Au début d’Into the Wild : « Il y a des gens qui meurent de faim partout dans le monde. Et toi papa tout ce que tu veux, c’est m’acheter une nouvelle voiture ? alors que ma mienne toute pourrite marche très bien ? C’est trop injuste. Puisque c’est comme ça, je me casse et je vais chercher mon moi intérieur ! » – Christopher McCandless, après avoir marqué la page 32 de Sur la route, et en claquant d’un geste théâtral la porte du restau où ses parents l’avaient invité pour fêter son diplôme.

ATTENTION SPOILERS, cet article parle abondamment de la fin d’Into the Wild. Je pars du principe que tout le monde la connaît, mais on sait jamais. File vite si c’est pas ton cas, et reviens quand tu auras vu le film.

L’histoire – vraie – d’Into the Wild est aujourd’hui – je crois – très très connue.

Peu enthousiaste à l’idée de s’embarquer pour 35 à 40 ans de menu boulot / conso / dodo à la sortie des études, le jeune McCandless s’embarque en 1990 pour une paire d’années d’errance bohème à travers les États-Unis.

Son obsession : rejoindre le territoire vierge et désolé de l’Alaska, pour y vivre de peu et contempler la beauté du monde.

Une fois arrivé là-bas, les rigueurs de l’hiver et une nature pas vraiment coopérative auront raison de son manque de préparation, de sa candeur, et de sa vie.

Jeunesse + idéalisme + rébellion + grands espaces + mort tragique à 24 ans :

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Emile Hirsch incarne Christopher McCandless dans Into the Wild. Il est aussi dans le formidable Speed Racer des Wachowskis. En recherchant pour cet article, j’ai vu qu’il a été condamné à 15 jours de taule pour s’être bourré et avoir violemment agressé une femme en 2015. Voici, sors de ce corps !

dans cette trajectoire météorique,

tous les ingrédients sont réunis pour les fondations d’un mythe moderne. Il y a quelque chose dans cette histoire, ce destin, qui puise directement dans la psyché et l’histoire américaine.

Depuis la fondation du pays (la conquête de la Frontière) jusqu’à la figure tutélaire, Kerouac. Sans oublier Thoreau, London. Ainsi que tous les types qui ont écrit sur « tout plaquer pour partir élever des chèvres en Patagonie ».

Il y a aussi quelque chose qui parle aux jeunes tout court. De quand tu as le cerveau ouvert à son maximum (les connexions neuronales sont terminées à l’âge de 25 ans environ. De suite après ça commence à décliner). Et de quand tu sens bien qu’il y a quelque chose qui cloche dans la réalité qu’on te vend à longueur d’école et de fabrication sociétale.

Ce moment particulier où la rencontre de l’intelligence avec la vigueur des convictions embrasent ton âme aussi sûrement qu’une allumette sur de l’essence.

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L’histoire de McCandless a fait couler beaucoup, beaucoup d’encre et charrié son lot de polémiques.

Sa soeur s’est fendue d’un livre pour dire que son désir d’évasion était pas seulement lié à un humanisme juvénile, mais aussi à la volonté d’échapper à un foyer hautement toxique. La papa a eu une histoire sentimentale compliquée (deux enfants en même temps de deux femmes différentes). Surtout, il aimait bien manier la ceinture pour tanner ses gosses. La maman était pas non plus la plus douce des mamans.

Communiqué conjoint des parents, à la suite du livre : « mais pas du tout ! elle dit ça parce qu’elle veut se faire de l’argent ».

Aujourd’hui encore, plusieurs versions s’affrontent quant aux causes de la mort de McCandless.

On accuse diverses toxines de diverses plantes de l’avoir empoisonné. Un documentariste soutient l’idée qu’il se serait blessé au bras, l’empêchant de traverser la rivière Teklanika. Celle-ci avait été facile à franchir à son arrivée. Mais quelques mois plus tard, à la fonte des neiges, c’était une autre paire de manches.

Car oui, il est acquis que McCandless a, à un moment, tenté de sortir de sa retraite. Garde ça en tête, c’est important pour la fin de l’histoire.

Dans le sillage d’Into the Wild, le film – de nombreux jeunes font le pèlerinage jusqu’au bus chaque été. Le long d’un chemin en plein territoire des grizzlis, avant de traverser la Teklanika à leurs risques et périls. Une touriste suisse de 29 ans est morte en 2010. D’autres se font des jolies frayeurs (lis ce super article, en anglais).

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« Quand on est jeune, il est facile de croire qu’on mérite ce qu’on désire, de penser que si on veut quelque chose suffisamment fort, c’est notre droit le plus inaliénable de l’obtenir, par DIeu. »

La figure de McCandless a laissé un souvenir mitigé chez les Alaskiens.

D’aucuns, piqués dans leur orgueil, fustigent son comportement irresponsable. Et on peut pas leur donner entièrement tort. L’Alaska, ça a beau être aux États-Unis, c’est pas pour les Mickeys. Il faut savoir que seul 1% de cet état américain est occupé. Sur les 99% restant, il y a des loups, des grizzlis, et des sapins. On s’y gèle la moitié de l’année, et y’a pas des masses de distractions.

Les autorités envoient des hélicos en grimaçant pour aller prêter main forte aux touristes fans du film coincés par la rivière. On notera que le bus refuge est aujourd’hui troué de balles de gros calibre. Certains aimeraient le faire exploser, d’autres, plus mesurés, envisagent de construire un pont au dessus de la Teklanika.

Une chose est certaine : McCandless pesait plus que 30 kilos quand des chasseurs de passage l’ont retrouvé… deux semaines après sa mort seulement. S’il s’est pas empoisonné, il aurait probablement fini affamé.

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Sauras-tu retrouver sur Google Images la photo du vrai Christopher McCandless vs celles de ses émules ? Indice : c’est pas celle de la blondinette en haut à droite.

Le film Into the wild de Sean Penn fait de McCandless une figure lumineuse,

taillée sur mesure par le récit-enquête de Jon Krakauer (Voyage au bout de la solitude en français) et le droit de regard actif de la famille McCandless, désireuse de protéger l’image de son rejeton.

A la sortie du film, le point de vue de Sean Penn m’avait pas vraiment convaincu. Into the Wild me semblait coincé quelque part entre la béatification béate de son sujet, façon pub pour un gel douche fruits de la passion, et la fable existentielle ironique. Sans trouver la distance exacte. J’avais peur que le récit soit un peu trop embelli.

Je l’ai revu pour ce billet, hier soir. De l’eau a coulé (et gelé puis dégelé) sous les ponts. Dix ans plus tard je trouve le récit beaucoup plus nuancé que dans mon souvenir. En feuillant le bouquin de Krakauer (pas super bien écrit au demeurant) je me suis aperçu que Penn a bien collé à l’histoire. Jan et Rainey les hippies, Wayne et ses moissonneuses batteuses, le Papy Ron… tous ont vraiment croisé la route de McCandless.

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Photo de Christopher McCandless, le vrai, héros tragique d’Into the Wild, interprété dans le film par Emile Hirsch.

Si dans Into the Wild le gamin joue leurs attrappe-coeurs, le discours qu’ils lui tiennent sont en retour autant d’avertissements quant à son entreprise folle. Et apparaissent comme autant de solutions à sa quête existentielle. Ce qui rend la fin d’autant plus tragique. Le plan sur le père (William Hurt) qui s’effondre à terre, fou de douleur, en dit long sur les dégâts collatéraux laissés par sa mort.

McCandless était plus que probablement un chic type,

qui a appris à la dure ce que nombre d’entre nous mettent parfois des années à réaliser. « Le bonheur ne vaut que s’il est partagé » (note écrite de McCandless dans un bouquin retrouvé parmi ses lectures). L’indécrottable optimisme de Penn (voir le sublime Crossing Guard) et son geste de cinéaste convergent vers cette épiphanie tardive et elle seule : la nature et les hommes peuvent être beaux, ensemble.

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Le journal de bord de McCandless se concentre sur ses prises de chasse. Mais avant l’Alaska, il a laissé quelques notes, des courriers (il écrivait régulièrement à Jan) qui permettent de saisir sa personnalité.

Au fond je me dis que le vrai sujet,

c’est pas tant la jeunesse, ni le refus de s’insérer dans la société. Mais la quête d’absolu. Et l’absolu, ça s’émousse très vite en grandissant. Sauf chez moi chez des gens comme Sean Penn, qui en font toujours un peu trop. Comme pour tester les limites d’un monde confortable jusqu’à la nausée.

Si tu as entre 15 et 25 ans et que tu as toujours pas vu Into The Wild, tu passes à côté d’un truc. C’est quand même autre chose qu’Expedition Happiness

Pour terminer

En vrac : Into the Wild  a mis tellement de temps à se faire que le casting a changé en cours de route. Sean Penn voulait Di Caprio pour McCandless, et Marlon Brando pour le rôle de Papy Ron. Pour la petite histoire, la mort de McCandless a brisé le coeur de Papy Ron, qui a arrêté de croire en Dieu et s’est mis à voyager. L’acteur qui l’incarne dans le film, Hal Holbrook (superbe, comme tout le casting) a 93 ans à l’heure où j’écris ces lignes, et tourne toujours. Une belle édition Bluray-DVD est dispo à 15e à la Fnac. Les bonus sont toutefois un peu décevants. Pas de commentaire audio, ni de making-of digne de ce nom… mais un docu d’une heure, un peu daté maintenant, sur la vie en Alaska produit par le National Geographic.

2 Comments

  1. Finalement ta critique est plutot positive ! Pour ma part je me contente de mon petit statut de spectateur, totalement admiratif de cette histoire, de ses décors, et de la tragédie qui l’entoure. J’ai toujours plaisir a utiliser cette formule, « into the wild » , dans les hashtags de mon instagram, en forme de respect à ce jeune homme, à son défi, et surtout à la force toute puissante de la nature !

    1. Yep ! Le film a fini par gagner mon coeur. Faut dire que la trajectoire du bonhomme est fascinante, et que le film fait du bon boulot. Un exemple à suivre… mais pas jusqu’au bout 🙂

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