Petite virée d’une journée d’avril dans (alerte cliché) la cité des papes. Au menu : le Palais, le Pont d’Avignon, et deux restaus, pas un de plus, pas un de moins.

Un samedi matin de début avril, quelque part entre 11 heures et mon deuxième café du jour. Lequel café s’éloigne à mesure que je traîne devant l’écran de mon pc, aspiré par les flux d’infotainment qui m’empêcheront définitivement de faire quoi que ce soit de ma vie, comme les 2/3 des types de ma génération. Quand soudain, à la faveur d’un regard subreptice vers cette ouverture de 70 pouces sur l’extérieur qu’on appelle fenêtre, cette révélation : il fait beau.

J’ai donc le choix entre continuer à me gratter les coucougnettes en attendant des likes sur des articles de blogs pas encore écrits, et croquer la vie à pleines dents avant que ma beauté mes lombaires se fanent et m’obligent à remiser ma moto pour un break Renault Bon Jovi, avec bobonne et deux chiens.

– Miss, termine ta partie de Candy Crush fissa et mets ton casque, je t’emmène en balade à Avignon.

– Mais t’avais dit que tu prenais un break Bon Jovi !

Réglons la question d’office : tout sudiste normalement constitué et lettré dira à Avignon. En Avignon est le genre de snobisme à deux balles par lequel on renifle le parisien mal renseigné ou le journaliste paresseux à 3 kilomètres.

Rue des Teinturiers, l’alanguie

Avignon, capitale du Vaucluse, 91 000 habitants, une histoire théâtrale et papale qui se confondent parfois.

Je gare Brienne à l’angle des rues Guillaume Puy et des Teinturiers, OKLM. La rue des Teinturiers, avec ses quatre moulins à aubes encore en état de marche (témoins du temps où les tanneurs, mouliniers, indienneurs et oui, teinturiers avaient investi la rue, bordée par la Sorgue) c’est le genre d’artère qui fait les beaux jours d’émissions comme La Plus belle ville de notre France d’antan, pouet-pouet Cochonou. Un peu pavée, un peu bordée d’arbres qui vont bien, parsemée de galeries d’arts et de restaus aux noms so bourgeois-bohème comme Zinzolin et La Cave des Pas Sages. Présentement – il est pas encore 15 h quand on arrive – tout le monde fait la sieste, mais le chemin du retour, le soir, confirmera que l’endroit grouille de trenta et quadras en quête du verre de rosé ultime.

On remonte tranquillement vers le Palais des Papes en passant par les petites rues plutôt bien épargnées de la crise qui décime les centre-villes, entre Auchan et Amazon. L’hyper-centre avignonnais a le bon goût de se faire quasi entièrement piéton. Et ça fait un bien fou. On arrive à la place du Palais pas pressés ni oppressés, au son des babillages des touristes espagnols et asiatiques qui inaugurent la saison.

Café In et off, au pied du Palais, parce qu’on vit qu’une fois et après on meurt

And now for something complètement différent. Alors qu’en temps normal je mets un point d’honneur à éviter de faire le touriste / mec / pékin de base, à acheter n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où (bref, que je suis parfaitement ordinaire) v’la t’il pas que je me laisse aller à m’attabler au restau au pied du Palais des Papes, le Café In et Off (In et Off… Festival d’Avignon… tu l’as ?).

Café In et Off : deux tartines de saumon gravlax taille moyenne accompagnées de petites salades, deux verres de rosé, deux cafés gourmands aux petits oignons : 54,80 euros. On paie certes un peu la vue, ou du moins – oh, wait – les parasols qui te cachent la vue en te protégeant du soleil, mais j’ai strictement rien à reprocher à ce que j’ai eu dans mes assiettes, ni au service. Très bonne surprise. Pro tip : prends une table vers l’extérieur si tu veux rentabiliser l’endroit et admirer le palais…

Palais des papes cour du cloître avignon
Du haut de cette tour, des siècles d’histoire n —- Ah non pas ça, fais un effort, merde ! Okay. Donc *tousse* voilà la cour du cloître, inside le Palais des Papes

Oh mon palaaaihaiaaaihaihaaaais, c’est le plus beau des palais*

*Cet intertitre pue la feignantise. J’assume. C’était ça ou ma première idée : « Le palais des papes, c’est chouette ». Je mets toujours « XXXXX, c’est chouette », en attendant de trouver des titres ou des inter.

Au Palais des Papes, tu vas essentiellement voir des vieilles pierres terriblement vintage. Des vieilles pierres dans la cour d’honneur, qui abrite aujourd’hui le In du Festoche. Des vieilles pierres dans les salles d’apparat et autres dressings de ces présipautés papales. Des vieilles pierres dans la cuisine, dans la salle du butin trésor, etc etc. De « Palais », l’endroit à gardé la magnitude sans les ors – rapatriés depuis belle lurette au Vatican, j’imagine. Dépouillé de tout artifice donc, l’endroit invite ton imaginaire à se déployer à la fraîcheur du minéral millénaire.

crâne arbalète arbalette palais papes avignon
Et ça, les loulous, c’est ce qui vous attend si vous roulez à moto sans casque.

Tu croiseras tout de même en chemin quelques curiosités, comme la déco de la chambre officieuse du pape, celle où il venait se pieuter avec un bon livre de poche quand il en avait marre d’être entouré de son aréopage. Ou bien ce crâne de type fracassé par le carreau d’une arbalète. Mention spéciale à ce registre mural des ouvriers ayant participé à la construction des lieux – où tu comprends qu’au XIIIe siècle, la moitié des mecs s’appelaient Jean (Johannes) ou Stéphane (Stéfanus).

Je retiens aussi l’histoire de la reine Jeanne, comtesse de Provence, accusée à Naples d’avoir tué son mari et réfugiée en Provence. Sans un rond, elle demande audience au Pape Clément VI (on est en 1346-47), qui lui propose de lui acheter Avignon pour 80 000 balles (florins).
– Tope là, gros !

La visite se fait en 1h30 facile, (1h pour les plus speeds) et termine par l’inévitable boutique pleine de trucs made in China pour gogos.

boutique souvenirs palais des papes avignon
Qu’est-ce qu’une p**** de princesse simili Disney vient foutre dans un Palais des Papes ? – Elle a fait buter son mari et elle a des villes à vendre. – Oh, ok.

 L’entrée au Palais des Papes + un audioguide + entrée au Pont d’Avignon (à 10 minutes de marche) avec audio guide gratuit = 15,50 e par adulte. Le combo est vivement conseillé, car le pont coûte à lui seul 5 euros en tarif plein. Après, t’es pas obligé de grimper dessus. C’est qu’un pont. On est d’accord.

sur le pont d'Avignon bridge benezet
Un pont avec des gens dessus < un pont avec des gens et des smartphones dessus.

Sur le pont d’Avignon…

Deux jours après, j’ai encore cette foutue chanson dans la tête.

Bon, ici, on oscille entre le foutage de gueule et le « sympa ». Le foutage de gueule, c’est, après quelques minutes de marche dans une rue pleine d’échoppes de lavande à la sortie du palais, le choc qui attend le profane aux abords du pont. Ce moment où tu t’aperçois que le monument est en pleine rocade où tout un tas de choses en metal sur 4 roues font vroum vroum, style porte d’Italie. Pas très très glam.

Le sympa c’est tout le reste, dont l’audio-guide qui fait un bon job pour meubler ta visite et te raconter les origines de la fameuse comptine. J’aime bien les différentes versions, surtout la berbère, tandis que l’inévitable légende catho magique qui va avec la construction du pont m’a laissé de marbre. C’est l’histoire du berger Bénezet, venu de son Larzac natal sur ordre de Dieu Himself pour construire un pont. Il y avait 30 000 choix possibles : lui filer un remède contre la peste, inventer le frisbee… mais non, Dieu demande un pont. Bref, Bénezet se fait moquer, et pour prouver ses dires, déplace un rocher de 36 tonnes d’un coup d’épaule bien placé. * Baille. * Question créativité, on repassera.

Pas de quoi entamer ma bonne humeur ni le bon moment même si le truc est plus à faire avec des gosses, ou défoncé j’imagine. Il y a pas de temps de visite conseillé, mais je serais toi, j’éviterai de le faire en pleine saison.

Le restau de la fin

Sur ces entrefaites, saperlipopette, il est oh la la dis-donc à nouveau l’heure de manger. Miss avait repéré le Fou de Fafa, juste pour le nom, mais quand elle réalise que je compte prendre l’agneau à la carte, la végétarienne ascendant vegane L.214 en elle s’insurge et menace de m’excommunier. On se rabat sur Le Caveau du Théâtre, juste en face, et… ça faisait longtemps que j’avais pas aussi bien mangé, avec un crescendo de l’apéro au dessert : une poire Belle Hélène revisitée qui m’a fait bander des papilles. A vrai dire, le temps que la miss se rende compte de l’entourloupe et que j’avais commandé un porcelet, celui-ci la chair fondante comme la joue d’un nouveau-né au feu de bois avait déjà sombré corps et âme au fond de mon bidou miaulant de plaisir.

[Brandissant son téléphone portable, où elle fait défiler les photos de bébés cochons tous plus mignons les uns que les autres :]

– Regarde-les, les pauvres ! Comment tu oses faire ça !

[Les yeux mi-clos de plaisir, les mains posées sur son ventre bien repu, les dents serrées sur un cure-dent et un léger sourire en coin :]

– Trop tard, madame, trop tard.

Le Caveau du théâtre, 16 rue des 3 faucons, addition de 78,80 euros avec 2 apéros, 2 entrées – plats – desserts, 2 verres de vin et 2 cafés. Topitop !

Bonus :

danse Pont d'Avignon
Ouais, j’ai vraiment dansé sur le Pont d’Avignon, en bottes et cuir de moto, même.

2 Comments

    1. Bonjour Tina,
      Merci de ton intérêt pour ce modeste blog, et surtout, merci de (r)établir cette vérité historique. La légende du pont d’Avignon et de ses teufs vient effectivement du fait qu’on organisait tout simplement des guinguettes le long du Rhône. Tout ceci est fort bien expliqué lors de la visite. En espérant te recroiser ici !

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