(Photo de Une : Photo CC Robert Marcus Klump, FlickR)

« La vie est un apprentissage de chaque instant » (insère ici le nom d’un type connu pour moindre cette citation de mon cru moins cucul). Après un nombre désormais honorable de voyages, j’arrête pourtant pas d’apprendre et de me remettre en question sur la route. Suite à mon dernier road trip dans Balkans, les 4 leçons du jour tiennent en peu de choses : pour voyager, il faut commencer par arrêter de se mettre la pression.

On passe trop de temps à préparer son voyage et à acheter des trucs…

Tu connais ces concepts sur les tribus barbares qui bouffaient le cœur de leurs ennemis pour s’approprier leur force ? Les objets sacrés qui contiennent le mana d’un peuple ou l’âme d’un Dieu ? Jésus qui plante son corps dans des petits pains et du vin et des hosties (note bien : on appelle ça la transsubstantiation), Voldemort qui met des bouts de son âme dans des horcruxes ?

Ça te fait sourire ? bah, tu sais, on a pas tellement changé. On a troqué calumet, coquillages et statuettes contre Iphones et magazines lifestyle. Consommer quelque chose, c’est acheter un peu du style de vie, de la coolitude qui est vendue avec.

Faire du lèche vitrines sur les blogs voyages et sites de tests de matos, c’est déjà une manière de voyager, de vivre son road trip par procuration.

Cool is the new mana.

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Photo CC Keith Walbolt, FlickR

C’est tout à fait bénin. J’y ai succombé moi aussi, et j’ai publié ou vais publier encore, plusieurs guides conso (comment choisir son savon de voyage, son t-shirt mérinos pour pas puer en road trip, ou son jeans moto), tout simplement parce que je sais que tu les lis (plus que mes carnets de voyage).

Mais il faut quand même être conscient de certaines choses : si Jésus et moi on pas grand chose à vendre, c’est pas le cas d’un milliard de boîtes et du milliard de sites internet qui ont un milliard de trucs à fourguer. Ils y arriveront d’autant plus que tu es frustré(e) d’attendre la date de ton voyage, ou que tu t’inquiètes de savoir si tu seras au top.

Sauf que c’est pas le savon ou le chargeur de poche lampe solaire barbecue et parachute qui feront de toi un voyageur, ou t’assureront le road trip de ta vie.

… alors qu’on en a pas besoin.

La vérité crue, c’est que depuis Indiana Jones, le monde est plutôt bien domestiqué.

Une carte bleue, du liquide, un smartphone et une assurance voyage te permettront d’assurer dans la quasi totalité des situations.

Le liquide surtout, est très important à l’étranger, et dans les pays en voie de développement en particulier. Pour deux raisons : d’abord Visa et les DAB (distributeurs automatiques de billets) sont loin d’être la règle partout. Je me suis bien fait suer sur les autoroutes grecques, sans monnaie en poche, avec leurs terminaux à carte qui prenaient pas la mienne pour une obscure raison informatique. (Dans ces cas là, tu te fais indiquer l’aire de repos la plus proche dotée d’un distributeur automatique, on te remet un papelard – une reconnaissance de dette – et tu paies au prochain péage).

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Photo par cafecredit

Ensuite il reste un paquet de pays où tu seras confronté à la corruption. Il y a des fois où tu pourras t’en sortir au culot, et d’autres non. Fatigué, apeuré ou juste lost in translation, tu ravaleras ta fierté et tes principes pour graisser la patte de l’escroc de service, quand bien même ton dépassement de vitesse sera imaginaire et non accompagné du pv obligatoire.

Dans d’autres pays, des pourboires généreusement saupoudrés à ton entourage permettront de t’attirer la sympathie de nombreuses personnes qui en retour se plieront en 4 afin de te sortir d’une mauvaise passe le jour où tu y seras jusqu’au cou.

En road trip, tout se passe bien, y compris quand ça se passe mal

A moins de te balader avec un kilo de coke en Indonésie, ou de crier « vive Trump, fuck Islam » en plein Téhéran, qu’est-ce qui peut t’arriver ? J’en suis de plus en plus convaincu : on voyage pas pour rester en Charentaises. Et l’aventure, la découverte, la vraie, ça se passe dans les interstices. C’est pas écrit dans le Guide du Routard, ni sur Booking.com, ni dans les tests du meilleur chargeur pour brosse à dents électrique.

A 23 ans, avec un pote, en Turquie, on s’est fait couillonner deux fois sur des arnaques typiques touristes, on a perdu des sommes importantes. On sait depuis que si c’est trop beau pour être vrai, ben, c’est trop beau pour être vrai.

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Au voleur ! Photo CC Clement127, FlickR

Cette année, est-ce que je regrette ma chute à moto en Bosnie ? Bien sûr que je le regrette. Mais je suis pas mort, et j’étais pas loin d’une ville, où j’aurais pu si besoin commander des pièces mécaniques. Au pire j’y serai resté une semaine, j’aurais sympathisé avec la boulangère et le postier, et je serai devenu bilingue.

Toujours cette année, est-ce que si c’était à refaire, je revivrai ma nuit de m**** à Dubrovnik, empêché de passer la frontière par un douanier tatillon ET corrompu ? Mmmm. Pas sûr. Mais aujourd’hui j’ai une sacrée histoire de road trip à raconter.

Les chances de mourir d’un attentat dans un pays étranger par exemple, sont d’1 sur 1 600 000 (lu dans le Petit cours d’auto-défense intellectuelle de Normand Baillargeon). Y’a que dans les faits divers et dans les films que ça part en sucette. La vraie vie, c’est qu’il y’a des imbéciles et des gentils partout – et que dans la majorité des cas, l’être humain aime bien dépanner son prochain.

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Photo : Japonais, le guide de conversation des enfants, éditions Bonhomme de chemin.

C’est mieux si tu peux baragouiner un peu la langue

Rajouter un petit guide de conversation courante dans ton sac est pas une mauvaise idée. Ça, c’est tellement évident que je m’en veux un petit peu d’avoir réalisé ça sur le tas. Je suis parti en Croatie, Bosnie, Albanie, Grèce etc sans même savoir dire bonjour. Et je me suis senti complètement idiot.

Tu as pas idée des sourires que tu peux allumer sur les visages de tes hôtes en sortant un « Salut », « merci beaucoup », « vous êtes charmante » (à manier avec précaution), « je vous souhaite un très bon après-midi » dans leur langue natale.

Faire un pas vers l’autre, c’est la première marque – et le premier devoir – d’un voyageur.

A côté, les tentes 4 saisons et les baskets couteau suisse, c’est de la littérature.

 

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