Et si planter des arbres était un remède efficace pour la planète face à notre frénésie voyagiste ? Attention, j’espère que tu es bien frais et dispo pour lire ce billet, parce je ferai pas de cadeaux à ma mauvaise conscience. Et que je t’ai choisi pour vider mon sac. Sers-toi un grand verre d’eau (pas en bouteille plastique stp), respire un bon coup et saute avec moi. Tu verras, ça ira mieux après.

Ici il sera question de :

  • développer le cheminement qui me conduit à me soucier de mon empreinte carbone en voyage
  • te donner la formule mathématique pour savoir comment calculer le nombre d’arbres à planter pour compenser tel nombre de kilomètres

Encouragés par des décennies de storytelling (« le voyage, c’est bien pour trouver ton moi intérieur »), les histoires de nos papys (« j’ai rencontré ta grand-mère dans un bordel à Tsing-Tao ! » et quelques récits romantiques (Gérald de Palmas chantant « Sur la route », pardon, je voulais écrire « Jack Kerouac écrivant Sur la route ») on est un sacré paquet à considérer le voyage comme le must d’un vie bien remplie (lire aussi mon billet A quoi ça sert de voyager ?).

Or voyager, ça coûte cher.

Cher à la planète, je veux dire.

Cher en empreinte carbone.

Les transports représentent 23% des émissions de C02 (chiffre 2013). L’avion, c’est beurk, le bateau, c’est nope, et la voiture, c’est merci mais non merci aussi.

Or la planète, je te le rappelle au cas où tu sors d’une grotte – roulements de tambour – est pas dans un état formidable.

A 15 ans, ma frayeur préférée c’était un bon Stephen King, aujourd’hui je tremble à l’idée d’ouvrir le rapport du GIEC.

parodie shining kubrick nicholson réchauffement climatique planter des arbres compenser empreinte carbone
Here’s Johnny ! Le grand réchauffement climatique qui souffle, et qui pousse, et qui gronde !

Je pourrais me dire :

  • OSEF, on a qu’une vie, et de toute manière c’est déjà foutu, regarde, bientôt y’a plus de rhinos !
  • Ouais, je voyage, mais en contrepartie j’ai pas de voiture, j’ai une moto, et je la prends que pour balader parce que je vais au travail à pieds !
  • Attends, je voyage mais je trie mes déchets, moi ! (variante : mais je mange bio !)
  • Tu sais que je boycotte les avocats… (pour des raisons expliquées ici)
  • …et aussi le Nutella ?
  • Ouais, je voyage mais non, mais tu comprends c’est aux Chinois et aux Américains de faire des efforts, on sait bien qu’ils polluent plus que nous !

Je pourrais, oui. Sauf que c’est une équation intenable.

Les études montrent qu’un bobo qui trie ses déchets, mange bio, refuse d’acheter du plastique made in China MAIS voyage une fois ou deux en avion par an, pollue autant sinon plus au long de sa vie que le père de famille au SMIC, qui prend sa vieille AX tous les jours de la semaine pour faire 30 ou 40 bornes, histoire de nourrir sa famille et lui payer péniblement deux semaines de camping annuel à La Benne, sur l’océan atlantique.

orang outant orang outang menacés planter des arbres déforestation empreinte carbone
La culture intensive de l’huile de palme, ingrédient principal du Nutella après le sucre (et de nombreux autres produits transformés) menace l’habitat naturel des orang outan. Nos cousins éloignés sont menacés d’extinction.

Alors quoi ?

Arrêter de voyager et fermer Roadtrippeur ? Faire un emprunt sur 20 ans pour me payer une voiture électrique ? Attendre le vote d’une semaine de congés payés supplémentaire [insère ici des rires enregistrés] pour me mettre au slow-travel et avoir le temps de voyager en stop, en train, à vélo ?

Moui. Plutôt le stop que le vélo. J’aime pas le vélo.

Et puis regarde le prix d’un aller-retour sur Ryanair ou Easyjet pour Londres au départ de Marseille, et compare avec le tarif d’un Eurostar. Tu prends le train, et arrivé à la gare de Saint Pancras, il te reste plus que tes yeux pour pleurer.

De deux choses l’une (ou trois)

Le slow travel, c’est un truc d’avenir.

Le stop, c’est cool.

Voyager en train, c’est actuellement ce qu’il y a de plus mieux pour compenser ton empreinte carbone.

Et voyager en train en Europe, c’est plutôt facile.

J’ai pas d’excuse.

Toi non plus.

prendre le train eurostar compenser émissions carbone planter des arbres
Ceux qui aiment l’environnement prendront le train, paieront parfois un rein, et surtout, planteront des arbres !

Mais.

J’ai décidé de planter des arbres pour compenser mon empreinte carbone.

Oui mais combien ? Tu vas voir, le calcul est bête comme chou.

Planter des arbres. L’idée a fait son chemin dans ma tête. Je la rumine depuis des mois, inspiré par ce road-trip ambition zéro déchets. Et notamment les savants calculs de ces deux jeunes pour compenser l’empreinte carbone de leurs motos.

Un arbre stocke 150kg de C02 en 30 ans, soit 5 kg par an. Tu divises l’émission C02 de ton voyage par le nombre d’années au terme duquel tu souhaiterais compenser l’empreinte de ton voyage, et tu obtiens le nombre d’arbres à planter.

Ou encore :

le nombre d’arbre à replanter est égal à

la masse de C02 produite par la moto (l’avion, la voiture etc)

divisée par

(la masse C02 absorbée par un arbre en un an (5kg) multipliée par le nombre d’années souhaitées pour compenser)

Exemple :

Mon prochain road trip moto va faire 4200 km. Ma moto dégage 112 grammes de C02 au kilomètre (info constructeur). Je vais donc polluer 470 kilos de C02. Je veux les compenser en un an. J’obtiens le calcul : 470 / 5  (car un arbre absorbe 5kg de C02 par an) = 94 arbres.

Si je voulais le compenser en 3 ans, je ferai 470 kilos de C02 / (5 kg absorbés x 3 ans) soit 470 / 15 = 31 arbres. Mais bof. Si chaque road-trip prend des années à compenser, l’intérêt est super limité. Autant viser un an, voire moins, en plantant plus d’arbres.

Et ça marche évidemment avec l’avion ou autre moyen de transport (voir le calculateur d’émissions de C02 de Climat Mundi).

Alors c’est sûr, ça a un coût, et il faut faire gaffe à qui tu d’adresses pour planter des arbres

Planter des arbres coûte entre un… et trois euros l’arbre selon à quelle porte tu frappes. Parce qu’on est d’accord, compenser ton empreinte carbone, c’est bien. Mais tu vas pas aller te farcir l’achat et la plantation d’une centaine d’arbres tout seul, hein.

Mais attention. J’ai trouvé un organisme à l’apparence super clean, avec un site internet super propre. Sauf qu’en regardant de près ses projets de reforestation et ses partenaires, hé bien il y en a un qui m’a pas du tout ravi, car je sais qu’il est impliqué dans un projet pas du tout écologique.

un euro une pièce de 1 euro un arbre compenser son empreinte carbone planter un arbre

En plus, ils sont hors de prix. Compenser mon petit road-trip de 15 jours me reviendrait à presque 300 balles les 94 arbres. Et je suis pas Crésus, faut pas pousser…

Alors ma préférence va pour le moment à une association qui oeuvre sur une opération 1 euro donné = 1 arbre planté. Je dois étudier ça plus longuement, histoire de pas te raconter de bêtises. Je reviendrai amender ce billet avec le nom de l’opération en question quand je me serai décidé.

Mais sur le principe, ça me botte bien, comme état d’esprit. D’autant qu’une fois mon trip d’égoïste occidental nanti compensé, les arbres resteront, joueront leur rôle dans l’écosystème. Le tout en compensant d’autres trips de nantis, qu’ils soient occidentaux ou bridés ou autres.

A retenir :

Le nombre de kilos de C02 aborbés par un arbre au long de sa vie est sujet à interprétation et débats. Il suffit de se dire que tous les arbres ne font pas pas la même masse / ne vivent pas le même nombre d’années pour le constater. Idem pour l’usage qui sera fait de l’arbre une fois abattu (lis cet article passionnant). En croisant plusieurs sources (lis aussi cet article) j’en viens à me dire que le chiffre de 5 kilos compensés par arbre et par an est très crédible. C’est à dire dans la fourchette basse, qui permet d’envisager avoir réellement un impact positif. Compenser son voyage en une fois (94 arbres en un an comme sur l’exemple ci-dessus) permet de se dire que les 29 ou 40 ans restant de leurs vies, ils stockeront le C02 de beaucoup d’autres trips. Enfin, pour planter des arbres, et surtout planter des arbres qui vivront longtemps, il faut privilégier les organismes qui travaillent sur les forêts non exploitées et sur des forêts destinées à revivifier un eco-système (et non sur du bois de coupe, voire destiné au chauffage !).

Planter des arbres… est-ce que ça suffira ?

Je sais pas.

J’espère.

Il faut espérer.

Non ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *