La vie rêvée de Walter Mitty (2013, réalisé par Ben Stiller) c’est l’histoire d’un gars qui craque sur une collègue de taf et ose pas faire le premier pas. Gentil comme tout, mais effacé et timide, il s’habille en gris, bosse dans une cave, dans un service d’archives photo bientôt obsolète.

Walter se réfugie dans une vie fantasmée assez riche, où il s’invente toutes sortes d’aventures et de réparties qui font mouche. Alors que l’ombre du licenciement économique plane sur sa morne silhouette, un qui pro quo force Walter à sortir de sa zone de confort…

Walter Mitty est le symbole de tous ceux qui rêvent de partir et le feront jamais.

Parce qu’il y a toujours un prétexte. Le boulot, le couple, les enfants, l’argent, un proche dépendant, les responsabilités, le risque.

L’excuse de Walter, c’est la mort de son père, qui l’a amené de McJobs en McJobs jusqu’à un boulot aussi minutieux que peu glamour. Comme beaucoup d’entre nous, il a fini par s’oublier en cours de route, un carnet de voyage jamais ouvert et un sac à dos tout neuf dans le grenier.

Que celui qui s’est jamais regardé dans le miroir en se demandant qui suis-je ? où vais-je ? dans quel état gère ? jette la première pierre à Walter Mitty.

Tu peux nommer son mal comme tu veux : crise de la quarantaine, peur de la vie, routine meurtrière ou simple timidité… Perso je connais personne qui soit 100 % emballé par un quotidien à base de supermarchés, de béton, de factures, croquettes pour chats et pots d’échappement.

La question centrale abordée par La vie rêvée de Walter Mitty est donc aussi niaise que fondamentale :

« Vivre ses rêves plutôt que rêver sa vie. » Plus qu’un objet cinématographique, La vie rêvée de Walter Mitty est un film symbole. L’étendard de milliers de maximes postées par wagons entiers sur les réseaux sociaux, légendes Instagram en particulier. La vie en deux leçons, la formule magique du bonheur en une image, dans un état d’esprit think positive qui a le don de prodigieusement m’énerver.

travailler moins voyager plus
Il y a deux traductions possibles à ce slogan : 1) « Voyage plus, travaille moins. Commence à vivre aujourd’hui ». 2) Joue au loto.

Quand Walter se carapate dans ses rêveries, l’esthétique chamarrée du film semble d’ailleurs directement taper dans les filtres du célèbre réseau de cartes postales numériques.

Quand bien même le cœur du film est difficilement attaquable – il est aussi question de modernisation à marche forcée, au détriment de l’humain, et du sens de nos tâches quotidiennes – c’est dans ses délires que le film est le moins bon.

Dans les mains d’un Michel Gondry ou d’un Terry Gilliam, je dis pas. Mais chez Ben Stiller, le grain de folie a quelque chose de trop sage, la poésie se fait plan-plan, pour ne pas dire programmatique.

Truffé de bonnes idées parfois seulement à moitié cuites (l’employé du réseau social qui converse avec Walter…) et d’effets spéciaux déjà datés, La vie rêvée de Walter Mitty n’est jamais aussi touchant que lorsqu’il se dépouille de (presque) tout artifice. Comme lors de cette très jolie scène en Islande : un homme, une femme, une guitare, sur fond de Space Oddity.

Un film avec Space Oddity dans sa B.O obtient toujours la moyenne, d’office.

Reste une très belle histoire, et un film les pieds fermement plantés dans son époque, très intéressant en ce qu’il nous invite à débattre sur…

Notre propre cynisme.

Il y a des films symboles et des films miroirs, dont la plus grande qualité est de dialoguer plus ou moins fortement avec le cœur de celui qui le voit.

Je t’ai déjà dit que j’avais peur de mettre les voiles ?

Autour de La vie rêvée de Walter Mitty

C’est, officiellement parlant, un remake d’un film de 1947. Le projet, conçu en 1994, est passé entre autres par les mains de Jim Carrey et Spielberg (mais tous les projets passent entre les mains de Spielberg, ça compte pas). Il est à 10 euros en DVD, sur une édition pauvre en bonus.

2 Comments

  1. J’ai adoré au premier visionnage, mais salaud (je peut le dire?) , tu me mets un gros doute en parlant du grain de folie » trop sage » de Ben Stiller, et de ce qu’aurait pu être le film si il avait été réalisé par Gondry ou Terry Gilliam ! Je me rassure quand même en y repensant: il y a quand même un lot de scènes assez dingues. Je pense entre autres à la séquence où il récupère son attaché case en pleine mer… ou à la rencontre avec son idole absolue sur les montagnes.
    Sur qu’avec cette musique bien choisie de Bowie, impossible de ne pas nous toucher, nous, les petits spectateurs anonymes 🙂 … magie du cinéma et du formatage culturel hehehe…

    1. Si je te mets le doute, c’est mon signe ! Et tu es là depuis suffisamment longtemps pour avoir le droit de me traiter de salaud.
      J’aime beaucoup la séquence avec le requin et l’attaché case. Il y a plein de petits moments qui marchent, comme ça, mais sur le tout… je sais pas. Intéressant que tu parles du formatage culturel. Hollywood résumé en deux mots !

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