A la rubrique « expériences de voyage tabous », je voudrais : manger de la baleine. Quatre ans après mon voyage en Islande, il est temps de passer au confessionnal et soulager ma conscience. D’autant que je me suis pas contenté de manger de la baleine : j’ai aussi picoré deux autres espèces chou comme tout.

Hem.

[S’éclaircit la gorge]

[Se triture l’oreille, comme à chaque fois qu’il est gêné]

Est-ce que ça excuserait un peu l’inexcusable, si je te racontais comment j’en suis arrivé là ?

C’était en août, j’avais déjà pris mes congés, j’étais de retour au bureau et j’attendais plus grand chose de l’été, sinon profiter encore un peu du bronzage de ma nana, péniblement amassé alors qu’elle est blanche comme un cul 10 mois dans l’année.

Et puis le téléphone a sonné. C’était l’un de mes meilleurs potes, m’annonçant qu’il allait se marier en Islande, deux semaines plus tard.

Je pouvais pas le voir au téléphone, mais je sais qu’il se gratte pas l’oreille dans ces situations là. Je lui aurais pourtant volontiers envoyé une beigne à l’arrière du crâne, comme le font les gamins dans la cour du collège. Surtout qu’il a fallu que ce soit moi qui lui pose la question : « je peux venir ?« .

Comme s’il avait pu dire non.

J’avais un petit pécule, alors je me suis acheté une tente, et

j’ai pris un billet Marseille-Reykyavik.

On a loué un AirBnB tous ensemble, les témoins, les fiancés et moi, on est allés marier les deux zozos au bureau de l’immigration islandais, on a découpé un gâteau et bu du champagne sur un parking et sous un ciel miteux, le lendemain on partait pour le Landmannalaugar – probablement le plus bel endroit de la terre.

Ce fut le mariage le plus cool que j’ai fait, quand bien même les mariés ont divorcé 3 mois après. C’est une histoire croustillante que je raconte à la veillée, en bourrant ma pipe, avec délice et forts effets de manches aux jeunes perdreaux de l’année – mais pas sur ce blog.

Macareux manger macareux islande puffin baleine
Photo CC Peter Daniel, FlickR

Le soir du mariage, on est allés au restau.

C’était un restau un peu chicos, Laekjarbrekka. Le genre de taverne manucurée idéale pour fêter ce qu’on était venus fêter, ou encore, comme on le dirait maintenant : super instagrammable.

A l’époque j’étais pas encore bloggueur de voyage professionnel patenté, et j’ai peu pris de photos du restaurant. Désolé, j’ai fait avec les archives d’internet.

Il y avait du macareux à la carte.

Alors j’en ai pris. C’est bon, mais ça a rien de renversant – au goût, je veux dire.

(Normalement, en m’attaquant à un animal aussi choupinet, je perds déjà 20% de mes abonnés Facebook, là.)

Il y avait du requin fermenté.

Alors j’en ai pris aussi. Trois dés dans un minuscule bocal, servis avec du schnaps, mais j’en ai pas voulu pour me concentrer sur le goût de la chair. J’ai pas été déçu : le requin fermenté, ça gouleye *un peu fort* en bouche, comme quand tu t’es pas lavé les dents de la journée en ayant enchainé clopes sur clopes sur cafés noirs, avec un bon fromage corse au milieu.

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Photo CC Audrey sur FlickR.

(Ici, je perds encore 10% d’entre vous sur Facebook. C’est moins doudou qu’un macareux, le requin. Ouf.)

Et puis il y avait de la baleine. Quel être est assez vil pour manger de la baleine,

de la baleine de Mink, une espèce aussi intelligente qu’inoffensive et menacée ?

Sinon un c******* de touriste en goguette ?

Pour ma défense, j’ai pas été le seul à en prendre, et j’ai protesté.

Enfin, mollement.

Exotisme étranger + situation extra-ordinaire + effet de groupe = le combo déresponsabilisant et perdant des décisions stupides en voyage.

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Photo CC travelwayoflife sur FlickR.

Si encore j’avais pris un orgasme papillaire de dingue. Or :

la baleine cuite a l’aspect et goût du rôti que fait ta mémé le dimanche. Elle m’a été servie trop généreusement arrosée de sauce au poivre.

Crois-moi quand je te dis qu’il y a pas de quoi bousculer tatie dans le train de bananes.

J’ai mauvaise conscience, et comme en plus j’ai raconté à ma nana – végétarienne – en rentrant que j’avais craqué pour manger de la baleine, j’ai pu faire une croix sur son bronzage pendant le reste de l’été.

Je vais te passer le couplet sur les espèces en danger et la crise environnementale qui s’annonce (j’en ai déjà parlé ici, par exemple).

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Photo CC Don Debold, FlickR.

La morale de l’histoire,

c’est qu’on part en voyage pour se faire plaisir, pour profiter de petits extras et se sortir du quotidien, bien sûr. Mais en 2018 ça doit pas se faire au détriment des bonnes manières et d’une conscience environnementale accrue.

Aller à l’hôtel et mettre le oaï jusqu’à 2h du mat parce qu’on est à Barcelone, une ville réputée pour faire la fête ?

Laisser la poubelle du pique nique et ses mégots sur la plage de Corse parce qu’on s’en fout, c’est pas chez nous ?

Traiter le petit personnel comme des chiens parce qu’on a que 3 semaines en all inclusive, payé à la sueur de son front, et qu’on a droit à ces vacances ?

Manger de la baleine parce qu’on est à un mariage, qu’on a qu’une vie et qu’on veut se faire des expériences à raconter à ses petits enfants ? Et puis oh, allez, c’est juste une fois ?

Même combat, même travers de touriste égo-maniaque qui oublie qu’on est un peu 7 milliards à tous nous sentir exceptionnels.

Alors, aujourd’hui, je préfère nager avec des requins et batifoler avec les animaux sauvages plutôt que les manger, je mets un point d’honneur à me renseigner sur leur bien être avant de monter à dos d’éléphant.

Je tente d’expier mes péchés en prenant mon blog pour t’implorer de pas prendre les rôtis de la mer pour du caviar.

Tu peux te réabonner à mon Facebook s’teuplaît ?

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