Il y a deux manières de voir les choses. D’un côté un monde d’assistés où on trouve des livres et des applications sur absolument tous les sujets, où les avis et les étoiles font office de religion. De l’autre une ére où l’accès à la connaissance a explosé, au rythme moyen de 3 ou 4 mégabits par seconde. La Bible du grand voyageur, chez Lonely Planet, se situe dans cet entre deux. 

Complet ? Exhaustif ? Plus que ça : excessif. Mais aussi diablement passionné…

Dans « La Bible du grand voyageur », il y a « Bible »

Ahurissant. C’est la première impression qui vient en feuilletant La Bible du grand voyageur, qui en est à son 4e tirage chez Lonely Planet. La somme d’informations réunies dans un format somme toute contenu (un A5 de 368 pages) force l’admiration.

C’est l’œuvre de 3 baroudeurs aussi experts que monomaniaques.

Une addition à la fois déconcertante et précieuse d’expériences, de conseils réunis dans un même tome. D’ailleurs, une fois ce billet terminé, je vais fermer ce blog, puisque je pourrai jamais arriver à la cheville de cet ouvrage.

Si elle ne gonfle jamais les pectoraux (ou les biceps) ont sent que La Bible du grand voyageur (note le mot « bible ») a pour objectif officieux de devenir la killerapp du manuel de voyage, celle qui tuera tous les autres.

Livres de voyage Bible du grand voyageur
Je te présente le début de ma collection de bouquins de voyage. Intéressant, hein ? Non. Mais il y a La Bible du Grand voyageur, dedans, et ça, c’est intéressant.

En tout état de cause, le perfectionnisme affiché par les auteurs est tout bonnement insensé, dès la table des matières, divisée en 5 grands thèmes. Préparer le grand départ, se déplacer, se nourrir, se loger, sécurité et santé. Chacun d’eux explore au gré d’une foultitude de chapitres et d’une multripotée de sous-parties toutes les dimensions du voyage, ou presque.

De la plus pratique à la plus fumeuse.

Tout, tout, tout tu sauras tout sur le zi… heu, le voyage

Attention, prends une grande inspiration.

Que mettre dans le sac de voyage parfait ? Quelles différences entre un tarp et une tente ? Comment, où faire de l’auto-stop, du bateau stop (!), de l’avion stop (!!) ? Quel est le poids idéal d’une trousse de secours, d’une paire de chaussettes ou d’une fiole de vinaigre pour préparer sa salade de riz ? Comment se faire héberger chez l’habitant et quelles règles observer pour que ça se passe bien ? Comment entretenir la dynamique de groupe dans les voyages à plusieurs, quand la tension sexuelle créée des jalousies ? A quels symptômes reconnaît-on le mal du pays ou le choc culturel ?

Comment filmer son voyage comme Spielberg, et avec quel matériel ? Quels sont les diamètres de roues de vélo à choisir selon qu’on voyage sur route goudronnée ou sur piste ? (je te jure. J’invente rien) Les astuces pour voyager avec des gamins ? Comment monter un dossier de sponsoring pour se faire financer son voyage ? Dans quelles branches trouver du travail à l’étranger ?

Quelles marques de pisse-debout choisir quand on voyage au féminin ? Que faire en cas de morsure de serpent ?

p-mate pee mate faire pip debout i en voyage
C’est pas une blague. Ça existe même depuis un bout de temps, miss Roadtrippeur a testé. Et pour lever toutes tes interrogations : c’est une sorte d’entonnoir en carton.

Quelle est la température ressentie à 30 km/h en vélo ? Comment faire un nœud de pécheur pour mettre la main aux manœuvres en bateau-stop, et comment faire un réchaud avec une canette de Coca, schémas à l’appui ?

Autant de sujets évoqués dans le bouquin, et plus encore.

Avec plein de renvois vers des ouvrages et des sites internet spécialisés pour en savoir… encore davantage.

La maquette du livre favorise la lecture en picorage, bienvenue pour éviter de finir étouffé sous les notions. Et de ne jamais partir, écrasé par toutes les possibilités ouvertes par le tome. #waltermitty

Dans Bible du grand voyageur, il y a aussi « grand voyageur »

Tu l’auras compris, pas de guide culturel par pays, pas de bonnes adresses quatre étoiles. Mais un manuel généraliste et pointu, ascendant « école de la vie » et « routards ».

Backpackers Lassen Volcanic National Parc
« Backpackers », CC LassenNPS, FlickR

Ses 3 auteurs, Annick-Marie Bouchard (taulière de Globestoppeuse.com, que j’ai interviewée ici) Guillaume Charroin et Nans Thomassey (créateurs de la série Nus et Culottés) cumulent des centaines de milliers de kilomètres de voyages aux 4 coins du globe, par tous les moyens de locomotion, dans toutes les conditions possibles et imaginables.

Plus backpackers (routards) que glampeurs, le trio apporte une touche résolument alter à l’ouvrage. Une grosse part de La Bible du grand voyageur s’attarde sur les modes de déplacement doux, la réduction de l’empreinte carbone, le système D… et l’humain.

J’ai été ravi de retrouver des chapitres complets sur le voyage en famille, au féminin, ou encore une section de jeux pour nouer des liens malgré la barrière de la langue. Huit pages, une cinquantaine de jeux !

Quand trop, c’est trop

Il faut un peu pinailler pour trouver des défauts à cette Bible du grand voyageur.

En voulant se placer sur le maximum de sujets, le bouquin démystifie des pans entiers du voyage, quand je suis farouchement persuadé que certaines choses doivent être laissées à l’imaginaire, à l’apprentissage sur le tas. Tu l’as peut-être déjà lu ici, j’omets volontairement dans mes récits certaines photos de lieux clés, pour épargner ton cerveau déjà saturé de représentations.

Aussi je m’émeus quelque peu de trouver dans La Bible du grand voyageur la déconstruction de l’auto-stop ou du camping dans les villes, pour ne citer que ces sujets. Deux pratiques qui me semblent relever du rite du passage ou de l’Aventure avec un grand A, de celle qui ne se trouve pas dans les livres (comme ma virée foireuse à Dubrovnik).

D’autres l’ont noté bien avant moi. « On a eu des lettres d’insultes de la part de grands voyageurs qui auraient souhaité que les pratiques de l’auto-stop ou du glanage restent confidentielles. Il y a cette idée que les savoirs devaient être chèrement acquis, » m’a expliqué Anick-Marie, la co-auteure, dans le cadre du portrait que je lui ai consacré. En gros, au yeux du trio, la normalisation serait gage d’accessibilité et de sécurité.

Enfin, je reste toujours dubitatif sur certains conseils un peu préchi-précha,

de ceux qui virent au développement personnel, au précis de psychologie pour tous. De ceux qui encapsulent le monde dans une boule à neige, où les personnages de It’s a small world danseraient la Macarena sous le ciel étoilé, à la veillée. Il y en a sur une poignée de pages.

Journées mondiales de la jeunesse
« Journées mondiales de la jeunesse » CC GRDirector, FlickR

Je vois décemment pas quel groupe de jeunes normalement constitué pourrait adopter l’usage d’un « bâton de parole » – hormis un groupe de scouts en déplacement aux Journées Mondiales de la Jeunesse.

Attention, j’ai pas dit que les scouts étaient pas normaux (j’y ai été deux ans).

Oh, et où est le chapitre sur le voyage moto ?

Au final, à qui s’adresse La Bible du grand voyageur ?

Absolument pas à ceux qui voyagent en hôtel et maisons d’hôte avec voiture de location. En revanche, si j’étais apprenti routard ou papa d’un ado qui me tanne pour partir avec ses potes pour la première fois road-trip ou en camping, j’hésiterais pas une seconde.

La Bible du grand voyageur, ed Lonely Planet, 4e édition, 16 euros. L’éditeur s’est pas impliqué dans cet article, je me suis acheté le bouquin tout seul, comme un grand.

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