Tu crois être tranquillement calé sur les rails de ta vie, avec arrêts quotidiens aux stations métro, boulot, dodo. Tu t’ennuies sans oser trop le dire, la tête dans ton Kindle ou les oreilles dans les écouteurs sans fil de ton smartphone. Tu penses à ta retraite, à tes factures, tes prochaines vacances.

Tout ça est pas super bandant mais au moins tu vois plus les pubs criardes pour des cocktails guarana / vitamine C ou des cours d’anglais à prix cassés.

Et puis de temps en temps le grand chaos de l’existence se rappelle à toi.

Ce peut être un punk à chiens bourré qui entre dans la rame en criant « mort aux vaches ». Un sdf qui vend le dernier Sans abri mag avec une chanson rigolote. Le sourire contagieux d’une nenette / d’un type qui rêvasse devant toi, et te fait dire que oui, on trouve des moments de grâce dans les transports en commun.

Ou un arrêt technique à cause d’un incident voyageur, du genre d’incident qui arrive quand l’un d’entre nous supporte plus de jouer la comédie et décide de sauter du wagon en marche.

métro parisien
Allez, plus que 30 ans et du seras tirée d’affaire. Photo CC Sylvain Courant, FlickR

Prends ma pomme.

J’utilise pas les transports en commun pour aller bosser. J’ai même pas besoin de sortir la moto. Mais 1 mois avant que le réel se rappelle à moi dans un crissement de freins – envoyant bouler tous les quidams de ma rame par terre – il y en a même un qui a perdu un de ses écouteurs et l’a jamais retrouvé – j’écrivais ce billet : « Le plus court chemin entre cerveau et poignée d’accélérateur ».

J’y décrivais ce doux sentiment qui t’anime en moto après 4 ans

quand tu trouves l’équilibre entre confiance et vitesse plaisir.

Chuter en moto était la dernière de mes pensées.

Et donc, tout ça a volé en éclats quand je me suis gaufré à la sortie des moulins de Jajce, Bosnie.

J’étais en plein dans un virage pépère quand d’un coup d’un seul j’ai guidonné droite / gauche à 45 km/h avant de perdre l’arrière en low side, c’est à dire de déraper. La moto s’est couchée sur le flanc droit à 27 km/h, je suis tombé sur les fesses, et je l’ai regardée glisser sur une dizaine de mètres.

J’utilise un airbag moto Ixon / In&motion, c’est en extrayant ses données que l’équipe d’In&motion a pu me fournir des informations aussi précises de l’accident.

Les romanciers et les réalisateurs usent et abusent du ralenti dans ces situations là (pense à l’assassinat de Don Corleone dans Le Parrain). Tout est d’une précision extrême.

Pour ma part j’ai pas compris grand chose que j’étais déjà relevé, courant vers ma moto pour couper le contact et la dégager de la route avant qu’une voiture arrive dans un sens ou dans l’autre.

What the fluck ?

Fatigue ? en 3 jours j’avais enquillé 1300 bornes – dont une traite de 900 km le premier jour.

Pneus glissants ? Il avait plu dans la journée et quelques minutes avant, pendant ma visite des moulins.

Revêtement glissant ? Le virage était plein de ces rustines de goudron qui on l’air de rien quand tu as 4 roues mais sont très très vicieuses pour les deux roues.

Je penche pour une combinaison des deux dernières propositions mais le doute subsistera toujours.

En revanche, j’étais d’un grand calme. Pas d’adrénaline pulsant dans mes veines, pas de panique.

184 kilos, la moto (hors plein d’essence) : j’arrive pas à la relever seul. Je l’ai fait avec Haki, un vingtenaire qui a pris le temps de s’arrêter me porter son aide. Il m’a offert une clope et m’a fait parler pour s’assurer que tout allait bien, que j’étais pas en état de choc. Il a même demandé à ce que j’enlève mes fringues moto pour regarder si j’avais pas été blessé. Et il est parti que quand il a été rassuré. Merci, mon pote. Ami lecteur, si tu te retrouves dans la même situation que Haki, je compte sur toi pour assurer comme lui.

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J’ai eu du bol.

Aucune pièce maîtresse a été touchée, ma Street a juste quelques éraflures cosmétiques, il y en a pour moins de 200 euros en pièces d’occaze. Je vais faire pleurer personne avec ce crash. Le forum consacré à ma moto préférée est plein d’histoires de motards qui sont passés à deux doigts de la mort. Ou bien s’en sont tirés avec des mois de fractures, points de suture, membres éclopés, fauteuil roulant – et des motos bonnes pour la casse.

A côté, j’ai fait une chute de bébé.

Chuter en moto ? Le plus dur c’est pas de se relever, mais continuer à rouler

« Surtout, aies pas peur de reprendre la moto », m’a dit Haki en partant. J’écris ça un mois, un mois et demie après, et c’est compliqué. Elle et moi, on se regarde un peu en chiens de faïence. Enfin, surtout moi. Je sais bien que c’est qu’un agglomérat de métal et de plastiques et qu’elle a rien fait. Mais même après 2000 km parcourus depuis l’accident, j’ai du mal à reprendre la confiance.

J’avais déjà eu un signe avant coureur l’hiver précédent. Mais là, j’ai l’impression d’être projeté 3 ans et demi en arrière, comme quand je sortais du permis, que je savais pas prendre les virages, que je roulais comme un pépé. J’ose plus pencher, je suis crispé. J’ai peur de chuter en moto à nouveau, je me dis que tout est à refaire.

C’est violent. J’ai pas le moral.

Je me dis aussi que ça ira mieux après la révision des 50 000 qui approche, quand j’aurai demandé au mécano de vérifier que j’ai rien laissé passer, qu’elle est bonne pour repartir comme en quarante.

J’ai encore tant de belles routes et de belles destinations à voir. Tant de plaisir à prendre.

On dit – je l’ai déjà écrit ici – que l’excès de confiance à moto est un vilain défaut.

C’est donc que le doute est une qualité.

Je doute, donc je continuerai à rouler ?

5 Comments

  1. Le fait d’en parler ouvertement doit contribuer à atténuer ce petit trauma, et bien sur que tu va continuer à rouler, tu le sais bien !
    Une petite frayeur vaut mieux qu’un enorme (et unique) crash, et à chaque fois on doit reprendre le travail de confiance en sois, en la moto, et en le 3eme élément : la route 😉
    Notre vie de motard tient à pas grand chose n’est ce pas … c’est le prix à payer pour avoir autant de kif en barres 🙂

    1. Tu as tout à fait raison, amen ! En parler, ça aide déjà un peu, et je sais bien que j’abandonnerai pas la moto comme ça.
      Mais quelle sensation bizarre ! On se sent tout petit tout démuni. Et cette fichue route qui en fait qu’à sa tête…

      1. Hello

        J’ai découvert durant mon repos forcé (gamelle à pas vite mais avec fracture) ton blog, j’ai aimé ta prose.

        Je lis là que tu as fait une petite chute. Rien de méchant visiblement mais l’égo et la confiance en souffrent toujours un peu.
        La moto, tu l’aimes… y a qu’à voir comment tu en parles. Tu y retourneras, même si ça doit te prendre un peu de temps avant de retrouver le plaisir du ride.

        Petit conseil, va rouler avec des copains, ça t’aidera à surmonter ton appréhension.

        V

        1. Ola Élo ! Merci pour ton comm. L’égo ça va, je suis serein avec ça, j’assume de rouler comme un poireau comme on dit !

          Mais la confiance c’est autre chose, ça gêne beaucoup plus à moto. Hé bien figure-toi que ça revient plus vite que ce que je pensais. J’aurais pas cru ! Faut dire que je suis en Corse ces jours-ci et que les petites routes pleines de virages tranquilles comme entre L’Île Rousse et Saint Florent sont un bon remède !
          Faut dire aussi que je me suis rien cassé et ma chute avait rien d’impressionnant. Je pense qu’on remonte pas aussi vite en selle après un gros carton. Surtout remets toi bien, prends soin de toi et reviens quand tu veux !

          1. Hey 🙂

            Merci pour ta réponse.
            Si l’égo va bien et que la confiance revient (mais pas trop hum ?) alors c’est au top, surtout profite bien de ta virée dans l’île de beauté !
            Le fait que tu roules beaucoup doit aider, se faire plaisir sur de belles routes aussi !

            Bah dès que nos fragiles squelettes lâchent, le tarif c’est minimum 2 mois 1/2 avant de retourner profiter des petits plaisirs motards par 35 degrés à l’ombre (option cuir pour les puristes) 😉

            Au plaisir de lire tes prochains articles !

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