Une première moto, c’est un truc vraiment à part. Viscéral. Comme Dieu ou ton amoureux : les gens ont beau hausser un sourcil quand ils vous voient ensemble, se tortiller sur leurs chaises dans les dîners mondains en se demandant ce que tu lui trouves, toi-même dans ton cœur tu sais.

Tu l’expliques pas mais tu sais.

Trois ans et demi et 40 000 kilomètres après, tu pourras me dire poliment mmm-mmm, elle est jolie, moi je sais qu’elle est pas juste jolie, ma moto, elle est canon.

Cet après-midi, j’avais une course à faire, et j’en ai profité pour passer à la DRH. Un petit papier à signer au deuxième étage, juste pour vendre mon âme avaliser un « jeu d’écriture » sur la fiche de paie, « sans conséquence » sur mes émoluments. En sortant, j’ai jeté un coup d’oeil distrait en bas et mon cœur a manqué un battement en voyant ma moto en plongée.

Comme souvent quand elle est propre (je l’ai lustrée il y a juste une paire de semaines, après une sortie sous la pluie) et que je suis disponible pour accueillir Dieu dans mon coeur de bonne humeur : qu’est-ce qu’elle est belle ma moto, je me suis dit. Je l’ai même prise en photo à ce moment là :

ma moto stret street triple triumph
La photo est nulle, mais marque le souvenir d’un de ces instants rares où l’univers semble parfaitement aligné devant toi. Tout ça grâce à une moto, ouais.

Ma moto est une Street Triple R, et c’est la plus belle

Je me souviens, quand j’ai commencé à prospecter avant le permis, comme ce vieux tonton à la campagne qui feuillette les magazines pour trouver la poupée russe qui lui fera deux beaux garçons (et la cuisine), je la voulais jeune neuve, absolument.

J’ai d’abord regardé la Ducati Diavel. Elle est classe, la Ducati Diavel. Sauf que c’est une moto de CSP+++ à 20 000 balles. Alors pendant un certain temps, j’ai bavé devant la vitrine des Harley-Davidson, moto de CSP+ et demie seulement. Et puis, une Harley, quoi ! Cet échappement de ouf ! La classe à Dallas !

Mais la Harley, éblouissement passager, m’a passé, comme la Honda Hornet noir mat et or que j’ai convoitée après. Un brelon plus raisonnable financièrement et à la puissance plus abordable pour mon jeune permis – car je me faisais moyennement confiance, ayant deux mains gauches, et écoutant beaucoup les forums qui disaient qu’il fallait commencer petit.

Et puis je l’ai vue, elle, et la suite tu la connais. Je me demande combien de temps ça dure, cet état de grâce, mais je voulais que tu le saches.

Ma moto est canon, et même si tu roules sur un tromblon atroce et que tu portes un gilet jaune fluo, je sais que ta moto est belle, aussi.

Toi-même, tu sais.

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