En voyage il y a un paquet de moments insignifiants et encore plus de moments d’émerveillement. Et puis il arrive de temps en temps des moments qui te forcent à sortir tes tripes et te montrer sous ton vrai jour. Des moments de pure galère, quoi, où tu maudis tous les saints de la terre, passés et à venir, où tu vendrais tout contre une couette, un chocolat chaud et Netflix. J’en ai fait l’amère et cocasse expérience entre Dubrovnik et Trebinje, à la frontière Croato-bosniaque, un beau jour de mai 2018. Où comment mon petit cul blanc d’européen, ma moto et moi on s’est perdus à la frontière croato-bosniaque, entre un douanier corrompu, des chambres d’hôtes inexistantes – et la pluie qui tombait à torrents. Ici je 
  • Te raconte in extenso ma nuit pourrie entre la Croatie et la Bosnie
  • T’explique pourquoi je ferai plus appel à Booking.com
  • Mais te donne quand même quelques tuyaux pour profiter de Dubrovnik, dont deux restaus et un hôtel. Cherche les légendes des photos et les boîtes vertes en fin d’article.
Il était une fois, un petit cul blanc d’Européen privilégié qui pensait pouvoir se sortir d’à peu près n’importe quelle situation avec un sourire, qu’il avait au demeurant fort charmant. Ce petit cul blanc avait pas eu la meilleure enfance du monde, ni la pire – il tenait en tout cas beaucoup de choses pour acquises, comme les rayons des supermarchés remplis 24h/24, la lumière dans les rues la nuit, les smartphones à 700 balles, les t-shirts ironiques et la libre circulation des personnes et des biens. Il s’était d’ailleurs en partie reposé sur cette illusion pour partir dans les Balkans en ayant pas la moitié de ses papiers administratifs.
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Un gros après-midi suffit largement pour visiter Dubrovnik sans regrets (j’en ai fait le retour en deux/trois heures en voyant 4-5 lieux de tournage de Game of Thrones, et en visitant le fort Lovrijenac). Si possible hors saison. Car la ville est devenue ces dernières années, avec l’énorme succès de la série de HBO, une des destinations les plus prisées du tourisme de masse. On soulignera l’effort fait par la municipalité pour conserver son charme : pas de devantures de magasins criardes, pas d’étals de babioles en plastique dans les rues.

Vois-tu, ce petit cul blanc aime tellement sa moto qu’il a jamais voulu lui coller le papillon vert d’assurance,

même pas sur la fourche (trop moche) ; et ce petit cul blanc est tellement habitué à être blanc et libre et tranquille et bien nourri à la fin du mois qu’il a pas, non plus, son attestation d’assurance, probablement égarée dans un tiroir avec un paquet de vieux courriers pas ouverts. Il est assuré, bien sûr – il paie suffisamment la peau de son cul blanc chaque mois pour savoir qu’il est assuré – mais il a pas les papiers qui le prouvent. Les jours précédents, petit cul blanc a passé la Croatie (Union Européenne) et est entré en Bosnie – qui elle, n’est pas dans l’Europe – où il a passé 3 jours avec des hauts et des bas. Il y a bien eu quelques discussions à la frontière, bien sûr, mais les Croates et les Bosniaques l’ont laissé passer sans discutailler. Pour son dernier jour en Bosnie, petit cul blanc se méfie pas. Il quitte Sarajevo et se trouve une piaule à Trebinje, perdue à la campagne. La baraque est immense, il l’a pour lui tout seul, la chambre est ultra propre, et il a toppé ça pour la somme astrobolante de 14,58 euros la nuit. Qu’importe si la logeuse, Seka, parle pas un brin d’anglais et tout doit se baragouiner du français au bosniaque et vice versa dans Google Traduction.

Tout ça a un charme fou.

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Lovrijenac, ou Fort Saint-Laurent, est abondamment montré dans Game of Thrones. Entrée 50 kunas (7 euros). La visite est aussi incluse dans le ticket à 150 kunas pour les remparts, à condition que tu fasses les deux le même jour. Sinon, il y a aussi la Dubrovnik Card pour 1, 3 ou 7 jours. Rien que la 1 jour permet d’entrer dans 9 monuments pour 180 kunas.
Petit cul blanc est à seulement 30 km de Dubrovnik, Croatie, dont il a bien l’intention de profiter après avoir laissé l’intégralité de ses affaires chez Seka, en Bosnie. Il passe encore une fois la frontière sans soucis pour aller garer sa moto au pied des remparts de Dubro, chopper les dernières lueurs du jour, et déguster une pizza dans la vieille-ville.

Petit cul blanc tombe instantanément sous le charme de la cité portuaire,

et se promet de revenir prendre plein de photos le lendemain, après une douche et une bonne nuit de sommeil. Pour ça, il faut juste passer la frontière. Il est 22 h, les Croates font pas de manières, mais arrivé au poste Bosniaque (Granični prijelaz Ivanica), petit cul blanc comprend instantanément à la gueule du douanier que ça risque de plus se passer aussi facilement.

C’est comme ça : une hirondelle fait pas le printemps, mais un type peut tout à fait porter son engeance de fumier sur la gueule.

Le détail qui tue, c’est la clope a moitié consumée dans sa main, une carotte de cendre longue comme un petit doigt. Il a l’air flaplapla qu’on s’attend à voir sur un type coincé dans une guérite à contrôler les papiers toute la sainte journée. Soit. J’ai bien regardé la liste des métiers les plus glamours, et j’ai pas trouvé douanier. Sauf que là tu vois bien par dessus le flaplapla, l’aigreur de celui qui a pas vraiment digéré son karma. J’ai pas fait attention, mais j’aurais pas été surpris de voir affiché quelque part une vieille carte postale jaunie de coucher de soleil « Souvenir de Malibu », envoyée par sa sœur pendant sa lune de miel il y a 5 ans. Une soeur qu’il jalouserait plus ou moins secrètement, car elle bosserait dans un restau en Croatie – l’Eldorado des Bosniaques – et gagnerait deux fois et demie sa paie à lui.
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La vue sur Dubrovnik du haut du Lovrijenac, Fort Saint-Jean : on fait pas mieux. Tous les 10 mètres, tu croiseras des guides touristiques embarqués dans des tours Game of Thrones, où chacun y va de son anecdote sur la fois où il a pris un café avec Tyrion ou Jaimie Lannister. Avant de te décider s’il faut mettre la main à la poche, file à l’Office de Tourisme demander une carte spécial Game of Thrones (gratuite) qui recense tous les lieux de tournage.

Breeeeeef.

Je te la fais courte : malgré les palabres et les sourires de petit cul blanc, l’absence du papier vert pose un grooooos problème à M. Flaplapla. La discussion s’oriente vite sur la question de savoir si j’ai du money et si mon cul blanc et moi on peut subvenir à nos besoins en Bosnie. Je suis pas dupe – je sais clairement ce qu’il veut, même s’il utilise que des périphrases – mais je montre ma carte bleue. M. Flaplapla sourit et m’explique le plus tranquillement du monde que les étrangers doivent avoir 76 euros par jour pour rester en Bosnie. Je suis à la fois pas surpris que ça arrive, et complètement décomposé. L’enjeu c’est pas tant le papier vert qu’il me manque, que mon petit cul blanc d’européen privilégié, confortablement assis sur une moto qui coûte deux ans de salaire local (et qui m’a demandé six mois d’économie et deux ans de crédit, mais va dire ça à M. Flaplapla).

A ma place, tu fais quoi ?

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La très jolie église Saint-Ignace, à quelques mètres à côté du sommet de l’escalier qui sert de point de départ dans la fameuse scène de la « Walk of shame », marche de la honte de Cersei Lannister dans un épisode de Game of Thrones.
Je me pose quelques minutes pour réfléchir sur le parking attenant au poste de douane croate. Le bakchich, c’est contre ma religion. Et de toute manière, j’ai pas de liquide sur moi. Il commence à pleuvoir. L’une des douanières vient m’intimer l’ordre de partir. Vas-y, fous moi la pression, en plus. Comme si j’avais l’intention de camper là, meuf. La solution m’apparaît évidente : filer vers l’autre poste frontière le plus proche pour tenter de trouver une oreille plus conciliante. Quelques tap-taps sur mon smartphone plus tard, je trouve Granični prijelaz Orahov Do, à une quarantaine de bornes à l’ouest.

Je me garderai bien de mettre tout le monde dans le même sac, mais les témoignages sur la corruption aux douanes bosniaques sont trop nombreux pour pas en tirer deux trois recommandations. Assure-toi donc de partir avec tous tes papiers et un véhicule nickel, tous les feux en état de marche. Sache aussi qu’en journée les formalités aux douanes croates et bosniaques peuvent prendre plusieurs heures selon l’affluence.

Et donc, il pleut.

Google Maps m’envoie sur la route de campagne croate pleine de virages, il fait nuit et IL PLEUT. Sachant que mes talents de conduite de nuit plafonnent à 13 sur 20, et ceux par temps de pluie à 8/20, ça me fait un moral de 10,5 sur 20. Moins les points bonus perdus où, dans ma parano, je me dis que M. Flaplapla aura téléphoné à son pote de l’autre poste frontière pour me blacklister. Après une heure d’aqua-moto derrière un camion à 60 à l’heure que j’aurais pu doubler mais non-pas-sous-la-pluie-avec-mes-10,5-de-moyenne-générale, j’arrive au poste frontière en question, Granični prijelaz Oraho. A l’approche de la minuscule guérite, une lueur d’espoir me ravigote quand je vois le visage juvénile du planton de quart – il est près de 23 heures. Qui dit jeune dit peut-être encore un peu innocent. Pas encore lessivé ni perverti par des fins de mois trop justes et la frustration. J’ai ainsi peu de raisons de douter de lui quand il m’indique que le poste est réservé aux villageois des environs.

Bien bien bien.

Crois le ou pas, sur le coup, je reste stoïque. Mais intérieurement, petit cul blanc a envie de pleurer en pensant à tout son matériel, camping, fringues, etc dans la maison d’une inconnue qui parle pas anglais, DANS UN AUTRE PAYS. Petit cul blanc est fatigué, trempé, et a pourtant besoin d’une douche. A ce moment là, il y a plus 36 solutions. Soit je m’ouvre les veines, soit je trouve un arrêt de bus abrité pour passer la nuit en marinant dans mon blouson et ma flippe. Ou bien je fais demi-tour à Dubrovnik pour me trouver une piaule ET mariner dans ma flippe. Mon téléphone arrive au bout de sa vie. Chance : j’ai pensé à prendre une batterie externe dans mon petit sac à dos du jour. Quelques clics sur Booking.com et je réserve une chambre d’hôtes *pas trop* cher (45 euros) à Dubrovnik. Je regarde que la piaule accepte les arrivées tardives, je donne mon heure d’arrivée – il sera minuit passé – reçois les mails de confirmation et…

Je fais demi-tour vers Dubrovnik. Sur la même route tortueuse.

Tout en ruminant ma mauvaise fortune et la loi de Murphy et mon matos, mon matos, dans un autre pays où je suis présentement interdit d’entrée. J’arrive passablement rincé à Dubrovnik, je suis Google Maps jusqu’à un quartier mort, devant une guest-house… tout aussi morte. Toutes les lumières sont éteintes. Il y a pas d’écriteau. Il y a pas un chat. Personne.

C’est mort.

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Et voilà le fameux escalier de la walk of shame dans Game of Thrones.Tout le monde vient y faire la même photo, et tout le monde se retrouve confronté à plein de monde, et une vue – du haut des escaliers – qui a rien à voir avec celle de la série, et te fera apprécier le travail des décorateurs / des mecs des effets spéciaux qui effacent, entre autre, les enseignes des bars et restaurants…
Je fais trois fois le tour du pâté de maisons sans trouver avant d’apercevoir un minuscule écriteau guest-house près d’un interphone – ça peut être que là, non ? La taulière m’ouvre les paupières lourdes et en robe de chambre. Je lui montre ma réservation sur mobile, elle me dit qu’ici c’est le numéro untel, que la mienne est à côté au numéro untel bis. Je me confonds en excuses et retourne à mon point d’arrivée : c’est bien ça, ce bâtiment de 3 étages toutes lumières éteintes, je me suis pas trompé. J’essaie d’appeler, tombe sur répondeur.

Sans déconner. Entre la frontière, la pluie et la réservation fantôme, c’est possible d’être aussi chat noir ?

Les services clients de la guest-house et de Booking.com se sont renvoyés la balle. La guest-house en m’assurant, captures d’écran à l’appui, qu’elle avait bien signalé au site qu’elle acceptait pas les entrées passé minuit, et qu’elle procédait à aucun remboursement. Booking en m’offrant un bon de réduction de 25 euros – loin de couvrir ma nuitée. Résultat : Booking.com étant aux abonnés absent dès lors que la situation se corse, je continuerai à l’utiliser comme un annuaire, mais lui verserai plus un cent, et réserverai directement auprès de mes piaules…

Je finis par mettre les pieds dans une chambre d’hôtel sur le port, à 1h30 du mat’,

en lâchant un rire nerveux devant la propreté de la chambre, la blancheur des draps du lit double, et LA DOUCHE. Mais je dormirai pas avant 4-5 heures du matin, trop occupé à imaginer différents scénarios catastrophe. Le plus simple, mais embarrassant : laisser la moto à l’hôtel, demander à Seka, ma logeuse bosniaque, de venir me chercher à Dubrovnik, et revenir avec elle et mes affaires. Mmmm. Variante : faire pareil en bus. Il y en a 4 par jour, c’est un coup à perdre la journée. Me faire piquer mes affaires en Bosnie par ma logeuse démoniaque, me faire piquer ma moto en Croatie par une petite frappe sans foi ni loi… Être fiché en Bosnie et plus pouvoir entrer du tout. Et juste après ça, l’apocalypse nucléaire.

Je retrouve Seka sur Messenger au petit déj de l’hôtel.

seka minex apprtments croatie dubrovnik Trebinje corruption douanes Dans sa langue natale, elle a des mots doux, des mots simples, moi j’ai l’estomac plein, alors elle me convainc facilement d’une idée enfantine : retenter ma chance en pleine journée, alors que M. Flaplapla aura forcément quitté son quart. C’est ce que je fais vers midi, en serrant les fesses pour tomber sur quelqu’un d’un peu plus compatissant. Il me faudra encore une fois plaider mon cas, montrer à l’officier ma conversation en bosniaque avec Seka. Mais le moustachu de service me laissera passer. Je le recroiserai une heure plus tard, après une bonne douche et avec toutes mes affaires avec moi, pour visiter Dubrovnik en bonne et due forme.
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Quand tu reprends tes affaires après 24h en Bosnie pour aller visiter – enfin ! – Dubrovnik en bonne et due forme.
Allez zou, fin de l’histoire. Bilan des courses : 14 euros de réservation en Bosnie, 45 euros de réservation fantôme à Dubrovnik, 55 euros d’hôtel, un égo de petit cul blanc européen égratigné. Et une anecdote à partager…

Et donc, à Trebinje, Bosnie, pour un logement pas cher à 30 km de Dubrovnik, cherche Seka – Minex Appartments sur AirBnB ou Facebook. Motards bienvenus.

A Dubrovnik, j’ai mangé en plein coeur de ville, une pizza bière café à 23 euros euros chez Mea Culpa, dans la vieille-ville. La bonne surprise est venue de la Taverna Otto, sur le port (à 400 mètres de mon hôtel, cf ci-dessous) charmant petit restau au calme et charmante cuisine de la mer, 34 euros la totale entrée plat dessert verre de rosé et café. Vivement recommandé.

J’ai dormi à l’hôtel Petka pour environ 55 balles la nuit (sans balcon. Rajoute 12 euros pour un balcon) avec petit déjeuner. Il est sur le port, à environ 3 bornes et 1/4 d’heure de la vieille ville. Propre, net, sans bavures, et assez curieusement, moins cher que des chambres solo en hostel où je suis allé frapper sur la même rue. L’hôtel met des navettes vers Dubrovnik à disposition, pour 5 ou 10 euros, je sais plus.

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