Après un premier portrait de motard-cinéaste, ça faisait un petit moment que j’avais envie d’interviewer un digital nomad, l’un de ces voyageurs-mercenaires du clavier, purs produits d’AirBnB et du Wifi. Je rencontre Germain Richard dans une petite maison tout de bois vermoulue à Sarajevo, alors que la pluie tambourine sur les fenêtres. Après un premier road trip éclair l’année précédente, j’ai essayé de lever le pied cette fois-ci. J’ai du mal. Seuls la météo et le charme centenaire de la maison d’Armin, notre hôte, arrivent in extremis à me dissuader de reprendre la moto tout de suite. Germain, lui, envisage pas de passer quelque part sans s’y arrêter au moins un mois.

Pendant une heure, ce grand gaillard (1,90m pour une centaine de kilos) de 38 ans me raconte ses 6 ans de lente bourlingue aux États-Unis, au Mexique, au Portugal, au Brésil, jusqu’aux Balkans, où il vit depuis 3 mois à l’heure où j’écris ces lignes. Voyageur solitaire à l’humanisme discret mais bien chevillé au corps, Germain vit à la fois au jour le jour et au long cours. Instagram ? Connait pas. La bucket list à cocher pour dire sur Facebook qu’on est bien vivant ? Très peu pour lui. Germain, c’est l’éloge de la flânerie et de la curiosité lente, comme en témoigne son joli blog.

Face à ça, et devant la retranscription de l’interview fleuve, (7 pages Word) je me suis longtemps interrogé sur l’opportunité de couper. Tant pis si tu décroches en cours de route : tu sais que je suis pas là pour faire comme les autres – et c’est pour ça que tu m’aimes. Sers-toi un café – à l’ottomane – prends ton temps, et peut-être qu’à la fin, toi aussi tu choisiras d’aller moins vite, mais bien.

Germain Richard
Germain Richard, boyageur au long cours croisé à Sarajevo.

Germain, c’est quoi ton histoire ?

Germain Richard : j’ai fait une fac d’éco sans grande idée en tête. Après un Bac ES ça semblait être la suite logique. Je suis allé au bout, et je me suis rendu compte que c’était pas du tout ce que je voulais faire. J’ai toujours aimé écrire, j’avais envie de partager ça le plus possible. On écrit souvent pour les autres, pour partager un regard, une compréhension des choses. J’ai rencontré un mec qui avait une agence de presse et qui m’a lancé. J’étais salarié d’une boîte qui couvre essentiellement des réunions professionnelles, conférences, négociations syndicales pour plein de clients différents. Je vivais à Paris, dans le 13e arrondissement, j’avais une vie bien installée en coloc, avec mes potes, les bars où j’ai mes habitudes…

Et tu es parti.

Germain Richard : J’ai eu envie de quitter Paris, de changer d’air. J’avais fait un premier voyage à New York d’une semaine, qui m’avait pas mal impressionné. J’avais trouvé la ville passionnante, jusqu’à me dire « tiens, j’aimerais bien vivre là ». En 2012 j’ai organisé les choses et j’y suis allé, avec l’idée de recommencer autre chose ailleurs.

Pas difficile de tout plaquer ?

Germain Richard : j’ai peut-être pas assez vu les problèmes à l’époque. Mais j’ai fait les choses proprement, j’ai demandé un visa, rendu mon bail, laissé mes affaires chez plein d‘amis différents – certains doivent encore avoir des cartons de bouquins et avoir oublié que c’était à moi. Après j’ai jamais été très matérialiste, j’avais pas énormément d’affaires. Je suis parti pour New York en 2012, hébergé quelques semaines par une amie, le temps de trouver quelque chose.

Ton plan, c’était de pas avoir de plan ?

Germain Richard : voilà. Je savais pas si au niveau du visa j’allais pouvoir prolonger – les USA sont assez stricts là dessus… je savais que j’avais un point de chute pour maximum 2 mois en me disant que j’allais bien trouver quelque chose, quelque part. Au final je suis resté pas loin d’un an… j’étais à Brooklyn, Bed-Stuy, Beford Stuyvesant. Un quartier que je reconnais plus maintenant, d’ailleurs. En 5 ans ça a changé de manière délirante. Historiquement c’est un ghetto noir de Brooklyn. A l’époque où j’y étais, il y avait encore 85 % d’afro-américains.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Germain Richard : le cycle de la gentrification de la ville qui se poursuit, tout le côté pervers du hipster animé de bonnes intentions, mais qui ne fait que créer un ilot de gens déconnecté de la vie du quartier. Williamsburg est devenu la Mecque des hipsters New-Yorkais, avec plein de bars, de tatoueurs… du coup, comme c’est hors de prix, les gens s’exilent plus loin : à Bushwick ou Bed-Stuy. On retape les vieilles maisons et les vieux cafés où tu pouvais passer 4 heures sans rien commander sont remplacés. J’allais au Tiny Cup, aujourd’hui ça s’appelle Civil Service café, un truc qui se la raconte centre social, avec plein de bonnes intentions, mais où les gens du quartier ne vont pas parce que c’est cher et que les gens sont pas comme eux… On le voit dans toutes les villes mais ça m’impressionne comment ça va vite, à New York.

New York
New York.

Tu t’adaptes facilement à la vie new-yorkaise, au déracinement ?

Germain Richard : ce qu’on pourrait craindre en se déracinant ailleurs, c’est se retrouver seul, sans repères. Paradoxalement, à New York c’est l’inverse qui se passe. La ville est très dynamique, on se laisse assez vite embringuer dans un rythme constant, on voit des gens, il y a toujours plein de choses à voir, concerts, expos, on se balade, on fait des photos, on voit pas le temps passer et d’un coup on se retourne, ça fait un an qu’on est là et on se dit : « je sais pas où ça va, je construis pas grand-chose ». Personnellement je pourrais y vivre 5 6 ans sans m’en rendre compte. Sauf que tu dépenses énormément d’argent parce que c’est une ville extrêmement chère, c’est compliqué pour se loger... Au bout d’un an, le constat c’est que j’aimais bien ma vie là-bas, mais j’étais convaincu de pouvoir trouver la même qualité de vie ailleurs sans avoir à courir derrière l’argent pour payer mon loyer, faire les courses.

Et là tu te dis qu’il était temps d’aller voir ailleurs ? Il y une opportunité ?

Germain Richard : j’étais dans une relation avec une mexicaine, et j’ai décidé d’aller avec elle au Mexique. Ça a été le principal déclencheur. Et j’y suis resté un moment… un peu moins de deux ans. Avec à chaque fois les allers retours nécessaires et voulus pour voir la famille au moins une ou deux fois par an et pour la question des visas.

Vous vous installez ensemble ?

Germain Richard : non, c’était une relation très compliquée, on était ensemble mais j’avais ma propre piaule dans une coloc. J’ai beaucoup aimé Mexico. C’est une ville que j’affectionne énormément, et qui pour le coup est très surprenante. J’avais la vision typique d’une ville dangereuse, bordélique, une espèce de monstre de béton et de bagnole – que c’est d’ailleurs. Je pense que si on y va pour une semaine on revient avec une impression assez détestable. Déjà on passe sa vie dans les transportes en commun… ah, ça, c’est poétique, mais c’est bien chiant. C’est immense, les artères principales sont des doubles avenues de 3 voies, voire 4… 4 colonnes de bagnoles de chaque côté, tu mets une demi heure au feu pour la traverser… les distances sont infernales. La grande avenue fait 42 kilomètres, je crois. Ils en sont fiers, ils disent que c’est la première ou deuxième plus grande avenue du continent américain. De Paris à Mantes la Jolie…

Mexico capitale Mexique circulation
Mexico.

En arrivant sur place j’ai découvert complétement autre chose. Je m’attendais pas à ce que ce soit beau. Une ville très verte, beaucoup de parcs, des fleurs, des arbres partout, des bananiers en centre ville – c’est un pays tropical ! Et l’atmosphère est incroyable, avec des gens assez géniaux, même si je m’attendais pas à une telle densité. Mexico a un côté déshumanisant, il y a énormément de monde partout, tu te sens comme une petite fourmi. La première fois que je suis arrivé au centre historique de la ville j’étais avec ma copine et je lui ai dit : « mais il se passe quoi, là, il y a une manif, c’est jour férié ? » Elle m’a dit : « mais non, c’est samedi ». Ah. C’est des densités auxquelles j’étais pas habitué.

Même pas à New York ?

Germain Richard : il y a des gens, à New York, mais pas autant, pas cette espèce de flot permanent, cette foule. NY c’est aussi beaucoup plus cosmopolite que Mexico. Mexico, il y a une immigration sud américaine, beaucoup d’argentins, un petit quartier chinois pas monumental, quelques haïtiens depuis les tremblements de terre, mais globalement très peu de population noire… c’est que des Mexicains. Ça donne une espèce de densité beaucoup plus impressionnante. Alors qu’à NY, tu croises des gens de toutes les couleurs, tous les types qui parlent toutes les langues, Mexico t’as plus l’impression d’être noyé dans une foule. Et du coup au départ tu peux être un peu perdu.

Tu comprends après que dans cette immensité là, le processus de survie des gens c’est de recréer très localement, dans des petits quartiers, des relations très chaleureuses et très proches. Les gens discutent, mangent ensemble – il y a une culture de manger dans la rue qui est très présente, il y a des petits stands partout, tu vois des mecs en costards qui mangent avec des ouvriers du bâtiment. Très localemernt, dans cette immense marmite où tu comprends d’abord rien, tu comprends qu’il faut chercher ces petits noyaux d’humanité très agréables à vivre. Du coup tu deviens très proche des gens, et moi je me sentais bien.

Qu’est-ce qui t’en fait partir ?

Germain Richard : pas mal de choses, la fin d’une relation, envie de revoir un peu des gens en France, et puis je pense que j’étais arrivé à un point où il fallait prendre une décision. Ça faisait un moment que j’étais là bas, et j’en étais arrivé à un point où c’était soit : « je m’installe là, mais je le fais sérieusement, je demande un permis de travail, je cherche un boulot, plus stable, un appartement à moi… » soit c’était le moment de bouger. C’était le moment ! Et finalement je suis rentré en France, et j’ai décidé de partir ailleurs. Après je suis retourné à NY pour six mois, j’avais envie de revoir des potes. Ça c’est très bien passé mais j’en ai vraiment conclu que j’en avais fait le tour. Je me suis reposé les mêmes questions : est-ce que j’ai envie de me réinstaller là pour dix ans ? Après je me suis installé à Lisbonne, j’y suis resté quelque temps. J’ai du faire 9 mois.

Lisbonne.
Lisbonne.

J’adore cette ville aussi, c’est un de mes endroits préférés au monde. C’est très différent de NY ou Mexico, c’est beaucoup plus petit, c’est une autre logique. Une ville moins axée sur la voiture, même si le trafic peut-être compliqué… J’aime beaucoup le style de vie là bas et les gens de Lisbonne. Ils sont à la fois très simples et très compliqués. Beaucoup de gens de milieux modestes avec une nourriture assez simple, que j’aime bien – patates, poisson, pâtisseries avec des œufs et du sucre, il y a une accessibilité assez évidente et en même temps ce sont des gens complexes. Très mélancoliques, parfois d’aspect un peu grognons, fermés. Pas forcément démonstratifs. Une fois qu’on a compris comment ils fonctionnent, on découvre  qu’ils sont profondément gentils, adorables, ils partagent beaucoup.

Et après Lisbonne ?

Germain Richard : je pars au Brésil. J’ai de très bons amis là bas qui me tannent depuis des années pour que je viennent les voir. Ils ont pas été déçus puisque j’y suis resté 4 mois. Et c’est un pays qui m’attirait depuis très longtemps. C’était bien de découvrir ce pays là avec des gens qui connaissent bien. J’étais à Florianopolis, au sud. Le Brésil…. Très très chouette et très étrange. Sublimement beau. Mais pas forcément un pays où j’ai eu envie de rester longtemps. C’est un pays que j’ai trouvé extrêmement violent, beaucoup plus que le Mexique. Je parle pas des balles qui sifflent dans la rue, mais des inégalités. Au Mexique, la situation économique est pas très glamour pour les défavorisés, à NY il y a des écarts très importants entre les riches et les pauvres, mais au Brésil… j’avais jamais ressenti ça comme ça.

Une violence de classe très marquée, avec des gens stupidement riches et d’autres qui vivent dans la misère, avec des défaillances organisées qui créent des gens illettrés. Tu sens que c’est le produit d’une histoire politique, économique. J’y étais au moment du scandale avec le président Temer. Un moment politiquement tendu, des manifestations énormes parce que les gens n’en pouvaient plus. Une corruption pas forcément plus importante que d’en d’autres pays, mais je sentais bien à ce moment d’une société qui va pas très bien, tendue, un climat assez violent. Sous les dehors un peu carte postale, jolies plages où on boit du lait de coco – j’ai senti une structure sociale peu amène. C’est un pays dur.

florianopolis plage brésil germain Richard
Florianopolis.

Qu’est-ce qui t’en fait partir ?

Germain Richard : L’envie d’aller voir ailleurs. Florianopolis c’est une petite ile à 800 m de la côte, tu en fais vite le tour. C’est très agréable mais j’en voulais un peu plus, culturellement parlant.

Et après ?

Germain Richard : Ici. Croatie un mois et demie, et maintenant Sarajevo. J’ai pas décidé combien de temps j’allais rester.

Tu me parlais de la situation plutôt tendue en Bosnie…

Germain Richard : De prime abord, on sent pas de tension, car ici la vie est plutôt douce. Le reste des Balkans se paient leur tête pour ça, on dit que les Bosniens sont « polacko », ce qui veut dire « doucement, doucement ». On dit que les Bosniens font tout doucement. Faut pas les brusquer. Et en même temps ça reste très explosif. La situation héritée des accords de Dayton en 1995 satisfait personne parce que ce fédéralisme avec d’un côté une présidence bosnienne, un président musulman, qui revendique d’être leader d’un peuple musulman, qui a une vision assez proche d’Erdogan. Il se retrouve d’un autre côté avec un territoire où les Serbes de Bosnie ont une République qui fait tout pour être le plus indépendante possible, qui veut voter ses propres lois, ne souhaite qu’une chose c’est d’être rattachée à la Serbie. Contrairement aux accords de Dayton, ils veulent ni être gouvernés par des musulmans, ni par des Croates. Les Croates sont pas satisfaits non plus…

Personne demande le rattachement de Mostar à la Croatie, ce serait débile, mais il veulent soit disant défendre leur culture… qui est pratiquement la même que leurs voisins. Ils parlent la même langue, ils écoutent la même musique…. Chacun est un peu tiraillé.

Il y a cette histoire du pont qu’ils veulent construire pour contourner la bande Cotière de Neum au sud… un géographe va trouver ça très rigolo mais les gens qui habitent là, beaucoup moins. Et au final personne n’est content parce que la Bosnie a un accès à la mer étriqué, qui sert finalement pas à grand-chose en comparaison avec la Croatie qui a toute la côte et qui est la région la plus touristique du coin. Les Croates sont furieux parce que leur côte est coupée en deux, Dubrovnik et Split, c’est le bordel pour passer de l’une à l’autre par la route Bosniaque, avec les contrôles c’est très compliqué.

Les bosniaques considèrent la Croatie comme un Eldorado. Bon. En Croatie, à part le tourisme et quelques industries à l’arrière du pays, économiquement il n’y a pas grand-chose. Beaucoup de jeunes se barrent à Zagreb ou en Autriche, Allemagne, partout où ils peuvent. Et dans ce contexte, c’est très facile d’exacerber les tensions : « Ah si on a pas de boulot c’est parce que les Croates empêchent les produits de passer, ils veulent pas qu’on échange avec les voisins, c’est à cause du découpage territorial, donc c’est la faute des Serbes si y’a pas de boulot… on rejette toujours la faute sur les voisins, et les hommes politiques se privent pas pour exacerber ça.

Sarajevo
Sarajevo.

Tu as quoi dans tes bagages ?

Germain Richard : 23 kilos. Ce qui rentre dans la soute d’un avion. C’est ma contrainte pour trimballer ma maison ! Essentiellement des fringues. Et 5-6 bouquins que je renouvelle au fur et à mesure. J’en laisse dans les endroits où je passe, chez mes hôtes ou dans les centres culturels français… sinon j’ai pas vraiment d’objet fétiche qui me raccroche à la France. Allez, quelques papiers, une photo de ma grand-mère.

Comment ça se passe avec tes employeurs ?

Germain Richard : c’est variable. Les comptes rendus de réunions – on m’envoie un enregistrement et j’en fais une synthèse – me font une bonne base mais sont pas suffisants. J’ai quelques employeurs réguliers et je passe beaucoup par le bouche à oreille. Corrections de thèses, corrections de manuscrits… des petits choses. Tout ce que je peux faire. J’ai eu l’occasion de faire des petits boulots en photo pour faire des books de comédiens, des mariages, l’anniversaire d’une grand-mère au Mexique, sans en avoir nécessairement les compétences, d’ailleurs. Je travaille beaucoup moins à l’étranger qu’en France – ça fait partie du plan. Ça n’aurait pas de sens de vivre ailleurs pour être enfermé 12 heures par jour dans un bureau. Après, il y a des semaines où j’ai un gros contrat qui tombe donc c’est 5 jours de boulot non-stop, et puis il y a des semaines où j’ai rien du tout. En moyenne c’est au moins 3 jours par semaine à bosser.

C’est quoi les difficultés de ce mode de vie ? Il te manque rien ?

Germain Richard : difficile à dire. Si j’avais un environnement de travail avec des collègues, avec qui je m’entends bien, une solide relation professionnelle qui m’apporte sur le plan humain… j’ai pas vraiment connu ça donc ça me manque pas vraiment. Je vois pas ce qui pourrait me manquer.

T’es bien, en fait.

Germain Richard : fondamentalement, oui !

Germain Richard voyageur digital nomad
Les affaires de Germain tiennent dans le coin gauche de la photo. Trousse de toilette, ordinateur, fringues. Et c’est tout…

Tu arrives à profiter, aller au ciné, au restau ?

Germain Richard : j’ai pas mal de temps à moi. J’aime aller au ciné, écrire, prendre le temps à la terrasse d’un café, observer les gens, entendre, essayer de comprendre comment la ville fonctionne, comment sont utilisés les lieux, les espaces. Je suis un bon marcheur, et j’arrive aussi à profiter d’une ville sans trop dépenser.

T’es pas juste quelqu’un qui passe à un endroit.

Germain Richard : j’essaie de faire des séjours un peu plus longs pour percevoir plus que ce qu’on perçoit en passant ou en venant chercher quelque chose. J’ai pas vraiment d’idée préconçue en arrivant. Je m’installe et j’expérimente la vie sur place, et je réfléchis à la place que je peux trouver là dedans. J’ai besoin de temps pour appréhender les choses, pouvoir aussi m’isoler 3 jours quand je trouve un boulot, et ne pas subir l’endroit enfermé à bosser… un mois et demi sur place, c’est court pour moi. En Croatie, où je suis resté qu’un mois et demie, c’était très frustrant. Au bout d’un mois tu commences à peine à ressentir vraiment la ville, à comprendre comment les choses fonctionnent. Tu vois ce que je te disais sur Mexico, la première approche très déstabilisante, et après tu retrouve tes noyaux… il faut des mois sur place avant de pouvoir le percevoir. C’est ça que j’aime explorer aussi.

Tu as un budget mensuel ?

Germain Richard : mon budget s’adapte aux conditions de vie du pays. A partir du moment où j’ai payé mon logement pour le mois… ça va. J’ai pas des dépenses démesurées et ça s’adapte à la vie locale. Je suis plus dans l’idée de bosser pour avoir ce dont j’ai besoin plutôt que de me dire « avec ce que je gagne je peux faire ça. Je suis pas hyper dans l’optique de faire des économies et de mettre de l’argent de côté pour mes vieux jours.

Certains mots reviennent souvent dans ton discours, « attaches », « construire » et en même temps t’es plutôt un solitaire.

Germain Richard : les attaches, on les crée quand même, même si on bouge beaucoup. Partout où j’ai vécu, je me suis fait des amis qui ont vocation à le rester j’espère, et que je revois régulièrement. Certains je les recroise ailleurs, de passage à un endroit. Je suis pas très matérialiste, pas très attaché aux choses, par contre je suis très attaché aux gens. C’est aussi ce qui me passionne dans le fait de vivre un peu ailleurs : pouvoir avoir le temps de rencontrer des gens et créer ces liens.

Tu utilises les réseaux sociaux ?

Germain Richard : très peu. Je communique surtout par mail, par tel.

Pas de Facebook ?

Germain Richard : pas de Facebook. Sans aucun parti pris militant… Facebook c’est écrit dessus que c’est des vilains. Personne peu ignorer comment ça fonctionne. C’est juste que j’en ai pas besoin.

Au XXIe siècle, dans ta situation, on peut garder des attaches avec les gens sans tweeter, facebooker ?

Germain Richard : bien sûr. On écrit, on téléphone dès qu’on est pas loin…

T’as pas de smartphone non plus…

Germain Richard : j’ai un téléphone idiot qui ne sert qu’à téléphoner, avec des cartes SIM prépayées, qui me suffisent pour contacter les gens sur place.

Mais enfin, comment tu fais pour trouver ton chemin ?

Germain Richard : des fois je tourne un peu, et puis avec un peu de recherches avant, un bon vieux plan… je note les infos sur mon carnet, à l’ancienne. On y arrive toujours. Et puis ça permet un peu de se perdre, de découvrir autre chose. Et de rencontrer des gens ! On peut faire de chouettes rencontres comme ça. Ça permet aussi de se faire connaître dans un endroit. Tu demandes ton chemin à une épicerie pour trouver ta piaule, et le lendemain on y repasse pour acheter deux trois trucs, et on engage la conversation. Ca crée du contact.

Vu tous les continents que tu as faits, est-ce que tu arrives à tirer des renseignements sur les gens et les choses en général ?

Germain Richard : oui et non. Je me méfie toujours des généralités…. J’ai toujours rencontré des gens bien et des cons partout. Des gens généreux et des gens fermés. Il y a des cons et des racistes partout, comme des gens accueillants. J’essaie le moins possible de créer des stéréotypes qui finissent par être de mauvais guides. Certes, il y a des traits généraux que tu retrouves dans différents pays, mais ils ont toujours tellement de contre exemples que j’arrive pas à généraliser. J’ai pas le souvenir de m’être mis spécialement en danger.

Germain richard petit futé voyageur digital nomad
Dans son temps libre, Germain essaie aussi de bosser la langue des lieux où il passe.

Tu vas continuer encore longtemps ?

Germain Richard : pas forcément. J’arrive à un âge où j’ai envie de construire des choses. En bougeant tout le temps tu crées pas les conditions pour développer autre chose, une vie de famille, des relations un peu plus suivies avec les gens, des endroits. Pour l’instant je suis très heureux et pas du tout fatigué de bouger mais je me vois très clairement pas faire ça jusqu’à 70 balais.

Jamais de moment de blues, où tu t’es demandé ce que tu foutais là ?

Germain Richard : de l’ennui, parfois. Forcément. Tout le monde s’ennuie à un moment donné, je connais personne qui soit à bloc 24/24. Mais j’ai pas trouvé ça désagréable. Je me suis ennuyé partout où j’ai vécu. Il y a des moments sans boulot, sans rien au ciné, un bouquin qu’on a pas envie de lire, il pleut, alors on s’ennuie. Mais ça structure, aussi. On apprend, en s‘ennuyant dans une ville. On peut pas toujours être dans l’excitation permanente, manger et faire des trucs extraordinaires. Il y a des fois où c’est pas bon, où c’est trop cher pour ce que c’est, ou bien ça fait 4 fois qu’on en mange, on connaît… c’est dans ces cycles là qu’on arrive à creuser et découvrir autre chose. Un fois passé le tout nouveau, tout merveilleux, on s ‘ennuie un peu, et là il y a quelque chose qui rejaillit, on a un regard différent et on repart sur autre chose. Et quand on s‘ennuie vraiment, on bouge. Ça peut être un bon signal.

Photos Germain richard et Roadtrippeur

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