Le week-end dernier j’ai testé ma Gopro toute neuve. Les progrès faits par le fabriquant américain sur ses joujoux hors de prix sont impressionnants. Notamment sur la stabilisation optique, qui permet de gommer efficacement les vibrations mécaniques et turbulences du vent.

Le plan ci-dessous me subjugue.

Il est parfaitement cadré (pur hasard) et à mes yeux il transmet beaucoup de choses de la conduite moto : l’impermanence, la fragilité, le plaisir, la physique : vent, vitesse, équilibre. Surtout, je suis fasciné par ma vulnérabilité – je suis pas taillé comme un molosse, et l’angle de vue le souligne clairement.

Sans compter que ce jour là j’ai clairement pris conscience que l’humeur jouait sur ma manière de conduire. On va dire que je suis préoccupé en ce moment, et que ça se traduit par de violentes accélérations qui me conduisent parfois, comme ici, à doubler comme un bourrin.

J’ai tourné ça dans ma tête pendant quelques jours, et j’ai fini par avoir envie de t’écrire deux ou trois choses :

Il y a la poussée de l’air sur mon torse, mes épaules, mon casque. Les vibrations qui remontent de mes poignets jusqu’aux tendons de mon cou, et ce vrombissement qui emplit mes oreilles jusqu’à ce que je ne puisse plus distinguer le bruit de mon pot d’échappement de celui du vent.

Il y a à chaque virage cette curieuse inclinaison entre terre et ciel, et la force centrifuge qui tente de m’attirer dans ses filets.

Les lois élémentaires de la physique qui jouent contre moi, et moi qui me joue d’elles.

L’instabilité systémique et l’équilibre comme forces maîtresses, là où le bipède et le conducteur de cage de fer se posent même pas la question, trop bien heureux de leur évidentes horizontalités.

Du regard, je dois et vais

chercher le point de sortie de mon virage.

Du bassin (cuisses fermement serrées sur le réservoir) et des épaules, j’emmène ma moto

à droite

et à gauche.

Du poignet droit, je dose

en permanence

le filet de gaz qui m’envoie dangereusement flirter de la ligne blanche au milieu de la route aux pointillés du bas côté à ma droite, je sais que tous les deux me feront pas de cadeaux si je me rate.

J’ai peur.

Parce que j’ai abordé le permis moto comme j’ai beaucoup abordé la vie : un cas d’étude dont la solution se trouverait dans les livres ou dans l’analyse de vidéos sur Youtube – 6 mois avant mon permis je connaissais le livre de code moto par coeur, et je regardais des heures de crashs en moto (gore, tripes, peau, sang, tête, camions, choc, frontal) pour me promettre de ne jamais oublier.

(ma vulnérabilité)

J’ai peur, parce que j’ai oublié et que depuis peu je me surprends à ne plus faire attention à tout ça

à ne plus

décomposer

mes

mouvements

(tête vide, esprit clair)

et à

vivre dans le moment.

Je ne pense plus

Je suis

La moto m’apprend le lâcher prise

Je ne suis plus que moment et plaisir, et un corps sur une machine à deux roues qui passe,

Je ne suis plus que

le

plus

court

chemin

entre mon cerveau et la poignée d’accélérateur.

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