyle.

A 1 h du matin déboule Roy, Singapourien venu disputer des matchs de tennis pendant 2 semaines. Il est fier de me montrer ses coupes. Il est plus propre que moi.  Fait le moins de bruit possible. Je respire.

Auberge de jeunesse AthenStyle. Au mois de mai, 34 euros la nuit en dortoir 4 lits, 4 euros de supplément si tu veux une chambre réservée aux femmes, et 5 euros de caution pour la clé. Ma chambre était ok, il y avait de l’eau chaude et des casiers sûrs. Son meilleur atout est sa situation (un jet de mégot de la place Monastiraki). J’ai garé ma moto devant l’auberge avec un peu de fébrilité, mais sans problème. Le petit déj (en supplément) est immonde, tu paies essentiellement le rooftop avec une superbe vue sur le Parthénon.  

La nuit est courte : 5 h de sommeil.

Et si je reviens toujours à la Cité, inexorablement attiré et fasciné par la manière dont les hommes vivent les uns sur les autres au milieu des vieilles pierres et des néons (en dansant sur des millions de morts et quelques dieux oubliés) j’ai toujours la bougeotte et je sature rapidement de la foule.

Oui, je suis le type qui fait 8 h de moto pour zoner 2 h sur une place à Athènes,

avant de la quitter après une nuit éclair, complètement fracassé et absolument pas aidé par l’eau aromatisée au café de l’auberge de jeunesse.

La liberté (un concept tout relatif à moto), c’est aussi et d’abord celle de pouvoir en faire qu’à sa tête.

Je file à Delphes et y arrive dans le coaltar.

Delphes…

Delphes était au monde antique ce que Las Vegas et Lourdes sont pour nous aujourd’hui.

C’est selon la mythologie le centre du monde, après que les deux aigles envoyés par Zeus (l’un à l’est, l’autre à l’ouest) autour de la terre s’y sont rejoints, et que le barbu a marqué l’endroit d’une pierre. Un omphalos (= nombril) toujours visible aujourd’hui au sanctuaire d’Apollon.

Note les barrières autour de l’omphalos, et va voir quelques photos ci-dessous pour un grand moment de « c’était mieux avant ».

Le lieu de grosses teufs religieuses et sportives jusqu’à pas d’heures – et pas un voisin irascible pour venir te dire de baisser le volume à 20 km à la ronde.

C’est l’endroit où la Pythie, l’oracle, rendait ses prophéties aux guerriers qui venaient la consulter et aux marchands sur le point de signer leurs contrats. Complètement shootée des émanations de gaz qui filtraient du sous-sol, la Pythie. Ou bien droguée de toute la pharmacopée disponible à l’époque, et manipulée par la clique de mâles qui veillaient sur elle. Mais qu’importe. Le terme de fake news ne serait inventé que 2500 ans plus tard, à peu près.

Les puissants et les riches de tout l’empire grec y ont dépensé un fric fou pour y élever des temples et des statues démesurés.

statuettes musée archéologique Delphes
Statuettes exposées au musée archéologique de Delphes.

Je visite le sanctuaire d’Athéna Pronaia (il a beaucoup morflé) et le musée archéologique (masques, artefacts, statuettes, statues) au radar.

Le lendemain ça va mieux, alors je retourne au sanctuaire d’Athéna et fais aussi celui d’Apollon, en écoutant attentivement le murmure des vieux cailloux et le chant des oiseaux.

Romain mélancolique musée archéologique Delphes
Ce buste est connu sous le nom de « Romain mélancolique ». Je sais pas trop, mais en tous cas il me fait penser à Marlon Brando. Visible au musée archéologique.

Au finish, si je devais comparer avec les Météores, c’est Delphes qui l’emporte.

A Delphes, tu entends littéralement les olives tomber sur les vieilles pierres.  

Le sanctuaire Athena Pronaia est gratuit, et pas entretenu, ce qui ajoute à son charme. Certaines parties (piscine et terrain de course antique) étaient fermées en 2018 et laissées aux herbes folles. Le site attire beaucoup moins les touristes que son voisin, le monumental sanctuaire d’Apollon. A faire avec le musée archéologique de Delphes, juste à côté et en dur, qui abrite ses trésors. 12 euros l’entrée combinée. Prévoir deux à trois heures.    

Surtout, là s’achève le côté égo trip de ce voyage.

Car tu l’auras compris, en Grèce je marche sur les pas de ma prime jeunesse, quand j’avais une tignasse luxuriante et pas un poil gris au kiki.

La fatigue, les souvenirs, le présent et le passé, les histoires de fondation du monde que j’affectionne, la beauté nue et crue de ce lieu mythique et pelé se mélangent dans mon cœur, adoucissent les derniers instants du voyage tout en me rendant d’humeur très introspective.

Dans ces cas là, pardonne-moi d’avance, ceux qui me connaissent savent : j’ai tendance à surjouer la vieillesse.

Et incarner le mec bourré au comptoir qui pérore avec emphase sur le sens de la vie, sûr de ses effets alors qu’il ne fait que parler à son reflet dans le miroir.

Il y a 15 ans j’avais dormi à même le sol sur les hauteurs de Delphes,

avec un petit déjeuner au tsatsiki puisé à la main dans la barquette plastique.

Avec un lever de soleil magnifique sur le site archéologique et la mer d’oliviers, qui borde Delphes avant de se jeter dans le golfe de Corinthe.

Il y a 15 ans je faisais une photo en short et crinière insouciante sous le panneau marron d’entrée de ville.

omphalos Delphes sanctuaire apollon
Ouais. J’avais pu toucher l’omphalos. Maintenant, faut éviter.

Aujourd’hui à mon énorme déception le panneau marron a disparu – je ne ferai donc pas la photo comparative, but non avoué de ce voyage.

Et je savoure la vue… dans des restaus avec terrasse et dans une guest-house.

Sagement installé avec de l’eau chaude, du savon et un lit.

Pscine Delphes Athena Pronaia
C’est en revoyant ces vieilles photos que je m’aperçois qu’on avait pu faire n’importe quoi. Cette piscine a 2000 ans, au bas mot…

Les dieux sont craints puis oubliés, la bière et le sang s’évaporent,

on danse sur la poussière de ceux qui nous ont précédés, on dort par terre puis dans un lit, on échange ses cheveux contre des poils gris,

Et entre les deux…

Hum, de la moto, 3 caleçons, autant de t-shirts, des routes à virages, et pleins de moments suspendus que mis bouts à bouts on appelle aventure.

Comment s’amuser avec son téléphone portable sur une photo prise devant la Sunview guest-house, et la vue sur la mer d’olivier qui borde le golfe de Corinthe.

A Delphes, j’ai dormi à la Sunview pension, ou Sunview guesthouse, pour 20 euros la nuit. Super pension familiale, super vue sur la mer d’oliviers, calme, à 2 kilomètres des sites archéologiques. Suivant les conseils de ma taulière j’ai mangé dans deux restaus à trois pas de la pension, To Patriko Mas et Taverna Vakchos (quasi mitoyens) pour 31,50 euros chez l’un et 26 euros et des brouettes chez l’autre. J’ai une petite préférence pour le second. Mais les deux sont vivement recommandés, avec produits frais, en circuits courts, bières du cru… ils offrent une vue de ouf malade sur le golfe de Corinthe.

Si tu as raté le début de ce road trip de 5 pays et 4000 bornes : Croatie, les lacs de Plitvice, Jajce (et ma chute de moto), Sarajevo, Dubrovnik (et des emmerdes à la frontière), le Monténégro (ou presque), Tirana, Albanie, les Météores et Lefokastro, deux petits paradis.

Photo de bibi au Galaxy S7, récupérées de mes messageries et réseaux sociaux (Roadtrippeur sur Facebook) parce que j’ai perdu tout le reste. Il y en a quelques unes du Panasonic GH4. J’ai trafiqué les couleurs et contrastes sur quasi tous les clichés. Photos d’archives 2004 sur un appareil argentique mis au rebut depuis un bail. Par Y.M. 

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