Western africain

Au cas où tu as raté le début : on a passé une première journée folklo au Lesotho, avec ma copilote. Je dis ma copilote… mais en fait elle a pas le permis. Elle sert pas à grand chose à part m’ouvrir une bouteille d’eau quand j’ai soif.
[Bruit de gifle]

Bref, on est passés de la neige et la boue au soleil éclatant, de 3200 mètres d’altitude à 1600, des montagnes à…

…à…

homme marche entre Thaba Bosiu et Maseru au Lesotho
Et là, le type rentre à sa ferme pour trouver sa famille décimée par le gang de Mothoklo. Le type rassemble sa rage, six potes et sa Winchester, et se met en tête de venger sa femme et ses filles.

…ça fait deux jours que je cherche, et je crains de pas avoir le vocabulaire nécessaire pour rendre toute l’atmosphère de ce paysage, telle qu’elle est gravée dans mes mirettes.

On a découvert au Lesotho un mini Far West africain.

Un relief fait d’immenses buttes et de plaines, de bétail cloche au cou qui broute l’herbe rare, de petits ruisseaux et de grandes lézardes dans la terre. Grandes routes en lignes droites comprises. Un véritable décor de western dont on se demande pourquoi Hollywood y a pas encore posé ses caméras et ses caravanes. Ne serait-ce que pour profiter du coût dérisoire de la main d’œuvre lésothane en regard des techniciens californiens, ou même bulgares (beaucoup de tournages sont délocalisés en Bulgarie).

scène agricole au lesotho
Du bétail et une terre labourée par un fouet divin. A moins que ce ne soit du bétail et une rivière asséchée ?

Sweet home Alaba — Thaba Bosiu
Where the skies are so blue
Sweet home Thaba Bosiu
Lord, I’m coming home to you…

Grands espaces au Lesotho
Un nouveau western, quelque part au Lesotho.

Thaba Bosiu, ou quand le Lonely Planet la joue petits bras

Thaba Bosiu. Si tu as lu le billet précédent au Lesotho, tu sais que c’est quasiment par hasard qu’on s’est retrouvés là avec la miss. A s’échouer dans un super lodge au bout d’une éreintante journée de route. Et donc, tant qu’à y être, autant ouvrir le guide. Voilà ce que dit de Thaba Bosiu le Lonely Planet, édition 2016-2017 :

« Considéré comme le berceau de la nation basotho, ce lieu est le site historique majeur du Lesotho – mais il apparaît sans grand intérêt pour les néophytes. (…) Au pied de la Thaba Bosiu, un centre d’information des visiteurs offre les services d’un guide officiel qui vous accompagnera rapidement jusqu’au sommet ».

 « Sans grand intérêt pour les néophytes », « le guide vous accompagnera rapidement jusqu’au sommet »… on est d’accord, c’est pas le pitch qui vend du rêve. Et pourtant…

La visite coûte 40 rands (2,60 euros) par adulte. L’ascension de la Thaba Bosiu versant historique en elle-même dure 1/4 d’heure et ne présente aucune difficulté particulière. A l’époque de mon passage, le site était en construction pour offrir une ascension bétonnée avec une rampe…Une fois en haut, il reste quelques ruines à voir, la tombe du roi Moshoeshoe 1er, entre autres. Le panorama est magnifique, mais ce qui fait vraiment le sel de la visite, c’est le guide. Lis plutôt :

On trouve Mohapi dans une case presque anonyme juste à côté du village touristique (une sorte de Club Med qui n’avait pas encore tout à fait ouvert lors de notre passage). Mohapi a pas 25 ans, et la voix la plus caverneuse que j’aie jamais rencontrée. C’est bien simple, il expire des fantômes de ses ancêtres à chaque phrase.

Et il nous gratifie pendant presque une heure et demie d’une super visite intimiste, entre les faits assez solides d’une histoire pas si ancienne que ça (début / mi XVIIIe siècle) et les mythes qui viennent enrober le récit fondateur qui fait la fierté de tout un peuple. Ou comment Moshoeshoe 1er a repoussé les hordes de barbares et unifié son peuple, tout en échangeant avec les européens.

La chaise de mOshoshoee moshosho moeshosho
L’endroit exact ou Moshoeshoe, le premier roi du Lesotho (à l’époque où le pays n’existait pas encore) aurait fumé sa pipe en admirant les couchers de soleil avec un verre de Lagavulin dans la main, une Gitane maïs dans l’autre.

Lasso magique

Mohapi : « En 1824, quand Moshoeshoe 1er et son peuple [les basotho] sont arrivés ici, il faisait nuit, et cette montagne avait pas encore de nom. Alors ils l’ont appelée Thaba Bosiu, « la montagne de la nuit ». La seule qui avait été baptisée avant ça était celle qui est aujourd’hui l’emblème du Lesotho, Qiloane Hill, et qui a donné sa forme aux chapeaux tressés par les femmes basotho.

Arrivé ici, Moshoeshoe a demandé aux médecins traditionnels ‘dites, qu’est-ce qu’on peut faire pour sécuriser un peu cette montagne ?’. Et surtout, que pouvait-t-on faire contre les attaques de nuit, qui étaient fréquentes en ce temps ?

Moshoshoe's podium at royal village
Le podium où Moshoeshoe 1er s’adressait à ses ouailles.

Mohapi : « Les mecs lui ont dit de fabriquer plein de cordes avec l’herbe. Alors les femmes basotho ont tressé autant de cordes qu’elles pouvaient. Les toubibs les ont prises et en ont fait une longue corde, tellement qu’ils pouvaient l’attacher tout autour de Thaba Bosiu. Ensuite, ils l’ont badigeonnée d’onguent traditionnel et ils l’ont cachée tout autour de la base de la montagne. Quand les ennemis sont venus attaquer les basothos, deux ou trois pas après la corde, ils se sont soudain sentis très fatigués. Ils ont essayé de s’assoir pour se reposer, et se sont endormis. En plein milieu de la nuit,  ils ont réussi à se réveiller mais ont pu faire que quelques pas avant de se rendormir. Au lever du soleil, ils ont du reconnaître leur échec : ‘c’est la montagne de la nuit. Elle grandit, la nuit, c’est pour ça qu’on a pas pu aller jusqu’en haut !’ Le mot est vite passé dans tout le Lesotho…’

Voilà, ça c’est pour l’histoire la plus connue, mais je te souhaite d’entendre aussi celle du gamin pourri gâté Ramootsi (spoiler : ça finit mal), ou encore du pourquoi du comment des chapeaux inspirés de Qiloane Hill. Ah, et l’orgine du nom de Moshoeshoe…

Allez, comme je suis sympa :

Mohapi : « Moshoeshoe était un bon roi, qui passait des traités et des alliances, mais des fois… il hésitait pas à aller faire des raids chez ses amis pour leur piquer des femmes et des bestiaux. Alors son peuple, qui avait un gros respect pour lui, disait en souriant qu’il rasait ses amis de près : ‘sho, shoooo, shoooo’ [fait le geste de raser ses joues], ce qui a donné Mo-shoooo-shooooo ! »

Sois sûr de trouver Mohapi, le mec assure comme une bête.

En attendant, je te laisse avec ça :

Quiloane hill qiloane montagne lesotho
Qiloane Hill, colline mythique du Lesotho, qui aurait donné sa forme aux chapeaux traditionnels et à l’emblème du Lesotho.
Photos Roadtrippeur et sa miss AVEC UN CANON 100D et a l’IPHONE 5S (photo panorama de une). Légère retouche des contrastes sur certaines.

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