J’ai mes clés de moto en permanence dans la poche.

J’habite en centre-ville, proche de toutes commodités (Netto, kébab, camion à pizza qui sert aussi des bières artisanales bio), 364 pas séparent mon appart de mon taf, mais ça fait rien, il me faut mes clés de moto avec moi.

Elles sont fermement passées sur le montant de mon porte clés Breaking Bad – une poupée Walter White en combi jaune de chimiste, qui sera bientôt Walter Black de crasse si j’essaie pas de le passer en machine – accompagnées de la télécommande de l’alarme et de mon porte bouchons d’oreilles en alu.

Au pote de boulot qui s’en étonnait – me voyant les poser sur mon bureau en arrivant – j’ai esquivé la question.

Je voulais pas lui avouer que les clés de moto étaient mon talisman contre le quotidien.

Celui qui malgré toute la tendresse que tu as pour lui, te donne parfois envie de te taper la tête contre les murs à l’idée d’une énième sonnerie de réveil, d’une énième facture d’électricité chez ce fournisseur alternatif très écolo et très très cher à payer chaque mois, d’un énième paquet de Friskies Lapin-poulet-légumes à acheter parce que ton chat fait la gueule chaque fois que tu essaies de lui proposer autre chose.

Il me faut mes clés de moto.

Partir un jour, sans retour

J’aime l’idée de pouvoir tout envoyer balader à n’importe quel moment, d’attacher un sac avec trois calbuts, une veste, une brosse à dents et un sac de couchage à l’arrière de la selle, d’enfourcher mon destrier et m’en aller d’un coup de gaz dans le soleil couchant, sans un regard en arrière. Je roulerais toute la nuit, je m’arrêterais au bord de la mer regarder le soleil se lever avec une formule café croissant jus d’orange, et puis je roulerais encore, jusqu’à avoir le cul aussi dur que la pierre, jusqu’à me saouler de mes propres pensées. Je roulerais jusqu’à perdre mon GPS, ma carte d’identité et mes névroses en route. Je roulerais jusqu’à trouver cet Eden qui a échappé aux spots de pub pour les lessives et aux politiciens qui nous montent les un contre les autres. J’y resterai un petit moment, je partirai juste avant de m’attacher, et puis je roulerai encore, jusqu’à devenir tout juste né, familier aux autres et étranger à moi-même.

Je roulerai jusqu’à ce que ma moto tombe en morceaux, jusqu’à avoir tout vécu et avoir jamais été, jusqu’à n’être plus que le brin d’herbe qui s’ébroue après l’orage passé.

[Miss Roadtrippeur, qui bosse dans la pièce d’à côté :]

– Oublie-pas de ramener le pain en rentrant !

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