C’est l’histoire d’un cow boy déclinant, et d’un voyage dans l’Ouest américain vu de mon canapé. Red Dead Redemption 2 offre à qui sait le regarder un trip virtuel stupéfiant, entre nuits à la belle étoile, chasse au bison et longues journées à cheval entre deux bourgades noyées de poussière.

Un article (sans spoilers) pour ceux qui veulent comprendre le phénomène mais n’y joueront pas, trop occupés à préparer le sac à dos de leur prochain road-trip.

Note importante : ce qui suit n’est pas une mission imposée au joueur par l’histoire, mais un moment d’exploration libre qui peut aussi bien durer une demi heure qu’une heure de temps réel.

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Red Dead Redemption 2 : quand l’errance se fait beaucoup plus séduisante que l’effusion de violence.

Quelque part en 1899.

Il a plu toute la matinée depuis mon départ de Rhodes.

J’ai galopé transi de froid sous les bourrasques d’un ciel d’encre, à peine si je distinguais les éclairs et leurs coups de zébrures rageurs à l’horizon. Canasson, le beau pur sang arabe que j’ai attrapé dans les montagnes Grizzly deux mois plus tôt, au prix de trois jours de cache-cache dans la poudreuse, commence à fatiguer.

Trempé jusqu’aux os, je décide de planter la tente dans les Heartlands pour le panser et faire une pause. Je la brosse (c’est une femelle) et lui flatte l’encolure longuement, avant de fouiller dans ma besace pour lui donner l’une des dernières galettes d’avoine en notre possession.

Il me reste encore un peu de café moulu. Pendant qu’il chauffe je ramasse un peu de thym pour agrémenter le lapin chassé à l’arc, hier. Il m’a fallu un moment pour maîtriser la technique, je perds encore beaucoup de flèches.

Mais je préfère l’arc au fusil, c’est plus facile pour préparer le gibier ensuite. J’obtiens un meilleur prix pour la fourrure.

Note pour plus tard : penser à racheter des galettes d’avoine et du café à Strawberry.

En évitant de faire des vagues, cette fois-ci.

Lors de mon dernier passage à Valentine, j’étais à sec, j’ai sorti mon colt pour effrayer l’épicier. Le coup est parti tout seul. A la poste de Rhodes, j’ai vu que la prime sur ma tête atteignait les 50 dollars. Je sais pas comment je vais payer ça. Disons qu’on va éviter Valentine pendant un petit moment.

Heartlands Red Dead Redemption 2
Virée dans les Heartlands, les plateaux désertiques de Red Dead Redemption 2.

Je termine de manger alors que le ciel se dégage enfin. Bientôt, un soleil de plomb liquide écrase les vastes plateaux des Heartlands. Au dessus de moi, l’immensité bleutée, seulement troublée d’une formation d’oies en V.

Je reprends la route avec Canasson, quand je surprends un mouvement dans les hautes herbes au loin. Je sors mon fusil à lunette, balaye le lointain.

Un troupeau de bisons !

Mon doigt se pose sur la gâchette. Je repère un gros mâle, un vieux si j’en juge par son pas lourd. Je passe la lunette sur son flanc, puis sa tête. Sa dépouille et sa fourrure m’assureraient un pécule bienvenu chez le trappeur et le boucher.

Voyage Far-West Red Dead Redemption 2 Redeption
Des bisons presque plus vrais que. Les progrès des jeux vidéos vers le photoréalisme impressionnent.

Mais pas aujourd’hui. La lumière commence à décliner, et après la pluie de ce matin, ma carcasse exige un lit, ce soir. J’ai encore une longue route.

J’arrive à Strawberry dans une explosion de pourpre et d’orange qui semble figer chaque brin d’herbe autour du patelin de bois. Visiteur du XXIe siècle, j’ai toujours du mal à me faire à cet air pur et clair, pas encore chargé de pollution.

Je prends une chambre au seul et unique hôtel de la ville. Il me faudra encore manger avant d’aller me reposer. Mais d’abord, un bain.

Je suis à peine dans l’eau qu’on frappe à la porte.

May I offer some assistance ?

Je mets volontiers les 50 cents pour payer la fille. Son bavardage est agréable, son décolleté, une invitation.

Je pense à la lettre reçue de Mary, mon amour de jeunesse, dont je ne sais si elle veut renouer ou si elle a juste besoin d’une faveur. J’espère qu’il ne s’agit pas de son père, ce salaud qui trouvait que je n’étais pas assez bien pour elle.

Mon coeur de cow-boy vieillissant se serre. Je renvoie la fille, et laisse mes pensées se perdre dans les volutes de vapeur.

Ce n’est pas pour ses nombreuses missions (attaques de banques, de diligence….) ni pour ses fusillades, ni pour son scénario que je me souviendrai de Red Dead Redemption 2.

Le système de tir est insipide, l’intelligence des ennemis limitée, le challenge aux abonnés absents.

Et les frères Houser, créateurs-scénaristes-producteurs des GTA et Red Dead Redemption, ont toujours la main un peu lourde sur le clavier. Leur ambition narrative sous compte à rebours s’accorde assez mal avec la liberté de rythme et d’errance offertes par ce monde ouvert gigantesque.

Imagine Titanic de James Cameron sur 7 heures avec 4 icebergs. Ou une série télé qui dure 3 saisons de trop.

Si Red Dead Redemption 2 restera comme une expérience de voyage à part,

c’est pour ses bains, sa pluie, sa poussière, ses jeux de lumière et de météo (fabuleux) ses vols d’oiseaux, journées de chasse, centaines de moments contemplatifs où il n’y a rien d’autre à faire que se servir une tasse de café (ton personnage a trois actions à faire pour boire un café) devant

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Red Dead Redemption 2, presque qu’aussi bien qu’un billet d’avion pour l’Ouest américain.

les paysages stupéfiants de l’Ouest sauvage, rendus avec une précision et un réalisme maniaques.

C’est pour ses moments où la réalité la plus plate dessine un ailleurs qui n’est plus seulement vidéoludique, mais permet à la fois l’ennui et l’émerveillement.

L’évasion.

Pour la petite histoire, les créateurs de la série Westworld ont jeté des coups d’oeil approfondis à Red Dead Redemption premier du nom (2010). Ils ont été fortement inspirés par les mécaniques du monde ouvert où les missions sont données organiquement, par des personnages rencontrés par hasard, chacun muni de son histoire propre. J’ai volontairement laissé de côté cet aspect pour cette chronique.

Je me suis acheté le jeu (pas loin de 70 euros) évidemment beaucoup, beaucoup trop petit pour intéresser son éditeur, Rockstar.

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