La nuit dernière, j’ai rêvé que je retournais au Landmannalaugar.

J’en rêve encore souvent. Rien que la route qui mène à cet oasis isolé en pleine chaîne volcanique est spectaculaire. On roule un long moment à travers un paysage de rocaille pelée et noire comme la suie, tout à fait mon idée de l’Enfer après le jugement dernier, une fois que les dernières âmes damnées auront été brûlées, que les minions de Lucifer auront liquidé les derniers dossiers à la broyeuse, et éteint le feu en partant.

Une fois sur place… pfiouuu. Si tu as un peu voyagé, tu sais que « le plus bel endroit de la terre » ça existe pas (sauf si tu es Corse). Mais au Landmannalaugar, la nature a placé la barre méga-haut. L’activité géothermique et la lumière qui zig-zague entre les nuages y créent des explosions de couleurs extraordinaires, tandis que les formes convoquent des paysages tout droits sortis de Mars.

« Le Créateur n’a pas été avare de sa palette quand il a fait le Landmannalaugar », pérore un panneau à l’entrée (grosse claque quand soudain le concept de laïcité te saute au visage. Depuis le Xe siècle, le christianisme est religion d’État en Islande).

On peut s’approcher d’une large fumerole qui sort lentement de terre. Ça sent l’œuf pourri, le souffre. A de nombreux endroits de l’eau bouillante remonte par petits jets qui s’écoulent lentement sur la roche, et celle-ci en retour semble déteindre de toutes les couleurs.

A un moment donné, le deuxième jour, j’étais en haut d’une colline, le Sudurnamur. Je regardais la vallée traversée de cours d’eau paisibles et entourée de ces monts pelés et accidentés, l’émotion s’est mise à monter. Je me suis dit que si je devais représenter la quiétude de la Terre il y a quelques centaines de milliers d’années, un quart d’heure entre l’extinction des dinosaures et l’apparition des premiers hommes, c’est ici que je viendrais. Et l’espace de quelques secondes, j’ai tranquillement laissé mes yeux s’embuer.

Un jour je retournerai au Landmannalaugar.

Du Blahnukur sur le Laughraun
Une vue du Blahnukur sur le Laugahraun (coulée de lave). Je parle de cette randonnée dans le paragraphe suivant. On aperçoit le camping, au centre.

Que faire au Landmannalaugar ?

Le Landmannalaugar, « les bains chauds des gens du pays » est le point de départ d’un trek très prisé qui se fait sur plusieurs jours jusqu’à Thorsmork (ou point d’arrivée, si tu as l’esprit de contradiction). C’est sûrement ce qui va m’y faire retourner, d’ailleurs, avant que ma carcasse soit trop rouillée. Sinon, je vois 3 scénarios en fonction des horaires de bus, sachant que j’évalue mon niveau de sportitude à l’époque (2014) à « baskets Quechua » et que j’ai quand même kiffé comme un malade :

Scénario A : deux journées avec départ de Reykyavik à 7 ou 8h le premier jour et retour le lendemain à minuit. Une fois la tente plantée, le temps d’une grosse demi-journée, on peut tenter une boucle qui mène 1 au sommet du Blahnukur (colline vert grise selon la lumière), 2 redescend vers une vallée jaune/ocre qu’on croirait tirée de Mars et 3 passe dans le Laugahraun (la coulée de lave). Le lendemain, un tour dans l’autre direction, avec 4 départ par le Sudurnamshorn, 5 passage sur la crête du Sudurnamur et retour via 6 Vondugil. Ces deux randonnées vous en feront voir de toutes les couleurs, avec des fumerolles, marres d’eau bouillonnantes…

Scénario B : la même chose en comptant 3 nuits, avec retour à Reykyavik le matin du troisième jour, sans pression.

Scénario C, en cas de timing serré, on pourra tenter de faire l’aller-retour Reykyavik/Landmannalaugar une journée et se faire le premier parcours au départ du Blahnukur.

Deux cricuits de randonnées au départ de Landmannalaugar
Expertise Photoshop : + 1000. Pour te donner une idée de deux circuits de randonnées possibles et très accessibles en deux jours. A affiner avec un vraie carte disponible sur place.

Note : les sentiers sont balisés et des cartes plus précises (payantes) sont dispos à la cabine des gardes. Nota bene : regarde bien les horaires des bus avant de planifier le Landmannalaugar sur ton trip en Islande.

Bain chaud ?

Ouaip. J’ai pu enlever « me baigner dans une piscine d’eau chaude naturelle » de ma bucket-list grâce au Lanmannalaugar, et je peux écrire sans gêne aucune : le Blue Lagoon, c’est surcoté. C’est gratuit et mondu, bien sûr, ne t’attends pas à pouvoir y faire des galipettes avec ta moitié comme si le reste du monde n’existe pas (c’est que mon blog est TRÈS lu, vois-tu.)

En fin de journée, après une journée de rando, c’est le top. Les douches sont à 100 mètres.

Fumerolles au Landmannalaugar
Houlalla, c’est beau !

Quand y aller ?

En dehors de la saison estivale, personne de sain d’esprit n’acceptera de t’emmener au Landmannalaugar. Bon, j’exagère : tu trouveras bien des hélicos pour t’y emmener une journée – si tu es ce genre de jouisseur – ou des super-Jeeps pour faire l’aller-retour en trois jours, si tu as 1000 euros à claquer là-dedans. Tu verrais peut-être des aurores boréales, il y aurait certes beaucoup moins de monde, mais tu te priverais de toutes les couleurs et toutes les formes qui rendent le lieu extra-ordinaire.

Et tu te pèlerais le jonc, comme on dit chez moi.

Explosion de couleurs sur le Laugahraun
Est-ce que tu arrives à compter toutes les couleurs sur cette vue, toujours prise du Blahnukur ? Moi pas…

Comment y aller ?

En voiture de location (4×4 obligatoire : deux-trois passages à gué) ou en bus au départ de la gare BSI de Reykyavik avec Reykyavik Excursions. Le bus met 4 heures avec 8 arrêts : 7 brefs pour la montée et descente + 1 une pause-pipi. A bord, du WIFI gratuit et un commentaire de voyage sur disque enregistré qui t’explique, en anglais, comment dans le coin on est tellement YOLO qu’on laisse les moutons gambader des mois dans les collines avant de battre le rappel en hélicoptère. Compte 16000 ISK ou 117 euros l’aller-retour pour deux personnes.

Comment se préparer et y dormir ?

Le Landmannalaugar, ça se mérite.

Il y a un lodge ou hut, chalet de 75 places, qui se réserve des mois à l’avance. Le camping propose douches (payantes, à pièces), sanitaires, tables de pique nique abritées du vent et évier où laver ta popote, tout ce qu’il y a de plus convenable. Une extension est en cours.

Mais ça reste du camping dans un parc naturel vierge de tout Starbucks ou Monop’. Il faut prévoir sa bouffe et le matériel ad-hoc (réchaud…). Lors de mon passage il n’y avait pas d’électricité, pas d’ « éclairage public » non plus. En revanche je captais très bien le roaming Orange. J’attire ton attention sur le fait que la dernière semaine d’août, la journée, les températures pointaient à une petite dizaine de degrés max, tandis que les nuits… bon ben les nuits, ne fait pas comme moi et emmène un duvet d’hiver 0°, sinon je donne pas cher de ta peau.

Un camion magasin au Landmannalaugar
Le premier camion à gauche est le Mountain Mall, superette du camping au Landmannalaugar. Le deuxième est une salle à manger en accès libre. A l’arrière-plan : la cabane des gardes.

Si tu es vraiment en carafe, une cantine dans un camion vend des produits de base (tentes, couvertures, boîtes de conserve, soupes lyophilisées…) moyennant des prix mordants, tu t’en doutes. On y trouve aussi du café et du thé (un acheté, une refill gratuite). Le paiement du camping se fait à l’avance à la cabane des gardes.

Hé ! Tu serais bien inspiré de lire ça avant de partir.

Photos et vidéo RoadTrippeur, avec un Galaxy NOTE 2 + parfois un léger coup de ravivage des couleurs avec le logiciel Photofiltre.

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