Si tu as raté le début, au printemps 2017, je me suis lancé dans un road-trip moto de 4600 km en 10 jours, dont 24h chrono dans plusieurs capitales européennes. Amsterdam, Prague, Vienne… L’épisode 1 est par là. L’épisode 2, ici : j’y dis tout le mal que j’ai pensé de Prague en arrivant au milieu des touristes et de la chaleur après 600 km de moto. En avant pour l’épisode 3.

Le cocktail chaleur + foule fait bouillir mon cerveau au bain-marie. Dans ce cas là, en voyage – et en l’absence de point d’eau où piquer une tête – tu as deux solutions :

  • te trouver une gentille terrasse de bar où te poser demi-heure en éclusant des trucs avec plein d’alcool de glaçons dedans,
  • fuir.

1,20 € la pinte de bière à Prague !

Je choisis de faire les deux et enfourche Brienne pour quitter l’hypercentre, direction le quartier de Žižkov et la brasserie U Houdku en particulier. Le coin est effectivement beaucoup plus calme – apparemment un ex quartier ouvrier plus ou moins bourgeois-bohémisé.  Le restau est une jolie découverte : entrée – plat généreux et aux petits oignons + pinte de bière pour un total de 360 couronnes, ou 13,80 euros.

Dont 1,20 euros la pinte.

Je répète : 1,20 euros la pinte, ou encore moins de 2,50 EUROS LE LITRE DE BIÈRE. Une fois mouru, je veux pas aller au paradis, je veux aller à Prague.

La terrasse d’U Houdku est un petit ravissement à elle toute seule, que je te laisse découvrir sur ma seule foi.

Bon, Ok, ok, la vérité c’est que j’ai pas encore le réflexe bloggueur voyage qui mitraille le moindre instant de son trip, et j’ai pas grand chose à te montrer.

plat tchèque cuisine tchèque hu u houdkou hudku
Tout ce que j’ai pris comme photo, c’est ça. Ouais, je sais, j’ai encore des progrès à faire.

La dernière gorgée de bière (autre plaisir minuscule)

L’estomac plein, je goûte un moment le temps suspendu. Cette minute précise où les dernières gorgées de bière au fond de ma choppe et la température qui commence à redescendre, telles la lune et Jupiter alignées, font ronronner mon zodiaque intérieur de plaisir, de la Vierge effarouchée de s’être faite surprendre à poil lors de la toilette matinale au ruisseau, au Capricorne s’ébrouant et bondissant le premier jour du printemps.

Je me dis que malgré ma première mauvaise impression, Prague pourrait avoir des choses à me raconter.

U Houdkou Bořivojova 693/110, 130 00 Praha 3-Žižkov. On y mange bien pour 15 euros. Demande la carte en anglais, fais-toi expliquer si jamais, les serveurs sont très serviables. Je dis ça parce que le lendemain, dans un autre brasserie du quartier, Mon ami (très chouette terrasse, aussi), je croyais avoir compris et je me suis retrouvé avec un gros pain rond avec des boulettes de bœuf haché à l’intérieur. Sans autre accompagnement que quelques rondelles d’oignons à côté. Autant dire que sans la bière pour rincer ça, je terminais étouffé…

château Prague Praha castle touristes souvenirs
Insère ici le générique de Game of Thrones, et le son d’une caisse enregistreuse qui avale 20 euros par photo souvenir.

Le château de Prague : <3

Le lendemain, je gare Brienne à l’angle des rues Kanovnickà (Hradcany) et U Brusnice sur une zone bleue, et j’ai plus qu’un poil de yak à parcourir à pieds jusqu’au château de Prague.

Nota : si tu as lu la première partie, tu sais qu’il est vivement déconseillé de se garer n’importe où à Prague, et que je risque de me prendre une prune à tout moment.

Le château me prend par surprise, déroulant son mix d’architectures et sa magnitude au cours de quelques heures où j’ai l’impression d’évoluer dans un best-of de vieille-Europe. J’ai pas le souvenir d’avoir vu ça ailleurs – ni à Carcassonne, ni à Paname. Dans ses ruelles moyennageuses, je me vois arrêter mon cheval pour franchir la porte d’une taverne et commander une choppe de bière avant d’aller me réchauffer près du feu.

ruelles château Prague Praha moyen âge
Ceci n’est PAS la ruelle d’or (tu comprendras plus loin ci-dessous).

Devant la cathédrale romane St-Vitus (il y a la queue des grands jours à l’entrée, je zappe) et la basilique St-Georges, je m’imagine me signer à la sortie du marché avec une pensée pour la petite dernière de la famille, morte dans les langes il y a deux ans, à la suite d’une épidémie de grippe qui a décimé un quart du village.

Balislique Saint Georges prague praha château Saint Vitus
A droite, la basilique Saint Georges date de la fin du Xe siècle. Le gros camion jaune qui gâche la photo au milieu est estimé à la fin du XXe siècle / début du XXIe.

J’ai l’impression d’être dans une boule à neige. Ou de retour sur les décors de Rome – la série, toujours conservés à Cinecitta.

Cette série de 2005/2007 est vachement cool et, dans le genre brut de décoffrage gore / olé olé, annonce Game of Thrones. Les décors sont vraiment fantastiques. Ils ont coûté 100 millions de dollars, ce qui a l’époque comme aujourd’hui – est tout simplement démentiel.

Une vue de ouf malade sur Prague

Je traverse les jardins du château, croise les couples d’amoureux venus de loin pour faire comme dans les séries à l’eau de rose, et je profite de la vue sur Prague. C’est beau, hein !

Prague Praha château de prague vieille ville
Une vue plutôt sympa.

Château de Prague. Plein tarif : 350 CZK (14 euros). On te fouille à l’entrée, viens pas avec ta maison sur le dos. Sans visite organisée ni projet, tu te régaleras juste à balader et flâner, deux bonnes heures environ. Oublie pas la Ruelle d’or (lire à la fin du billet)

Le vieux cimetière juif de Prague

Après tant de beauté, je retrouve foi en l’avenir et l’âme humaine, et le coeur plein d’allant, je reprends la moto comme si demain n’existait pas pour rejoindre le (vieux) quartier juif Josefov. Il reste pas des masses des masses de choses à voir, mais ça vaut le coup.

Une demi douzaine de synagogues, dont la synagogue Maisel (Maiselova Synagogua) où j’ai vu une chouette histoire de de la communauté juive de Prague, avec de nombreux objets de culte (ça se fait en une heure à tout casser).

Et puis il y a le vieux cimetière juif, où tu fais le tour en demi heure et où, ben voilà, quoi. Petit havre de paix en plein centre-ville. Et puis si tu es pas sensible aux charme des vieilles pierres tombales patinées par les siècles et pourtant encore dignement dressées dans les herbes hautes – telles des petits vieux chancelants en salopette et Gitane maïs au coin des lèvres qui feraient la vigie du temps révolu – c’est que tu es tout simplement pas le client idéal pour Prague.

Ni pour l’Europe.

Ni pour tout ce qui est vieux, en fait.

Il te reste toujours Disneyland !

vieux cimetière juif Prague praha siroka
Le vieux cimetière Juif de Prague, un petit ilôt de paix en pleine cité.

La tour de télévision de Zizkov

Le clou de cette journée à Prague, sans hésiter : la tour de télévision construite par les cocos dans les années 80. 216 mètres de haut, une salle avec vue panoramique à 97 mètres de haut, et surtout… une dizaine de statues de bébés géants sans visages collés sur la façade.

tour radio télévision prague zizkov praha
<3

Je pense immédiatement à cette fureur des cours de récré au début des années 90, les Babies (Lil Babies), des petits personnages à collectionner qu’on allait acheter dans des pochettes surprises dans les bureaux de tabac.

On aime ou on aime pas : moi, j’adore. C’est complètement déglingo. Typique de l’art communiste qui veut élever l’âme à coups de métal et d’angles droits, et une bonne dose de n’importe quoi.

Je me gare devant et m’assois sur un banc pour méditer un peu en l’admirant.

Si tu veux y passer plus de temps, pour y entrer c’est 230 CZK (9 euros), avec un bar en haut. Sinon il y a de quoi boire en bas, aussi, et… jouer à la pétanque.

Prague, une ville à visiter l’hiver

Résumons : de la chaleur, des touristes, de la bière à un euro et des brouettes, et un charme fou de vieille Europe baroque dont l’âme slave se laisse à peine entrevoir au bout de mes quelque 36 heures sur place. Je sens que je suis pas loin de percer quelque chose qui, pour l’heure, se refuse à moi.

C’est aussi entêtant que diffus.

Très certainement influencé par les tableaux impressionnistes que j’ai vus quelques jours plus tôt au Rijskmuseum, j’ai l’image d’une taverne vibrante de vie derrière des vitres embuées qui laissent deviner un dîner copieux et animé. Un air de violon dans le lointain. Les flammes de lampadaires sur le pont Charles étranglés par la brume. Des femmes en cache-main de fourrure pressées de gagner la chaleur des cafés.

En harnachant ma moto pour quitter Prague en direction de Vienne, j’ai soudain l’illumination.

Prague est une ville à visiter l’hiver, dans la brume, dans le froid, les airs entêtants de violon et d’accordéon.

George Hendrik Breitner Pont Sigel Paleisstraat Amsterdam
Ce tableau a rien a voir avec l’âme slave, ni même avec Prague : c’est Le Pont Sigel près de la Paleisstraat à Amsterdam de George Hendrik Breitner. Vu quelques jours plus tôt, il m’a bien influencé pour ces quelques heures praguoises, donc.

Epilogue : des dangers de l’improvisation

Je suis parti pour ce trip Européen avec ma moto, ma bonne humeur et un Cartoville, OKLM. C’est qu’une fois rentré et en travaillant ces articles que je me suis aperçu que

– je suis complètement passé à côté de l’horloge astronomique de Prague, du spectacle qu’elle offre à chaque heure, avec les petits automates qui sortent et font la bamboula teuf, pour le plus grand bonheur de tout le monde. Je me suis contenté de l’admirer comme un bel objet, entre 17h20 et 17h43

– j’ai zappé une rue apparemment super sympa du château de Prague, puisqu’elle porte le nom de Ruelle d’or. Érigée au XVe siècle, elle aurait été la résidence d’alchimistes fumeux, et le lieu d’écriture (avéré) d’un bouquin de Kafka. Tu peux te moquer, vas-y, j’ai du passer à quoi, 10, 20 mètres, complètement à coté.

Heureusement que Prague est qu’à 13h30 de moto de chez moi !

 

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