C’était la raison d’être de ce voyage en Afrique du Sud : plonger avec les requins. Et tout spécialement, le grand requin blanc. C’est même pas moi qui ai demandé, mais madame. Moi, je me serais contenté du tour des distilleries de whisky en Ecosse. Mais non. Il fallait se faire le grand frisson, aller caresser le grand mangeur d’hommes pour prouver au reste du monde que les requins sont en fait pas plus dangereux que les Yorkshires de mamies.

Bon.

J’ai connu plus chiant, comme façon de faire plaisir à sa nana…

Plonger avec les requins à pointes noires sans cage à Durban, avec Blue Wilderness

A une heure de route de Durban (si tu as le temps, je raconte le prologue de cette aventure ici), la rencontre avec Blue Wilderness a lieu dans une maison d’un quartier résidentiel de Scottburgh. Entre deux cafés, l’équipe délivre un petit topo écolo-sécuritaire sur les différentes espèces de requins qui peuplent la côte, celles que tu risques de voir aujourd’hui…

Et ce conseil primordial : sous l’eau, avec les requins à pointes noires, il faut éviter d’agiter les mains. Les requins risquent de confondre le blanc de tes paumes avec le ventre de poissons. Ils seraient tentés de croquer, pour voir, tout simplement parce que ce sont de grands curieux.

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Voilà voilà. Fais gaffe à tes doigts, c’est tout.

Note que j’utilise le conditionnel : « seraient tentés », parce qu’on insiste bien : plonger avec les requins à pointes noires est complètement sûr. Ils sont inoffensifs et les accidents rarissimes, pour pas dire inexistants.

Selon l’état de la mer, le skipper mettra un petit peu de temps à sortir de la plage. Décrivant des cercles en Zodiac face aux vagues, jusqu’à trouver le bon moment pour passer le ressac d’un coup d’accélération violent.

C’est minus, un Zodiac, et ça secoue. Deux sur trois clients du jour seront d’ailleurs malades au cours de la sortie. Indice : c’était pas moi. Et tu as bien lu : la sortie s’est faite avec trois clients seulement, soit moins que les membres de l’équipage. C’est le signe que tu es entre de bonnes mains, et non dans une usine à touristes.

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J’adore cette photo !

J’ai bien dit : sans cage !

Après une petite demi-heure de voyage, l’arrivée sur le point chaud confirme que tu es sur une activité plutôt prisée. Deux autres compagnies sont déjà là. Elles se répartissent le territoire autour des appâts, et si tu vas batifoler trop près d’une autre équipe, on te ramènera gentiment vers ton bateau.

Il s’agirait pas que tu piques les requins des autres…

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On a presque envie des les caresser, ces requins à pointes noires.

Je réprime un cri en entrant dans l’eau, à la vue de cette foultitude d’ailerons qui ont tôt fait de venir me frôler, me toucher. Ils sont une douzaine de requins à pointes noires. Ils nous quitteront pas pendant les 3/4 d’heure sur place, on se sent à la fois vulnérable et complètement serein, on a envie de les caresser, on reste bouche bée, c’est

MA-GIQUE.

(Les 3 photos précédentes sont toutes issues de ma sortie, et prises par Blue Wilderness. J’en ai où on me voit beaucoup plus proche des requins, si tu doutes. Moins bien cadrées, elles ont pas passé ma sélection impitoyable.)

Compte environ 105 euros par personne la sortie pour plonger avec les requins sans cage avec Blue Wilderness. Regarde bien ce qui est inclus ou pas dans le prix. Ce billet de blog, comme tout le reste sur Roadtrippeur, n’est PAS sponsorisé. J’avais sélectionné Blue Wilderness car attiré par un article du Figaro déjà bien daté. Au cas où tu aies des doutes sur la pertinence de mes renseignements, et où tu fasses pas super confiance à Trip Advisor (et tu aurais bien raison) sache qu’à l’heure où je rédige ces lignes, le boss de Blue Wilderness est toujours le même, depuis 2013. Il s’agit de Ryan Johnson. La société emploie toujours Marcus M’Sane, le skipper aguerri (10 ans dans la Marine sud-africaine) qui nous a fait la sortie en 2016.

Tête à tête en cage avec le grand requin blanc et White Sharks Projects à Gansbaai

Quelques jours et 2700 kilomètres plus tard, même topo de bon matin chez White Sharks Projects à Gansbaai. L’ambiance est tout autre. On est une quinzaine sur cette sortie, il y a plusieurs sorties de prévues dans la journée, plusieurs bateaux. C’est l’usine de suite une autre dimension.

Sur le trajet, alors qu’on nous offre des sucettes (pas seulement pour te faire plaisir, mais aussi parce que la salivation aide à lutter contre le mal de mer) un client venu de loin jette l’emballage à la mer. Et ce le plus naturellement du monde. Gros blanc dans l’assistance. Presque aussi grand que le grand blanc que nous sommes venus voir. (Oui, j’ai sorti les rames pour le, caser celui-là). Le staff rappellera gentiment mais fermement le malotru à l’ordre.

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Alors, on va-y aller doucement, je ménage mes effets. Le premier contact avec le requin, c’est ça.

Qu’il s’agisse de plonger avec les requins à pointes noires ou avec le grand requin blanc, on arrive à ce tour de passe-passe grâce à l’utilisation d’appâts. C’est à dire têtes de thon et/ou mélange de sang et de purée de poissons versés sur les hotspots. Une activité qui fait pas l’unanimité.  Certains accusent les compagnies de perturber l’habitus des requins à travers l’équation « hommes = bouffe ». Je me suis posé pas mal de questions éthiques sur les animaux lors de ce voyage en Afrique du Sud. Et il y a des activités que j’ai consciencieusement bannies après recherches. Après, honnêtement, plonger avec les requins… j’arrive pas à trouver ça réellement répréhensible. Comparé à la masse d’abrutis qui en font des soupes, les ramassent dans leurs filets de pêche intensive, où s’imaginent pouvoir soigner leurs cancers avec les ailerons…

Alea pas jacta est

J’ai pas mal angoissé les jours précédents. Si plonger avec les requins à pointes noires était une surprise en plus pour madame, plonger avec les requins blancs était censé être le clou du voyage.

J’avais pas intérêt à me louper. Sachant qu’un temps agité rend non seulement la mer impraticable, mais agite les fonds sablonneux de la baie de Gansbaai et limite la visibilité.

En outre, quand bien même la mer serait calme, il était pas dit que le roi des mers daigne se montrer. Chaque sortie est incertaine.  Dépendante non seulement de la météo, mais aussi du bon vouloir de ces bébêtes. C’est pour ça qu’il vaut mieux réserver tard, et se prévoir un battement de quelques jours dans la zone. Histoire de pouvoir réitérer l’expérience si besoin…

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Il y a ça, aussi. Vu son aileron, je te laisse évaluer la taille de la bête…

Tan-tan-tan-tan-tan-tan (musique des Dents de la mer. Obligé. Si je l’avais pas faite, celle-là, je suis sûr que tu me l’aurais reproché)

Ce jour là, on est vernis. Le groupe est séparé en deux, une première vague de 5 plongeurs descend dans la cage, et à droit à un joli spectacle pendant une vingtaine de minutes tandis que les autres patientent en observant la forme imposante sous l’aileron qui pointe à la surface.

Si tu as vraiment de la chance, tu pourras voir le requin breacher – du verbe to breach, ‘crever la surface’ et bondir au dessus de l’eau à la verticale pour se saisir de l’appât. Enfin, c’est un comportement qui s’observe surtout à l’état naturel, avec des vraies proies, comme des phoques…

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REGARDE. MOI. CES. DENTS. Faites pour découper du mammifère, en fait. Mais quelle idée de l’avoir mis dans la mer, avec les poissons tous mous comme principal régime alimentaire ?

Le roi des océans, c’est Captain Igloo lui

Quand vient notre tour de passer dans la cage, le requin est un peu moins investi. Il se passe de longues minutes avant que le skipper s’exclame « plongez ! », qu’on prenne une grande inspiration et, tout en se maintenant à une barre à l’intérieur, qu’on tente d’apercevoir le fameux grand blanc.

La bête fait des apparitions fugaces dans l’eau trouble, par petites touches impressionnistes. Elle dégage une incroyable sensation de puissance. J’ai aucun mal à croire qu’elle pourrait me découper en deux d’un petit coup de mâchoire, sans même forcer, moi et mes 65 kilos tous mouillés (pour 1,80m, je précise).

Je finirai tout de même par avoir mon money shot. Le plan Go Pro que je montrerai au coin du feu à mes gosses et mes arrières petits gosses, tout en enjolivant *un peu* l’histoire :

 

J’aime faire marcher les mômes

– Et là, le requin il s’est retourné et il a commencé à attaquer la cage. J’ai lâché la caméra, elle est tombée au fond. J’ai attrapé mon Opinel que je m’étais acheté pour les scouts il y a bien longtemps et qui me quitte jamais, et, au moment ou le requin il allait croquer mémé, je l’ai éventré.

– Tu racontes de la merde, papi !

– Mais non, regarde, je lui ai même arraché une dent en souvenir !

(Sort la dent fossilisée en pendentif qu’il a achetée 20 euros après la sortie, et coupe le sifflet du môme)

– Waaaah papi t’es trop fort.

Soyons sérieux deux minutes. Les attaques de requins blancs sur l’homme sont rarissimes et sont le plus souvent dus à la méprise. Le requin file un coup de dents pour « renifler » sa proie, et quand il sent que celle-ci fait pas partie de son régime alimentaire (pas assez de graisse), il lâche l’affaire. Miss Roadtrippeur leur voue une authentique affection, et non je ne sais quelle fascination morbide. Elle tient de Paul Watson, chef de Sea Shepherds, qu’elle a interviewé, l’anecdote suivante : chaque année dans le monde, plus de personnes meurent écrasées par des distributeurs de boissons automatiques que croquées par des requins. Les requins sont nos amis. Il faut les aimer aussi.

Il y a certaines choses qui s’achètent pas. D’autres, si. Et après tu manges des raviolis en boîte pendant 6 mois

Après trois semaines de vadrouille en Afrique du Sud, j’ai donc accompli ma mission. Quand je relève la tête, c’est pour voir ma miss avec un sourire de môme, un sourire que je lui ai encore jamais vu, on dirait qu’elle a 13 ans. « Encore, encore ! » lance-t-elle, extatique. En rentrant, je soufflerai sur ma carte bleue comme Lucky Luke sur son Colt après un coup dans le mille, satisfait d’avoir réalisé son rêve.

– Dis, je te vois écrire sur les requins blancs, là. Je veux y retourner mais cette fois on le fait sans cage, d’acc ?

Je…

Je vais réfléchir.

White Shark Projects, à Gansbai, t’emmène plonger avec les requins blancs pour 136 euros environ. C’est une amie, ex stagiaire chez eux, qui me les avait conseillés. Les rotations se font par petits groupes (5 pers) pendant 20 minutes, selon le nombre de personnes à bord. La cage est étudiée pour que tu puisses avoir la tête hors de l’eau sans effort. Tu as des poids pour t’aider à plonger quand le guet te fait signe que le requin arrive. Et tu es pas obligé de plonger si finalement tu te sens pas. Il est possible de profiter du show en restant sur le pont du bateau. Les communications se font facilement par mail, mais comme pour Blue Wilderness à Durban, il est préférable d’être joignable par téléphone, What’s app ou FB Messenger pour les lieux de rendez-vous et les annulations ou reports éventuels.

Photos Blue wilderness, durban (GoPro) et roadtrippeur (captures d’écran de vidéos GoPRO 3 filmées en 1920x1080p). J’ai boosté les couleurs sur tous les clichés.
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Ah, ben si, finalement j’ai retrouvé une photo sympa de moi au milieu des requins à pointes noires. <3

Dernière chose pour plonger avec les requins sans rien regretter :

Les images prises avec ma GoPro, à l’aveugle, sont minables. Celles des requins à pointes noires en particulier. Ca bouge comme dans un manège (note que sous l’eau, il est un poil difficile de garder les bras stables). Et je suis de toute manière trop émerveillé pour prêter attention à ce que je fais.

Je te soumets donc l’option de profiter du moment et de laisser l’équipe de plongée faire le reste. On te livre le film et les photos par WeTransfer (pour Blue Wilderness) ou on te file une clé usb avec ton film dessus pour un prix pas si exagéré finalement. En revanche, tu choisis pas la musique qui accompagne le film, ce qui pourra te faire grincer des dents (je regarde celui de White Shark Projects sans le son).

Quoi qu’il en soit, tu fais une bonne action, ces films étant souvent réalisés par des stagiaires venus des 4 coins du monde se faire une expérience.

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