Des maillots aux tricots

La veille, on nageait avec les requins sous un grand soleil dans les environs de Durban, avant de grimper à 2900 mètres au Col Sani. Et donc, ce 15 août, on est en sous-pulls et blousons d’hiver. Malgré ça, ça caille sa mémé, au Lesotho. Les provençaux et petites natures que nous sommes perdent pas de temps à bousculer leurs plans. Exit, les 5 heures de route prévues pour aller passer deux nuits au parc national Sehlabathebe, pourtant réputé superbe. On enlèvera un jour pour n’en passer que 3 seulement au Lesotho, en espérant vite fuir le froid.

Direction Semonkong et sa chute d’eau, autre temps fort largement publicisé du Lesotho. Maps nous conseille la route du centre, l’A3, vers Roma via Thaba-Tseka. Bêtes et disciplinés, on y go.

C’est l’histoire d’un mec qui fonce dans la neige et la boue au Lesotho et qui se répète sans cesse pour se rassurer : « jusque-là tout va bien… »

On décolle vers les 9h du mat du Sani Mountain Lodge. Et là, deux choses.

D’un côté, le petit ciel frisquet se mue peu à peu en nuages lourds de pluie qui étranglent tout rayon de soleil un peu téméraire.

De l’autre, on fait connaissance avec les bergers du Lesotho et leurs poignées d’animaux qui se battent en duel. On reste bouche bée devant ces silhouettes sur le bord de la route qui affrontent la pluie et la neige avec pour toute arme une simple couverture.

Ces visions, et celles des villages de cases en pierre désertiques, pour la majorité dépourvus d’électricité, nous propulsent dans une autre dimension.

bergers et animaux au Lesotho
En mode YOLO, sous la pluie en couverture. Les bergers du Lesotho sont des guedins.

Tellement que je réalise à peine que l’asphalte a laissé la place à la terre et que mes essuies glaces balaient de la neige fondue. Mais je gère.

Je suis brusquement rappelé à l’ordre par mes roues qui patinent et le 4×4 qui chasse vers le bas côté. Tranquille.

Je rétrograde en 2e, on met une heure pour faire 30 bornes, mais ça va.

Maps nous indique encore sept heures de route. Cool. On est à 3000 mètres d’altitude, la route pique droit vers les cimes enneigées, la pluie et la neige commencent à labourer des rigoles sur la route de boue…

météo pourrie sur la route de Thaba Tseka
Le moment où je  jette l’éponge et fais demi-tour, quelque part entre Rafolatsane et Mohlanapeng sur la route de Thaba Tseka. Près de deux heures de route pour rien…

Courageux, mais pas téméraire

… et on finit par croiser une voiture en sens inverse. Le conducteur ralentit à ma hauteur, baisse sa vitre et me lance : « C’est un 4×4 ? Écoute, mec, c’est la merde par là-bas. Je crois pas que ça le fasse. Pour aller à Semonkong ? Je serais toi, je ferais demi-tour pour prendre la route du nord, elle est goudronnée et en distance, c’est pareil ».

Je… je crois que c’est le signe que j’attendais pour lâcher l’affaire. Demi tour et direction l’A1 vers le nord.

Au Lesotho, comme en montagne en général, le temps peut changer très vite. Il faut te laisser une marge de manœuvre et t’attendre à devoir changer tes plans. En hiver, on conseille de pas réserver les logements en avance, histoire d’éviter de perdre des arrhes ou la totalité de ton pognon en cas d’annulation forcée par la météo…

Leribe, nous voilà
Arrivée à Leribe, qui avec ses 25 000 habitants, fait figure de grosse ville au Lesotho.

Les conditions restent folklo jusqu’à Afriski, la seule et unique station d’Afrique du Sud. On se fait semer dans un centimètre de neige par le local devant nous pour le retrouver un quart d’heure plus tard échoué sur le bas-côté, l’avant embourbé dans le fossé.

Et puis peu à peu la route se met à piquer vers le bas. Et là, c’est un tout autre chapitre qui s’ouvre. Les nuages détalent sans demander leur reste, le paysage est graduellement plus sec, plus accidenté.

On cherche à faire une pause pipi à la première ville digne de ce nom, Leribe, 25 000 habitants. C’est sans compter sur l’absence de bar traditionnel. On fait deux fois la rue principale à pieds, on en prend plein les yeux, mais on trouve pas de pipi-stop. Bon.

Leribe shop magasin
Un magasin fourre-tout à Leribe. Tu vois les deux couvertures rouges et bleues là ? Je suis tombé raide dingue de ces couvertures. On en reparlera dans un prochain billet.

Yvette, ohowooho Yvette

Sur le coup des 18h, alors que le jour vit ses dernières lueurs, Yvette nous fait le deuxième traquenard de la journée – Yvette, c’est le nom qu’avec la miss on a donné à la voix féminine de Google maps. Et donc, Yvette nous envoie sans crier gare dans un chemin de boue, lequel se révèle… très très boueux. Boueux à te flinguer une voiture lambda et te la laisser sur le carreau en attendant de te faire tirer par un treuil.

Mais j’ai pas une voiture lambda, j’ai super Ford Ranger, j’ai eu le temps de me faire la main, et après les péripéties du matin, je commence à masteriser. Surtout, la fatigue agit comme un baume anesthésiant sur une foultitude de sentiments contradictoires qui font s’échouer des jurons sur mes lèvres. Je jongle entre accélérateur, embrayage et coups de volant millimétrés, je me fraie un chemin mètre par mètre, dérapage par dérapage. Un local me passe à pieds en secouant la tête d’un air réprobateur. Je gère, mon pote, j’ai fait le Col Sani hier et j’ai survécu à la neige ce matin, ok ?

On finit par se poser presque par hasard au Mmelesi lodge de Thaba Bosiu, petite ville à un jet de pierre de Maseru. C’est calme, la chambre dans une case proprette avec tit dèj est à 700 rands. Il y a une baignoire – UNE BAIGNOIRE PUTAIN – et un wifi tremblotant comme la flamme d’une bougie à la fin d’une nuit blanche. Surtout, il y a un petit bar où on va se taper deux bières avec les locaux devant un soap opéra. Bièèèère.

Le chemin parcouru dans la journée donne à peu près la carte ci-dessous. Un énorme détour, un malentendu, qui allait pourtant nous offrir un superbe souvenir dès le lendemain…

Photos Roadtrippeur et sa miss (elle a pris la photo de une peu Après le col sani, ET PEUt EN ÊTRE FIÈRE).

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