A la rubrique « galère et coups de mous de voyage », après la crise de blues à Bled, Slovénie et ma nuit foirée à Dubrovnik, je voudrais : mon saut de puce au Monténégro. Ou comment totalement passer à côté des bouches de Kotor, de Bar, et d’un pays tout entier.

Je résume : c’est mon deuxième road-trip moto. Je suis passé par la Croatie, les cascades de Plitvice, puis par Jajce et Sarajevo en Bosnie. J’ai chuté en moto, je suis revenu en Croatie et j’ai bien été enquiquiné à Dubrovnik.

Et pendant tout ce temps là, il a fait une grisaille à te rendre dépressif n’importe quel Bisounours.

J’ai même été saucé à Sarajevo. Or, j’aime moyen les photos sans lumière – le résultat aux cascades de Plitvice est un tantinet décevant. Et je suis pas encore suffisamment sauvage pour aller camper sous la pluie.

J’abandonne donc en maugréant mes plans d’aller bourlinguer avec la tente au Monténégro profond. Tant pis pour le parc national du Durmitor et le Monastère d’Ostrog. Ce matin là, je fais le petit joueur et file vers le sud par la côte, Dubrovnik dans le rétro – l’un des deux qu’il me reste après ma chute. Direction :

baie de kotor SarahTz bouches Kotor Monéténgro
La baie de Kotor, Monténégro, par une photographe qui s’est donné du mal pour te vendre du rêve. CC SarahTz, FlickR

Les bouches de Kotor.

Les bouches de Kotor, tu te renseignes un peu, et tu vois que le truc est abondamment cité dans l’équipe de réserve des merveilles du monde. Un in-con-tournable de l’Europe, une vue superbe. Une visite qui embaumera ton moi intérieur longtemps après que l’encens de ton voyage se sera consumé.

Mais attends, attends je vais un peu vite.

Avant ça il y a la frontière Croatie / Monténégro.

Si tu as lu mon billet sur Dubrovnik, tu sais que je roule dans un champ de mine : j’ai pas mon papillon vert d’assurance.

Pas de panique : contrairement à leurs homologues bosniaques, les douaniers monténégrins essaient pas de te la faire à l’envers. Le pays est candidat à l’adhésion à l’UE, et a adopté l’euro.

Alors on te prend ton passeport le temps de te pointer vers un bureau où tu paies une assurance temporaire. Dans mon souvenir, je suis persuadé d’avoir réglé avec les derniers billets croates en ma possession. Mais le douanier a inscrit sur le récépissé « 10 euros ». Alors pars du principe qu’une assurance temporaire coûte 10 balles les 15 jours pour une moto.

assurance voiture moto temporaire montenegro monténégro douaneLes bouches de Kotor, donc.

Avec ce petit coup d’ironie comme le destin la météo les affectionne :

Aujourd’hui, il fait beau.

#VDM

Comme pour toutes les étapes de ce road-trip, je me suis tenu volontairement à l’écart de toute info, afin de conserver pour toi, fidèle lecteur, un regard assez frais. Je déboule aux environs de Kotor par l’ouest des bouches, sur l’E-65. Et je fais tous les villages jusqu’à Kotor. Kostanjica, Lipci, Strp, Risan…

Il fait beau, ipso un peu chaud, je marine doucement sous mes affaires de moto, à une moyenne de 50 à l’heure. Je tète du pot d’échappement en me traînant comme un escargot entre deux camions et une voiture.

Certes les villages sont bien mimi, mais minuscules. En avançant j’ai de moins en moins envie de m’arrêter à l’une de leurs églises romaines qui, à en croire les panneaux, font leur grande fierté.

Je profite à peine du paysage. De l’eau ceinturée de collines. Sympa mais pas de quoi se fendre d’un billet de blog et payer de la pub sur Facebook pour crier à la face du monde qu’on est passé par là. Après plus d’une heure de petit train autour des bouches, c’est donc passablement impatient que j’arrive à Kotor même.

Et là, que vois-je ?

La ville prise par des hordes de touristes.

Et un méga paquebot de croisière au milieu de la rade de Kotor.

bouches kotor croisières paquebot monténégro
Je me suis même pas arrêté prendre de photo. La photo est d’Herbert Franck, CC FlickR. Le bateau était plus à droite de l’image lors de mon passage, pas encore arrivé au port, il gâchait la vue au beau milieu du panorama.

Je passe instantanément en mode surchauffe.

Je déteste, je hais, je NE SUPPORTE PAS ces saletés flottantes. La croisière représente absolument tout ce qui va pas dans le tourisme actuel. Pollution, consumérisme, entre soi. Et pollution visuelle.

Je fais un violent rejet, et m’arrête même pas prendre un demi diabolo-menthe, je continue ma route vers Bar.

Je savais que j’avais fait une bêtise en visant la côte plutôt que l’intérieur du pays.

C’était signé.

Nom d’un chamois en skate.

Bar.

Bar, je l’ai lu dans le guide d’un camping careur français lors d’une pause sur la route, c’est décrit comme le rêve malade d’urbanistes russes sous intraveineuse de vodka.

Je plussoie.

cathedrale saint jean bar montenegroLa ville est impossible. Un minuscule Palavas les flots tronçonné d’hideuses artères buldozerisées. Une énorme cathédrale orthodoxe (Cathédrale Saint-Jean) tout droit sortie de Disneyland, flanquée à sa droite de la barre d’un gros hôtel et à sa gauche du rectangle d’un très gros gymnase. Et une vieille ville, Stari Bar, à juste… 5 kilomètres de là, il faut prendre une voie rapide pour y aller.

Je suis claqué, et je me sens complètement déphasé.

J’ai tellement peu d’infos, que j’effleure à peine Stari Bar. Je vais manger un bout au premier truc qui passe. D’habitude, je cite les restaus et bouis-bouis, là c’était tellement insignifiant que j’en ai évacué tout souvenir.

Après ça il me reste plus qu’à aller pioncer dans ma piaule d’un paisible quartier résidentiel truffé de maisons d’hôtes. Jusqu’au lendemain, où je prendrai la direction de l’Albanie.

Le Montenegro ? Ce sera pour une autre fois.

En attendant, je suis pas très très fier de moi, de ma mauvaise humeur. Et de mon impatience.

Je me soigne, tu sais. Je me soigne à chaque voyage.

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