Voyager à moto. Certains propriétaires de BMW ou de Honda Goldwing me contrediront, mais on a fait mieux que le deux roues motorisé, comme moyen de locomotion au long cours et loin de chez soi. Il y a la météo, les galères mécaniques, parfois la santé ou la sécurité qui jouent.

Qu’est-ce qui fait voyager les motards à 500 ou 5000 km de chez eux ? Et si on leur donnait la parole, tiens ?

Photo de une : CC Mariano Mantel, FlickR

#déprimesaisonnière

Le premier à qui je pose la question, c’est Clément. Clément, qui du haut de ses 27 ans, est tranquillement en train de boucler un voyage à moto de dingue en Amérique du Sud.

Son joli récit de coup de blues en voyage est grandement à l’origine de cet article, d’ailleurs. Je suis du Sud, c’est l’hiver, il fait gris et froid, j’ai plus une thune et prends guère mon anti-dépresseur préféré, ces temps-ci. En pleine dépression saisonnière, j’ai juste envie de me tirer une balle.

Sans (encore) de road-trip prévu cette année, je suis que jalousie et amertume envers ceux qui partent, préparent leurs roadtrips moto. Ou, pire, sont actuellement à l’autre bout du monde en deux roues.

Et je me demande bien pourquoi j’irai remettre le couvert pour un autre voyage à moto à Babel-Oued-Les-Oies, au risque de vivre des galères moui bien mais pas top sur le moment. (Pas que sur le moment, d’ailleurs.)

Tweet par La Bécanerie.

« Je me suis retrouvé couvert de bouses de vaches »

Et donc, Clément. Après 5 pays à moto (dont l’Inde), Clément a avalé ces derniers mois 20 000 bornes à moto en Guyane, au Brésil et en Argentine. A l’heure où j’écris ces lignes, il est en Patagonie et se dirige vers Ushuaïa.

Et il a absolument pas l’intention de rentrer de si tôt.

« La liberté à moto n’est pas offerte. Il faut aller la chercher. Et parfois cela peut mener à des situations complexes, désagréables voire dangereuses, » me dit-il. Il s’est déjà retrouvé couvert de bouses de vaches (en suivant un camion à bétail en Australie), a chuté en plein Buenos Aires à l’heure de pointe, s’est paumé dans « un champ d’éoliennes au Brésil interdit au public, sous 40°C alors qu’il ne me restait que 25km d’autonomie d’essence sur des pistes de sable interminables ».

Mais ce qu’il retient, c’est cette journée chat noir de chez chat noir. De celles où les astres farceurs s’alignent pour se foutre ouvertement de ta pomme.

en panne en voyage à moto Take A Way
En galère… photo DR Take A Way.

« J’ai remarqué dès le matin un trou béant dans l’une de mes sacoches cavalières. Dix minutes plus tard, j’ai crevé au milieu d’un petit village dans une rue ensablée. Après réparation et changement de chambre à air, je n’avais plus de frein arrière malgré une réactivation des pistons sur les plaquettes… et impossible de comprendre le pourquoi du comment. Une fois le problème réglé, je me suis retrouvé en fin de journée embourbé dans plus de 50 cm de sable mou… »

« Je prépare tellement mes voyages à moto que je n’ai jamais eu de grosse galère »

A l’autre extrémité du spectre, Isabelle. Je te dirai bien qu’Isabelle est un petit-bout-de-femme-qui-assure, mais c’est sexiste. On dit rarement « un petit bout d’homme ». Alors je soulignerai juste qu’Isabelle m’impose le respect depuis que j’ai découvert ses aventures. A 58 ans, elle a arrêté de compter les pays où elle s’est rendue – souvent seule – à moto. « Je pense arriver au moins à une bonne trentaine, en Europe, Amérique du Nord, Amérique Latine et Asie (et je ne parle pas de ceux juste traversés !) »

En cherchant bien, Isabelle se souvient de « ce petit désagrément » avec une couronne de transmission de chaîne usée au Sri Lanka. La pièce de rechange en question a suivi un trajet aussi rocambolesque qu’improbable pour parvenir jusqu’à elle en temps et en heure.

Mais Isa me dit que la difficulté du voyage en moto, c’est « en amont que ça se passe, avec de longs mois de préparation pour trouver à louer une moto à ma taille ! Je prépare soigneusement mes voyages longtemps à l’avance. J’ai peu de congés par an, donc je veux qu’ils se passent le mieux possible. Je ne suis pas du genre, comme certains motards, à aimer être dans la galère. Jusqu’à présent, je touche du bois, je n’ai pas vraiment eu de galères lors de mes nombreux voyages. »

Motarde Isabelle Zouzoute Météores Grèce
A peu de choses près, j’aurais pu faire la même photo qu’Isabelle, aux Météores, Grèce. DR La Zouzoute en voyages.

Des motards qui aiment la galère ? (ou pas)

Tu lis ton canard local ? Tu sais ce qu’est un micro-trottoir ? Non ? Bon. Tu regardes des fois le JT de 20 h ? Prends n’importe quel reportage un peu polémique, style les prises d’otages les grèves, ou le passage aux 80 km/h sur routes secondaires. On interroge les passants, 5 secondes de chaque. Il faut faire vite en télé. Surtout quand il est 10h, que tu dois rendre ton prêt à diffuser pour le journal du soir, et que ton rédac chef doit aussi caler un sujet sur 3 cm de neige à Paris. (Avec duplex en direct devant l’Elysée, où on attend les chasse-neiges.)

On prend donc un pour, et un contre (souvent sans aucun autre argument que « moi j’aime pas ») et il y a parfois Robert, qui, dixit le commentaire du journaliste, « prend les choses avec philosophie ».

Dans mon cas, Robert, c’est Vincent Le Motarologue, qui assène un gentil uppercut à ma thèse de départ, malgré son impréparation chronique (mais assumée) et des voyages à moto dans les Balkans, en Écosse, en Inde.

« Je n’ai aucun mauvais souvenir en voyage. C’est un putain de privilège de pouvoir se payer un roadtrip, il serait absolument mal venu pour qui que ce soit de se plaindre d’une situation de voyage. Je qualifierai de sombre connard le premier mec qui osera se plaindre, s’il ne parle pas d’un accident ou une situation dramatique. »

Voyage à moto > Voyage en Twingo

Okay. Jusque là personne m’a parlé de froid, de pluie, de vent ou d’os perclus à la fin d’une journée de moto. Je commence à me dire qu’il serait temps que j’aille parler à ma toubib de ma dépression saisonnière. Ou que je m’offre une Twingo.

[Miss Roadtrippeur, qui a la moto en horreur : « oh oui ! quatre roues ! »]

En même temps, j’aurais pu élargir mon appel à témoignages sur le voyage à moto. J’aurais sûrement fini par recueillir la parole de ce motard qui s’est fait dépouiller de sa monnaie et chourer son deux roues à Keszthely (Hongrie) en 2003. Oui, celui-là. Ah, c’était toi ?

Mais j’en connais aucun qui s’effraie de deux gouttes de pluie.

« Dans le voyage à moto, la soif de l’aventure et de l’imprévu est bien plus forte que tout ce qui peut nous arriver »

Et au fond, je sais pertinemment qu’on peut avoir froid, avoir chaud lors d’un voyage à moto, avoir peur de partir même, mais on part. Et on repart. A chaque fois.

Isabelle, encore : « ce qui me fait repartir, c’est qu’à chaque fois que je suis sur la Route, j’ai un sourire énorme dans mon casque. C’est LE truc qui me fait vibrer, ce ruban de bitume, de préférence inconnu (sauf pour l’Irlande, où je retourne encore et toujours), qui se déroule devant moi, avec son lot de paysages et de rencontres ».

Vincent : « Je repars parce que j’aime ça, tout simplement ».

J’ai envie de laisser le mot de la fin à Clément, qui revient sur sa journée spéciale chat noir. « On pourrait croire que c’était une journée à oublier mais bien au contraire, j’ai vécu tous ces moments avec un grand sourire. Et ces galères m’ont permis de rencontrer des locaux extraordinaires. C’est dans ces moments difficiles que la solidarité humaine est à son paroxysme, que l’on peut se dépasser et par conséquence évoluer.

C’est ce que nous, les voyageurs, cherchons également lors de nos aventures. Des rencontres fortes de sens et des challenges à accomplir. Voila ce qui nous fait continuer à avancer encore et toujours. La soif de l’aventure et de l’imprévu est bien plus forte que tout ce qu’il peut nous arriver ».

Le blog de Clément, Take a Way

Celui d’Isabelle, La Zouzoute en voyages

Et celui de Vincent, Le Motarologue.

Merci à eux de m’épargner de longues séances de thérapie, ou pire, d’avoir à m’offrir une Twingo.

Sur le même thème, tu peux lire aussi 4 conseils pour réussir son premier road trip moto et 4 choses que j’ai apprises sur mon troisième grand road trip.

3 Comments

  1. La pluie, la neige, le froid….on a connu moi et ma femme, lors de notre voyages motos à travers les Alpes en juin 2008…. Mais cela reste nos meilleures vacances ! À se réchauffer avec la lampe à gaz le soir dans la guitoune, c est pour cela aussi qu on aime ça ! Que de beaux souvenirs

    1. Pas encore subi de gros coups de météo en road trip moto, mais j’aimerais éviter 😀 La neige en juin dans les Alpes, j’aurais pas cru ! Galère sur le moment, mais effectivement, c’est souvent ce qu’il nous reste après !

      1. et bien nous ne l’avions pas imaginé non plus ! on a de belles photos de nos motos sous la neige du coup ! 🙂 mais ce que nous n’avions pas prévu c’est le froid la nuit en montagne, même en juin ! on s’est bien pelé dans la toile de tente ! et donc pour la prochaine fois, je penserai à prendre des gants d’hiver…. mais que de supers souvenirs !!!!

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