Aujourd’hui je sors de la révision des 50 000 kilomètres à moto, avec ma Street Triple R de 2014. J’ai appris à conduire avec elle, traversé une dizaine de pays, chuté – trois fois – et pris des heures et des heures de plaisir. Englouti des sommes folles, aussi (dont je te fais le détail ci-dessous) mais quand on aime, on compte pas. Et ma Street, je l’adore !

Tu veux savoir ce que c’est qu’être motard ? Tu oses pas franchir le pas ? te demande combien ça coûte ?

Ce billet est pour toi.

50 000 km en Street Triple R. Un vrai avion de chasse. Si tu m’avais dit ça, au début… j’avais plus en tête des choses du type « une première moto, faut commencer petit » (c’est à dire avec une petite cylindrée à puissance raisonnable), « une première moto c’est pour se faire la main, on a vite envie d’en changer », « faut penser à la revente, pour pas trop perdre d’argent, ça va vite, avec le kilométrage… ».

Les deux premières années, je l’ai souvent lustrée, j’ai pas pris de risques, en pensant effectivement à la fameuse revente et à la prophétie auto-réalisatrice du pas doué en moteurs (j’ai eu mon permis B à 19 ans, après 2 ans de permis accompagné, le code passé 2 fois, la conduite 3 fois).

Street Triple R 50 000 kilomètres
J’ai galéré pour avoir ce cliché. L’ordinateur de bord affiche pas le compteur de kilomètres total à part brièvement quand tu allumes le contact. Je me suis arrêté plusieurs fois en quelques kilomètres jusqu’à 49 999… et une dernière fois pour faire ce compte rond. Pfiuuuu.

Et puis la revente est jamais venue. D’abord j’ai des goûts de luxe, ou plutôt snobs, mais pas la carte bleue qui va avec. Il m’est apparu rapidement que changer pour une autre moto neuve comme j’ai pu changer de jeans ou de blouson moto allait être un poil compliqué.

Surtout, au fil de 50 000 kilomètres à moto et du lien créé avec ma machine, l’envie d’en changer m’a passé comme un rêve qu’on a oublié demi-heure après le réveil.

Il y a très, très peu de modèles actuels qui me font de l’oeil. C’est simple, hormis un Street Scrambler de Triumph, ou la grande soeur de la Street Triple, le modèle revampé en 2017 à 765 centimètres cubes : c’est le désert. Bon, j’avoue, les 3 sorties d’échappement de la MV Augusta « Brutale » me font de l’oeil aussi, mais avec ce genre d’engin je donne pas cher de mon espérance de vie, ni de mon couple (regarde la « selle » arrière).

Et puis je me suis jamais lassé de ma meule.

Ma moto, c’est la plus belle.

C’est l’un des meilleurs anti-stress connus (mais malheureusement pas reconnu par la Sécu).

J’irai jusqu’au bout du monde avec elle.

Et avant que j’atteigne les limites de ce que ma Street peut faire sur route, bah, j’aurais perdu 50 points sur mon permis, et je serai mort – d’un grand âge.

On m’a dit que la moto c’était dangereux et que je ferais mieux de prendre un scooter.

Oh. Et est-ce que tu sais que quand tu fous un enfant au monde, tu le condamnes par là à mourir ? Et puis désolé de te le dire, mais tu pues la clope.

J’ai passé mon permis A à 34 ans.

Et j’ai raté le plateau 2 fois. J’avais aucune expérience de deux roues hormis un an de cyclo 103 sv au lycée. Mon seul regret ? Pas avoir pu commencer avant.

excalibu excalibur city escalibur prague praha république tchèque frontière autriche vienna austria
La meilleure moto du monde devant le restaurant-avion à Excalibur city, improbable centre commercial à la frontière tchéco-autrichienne.

J’ai tranquillement appris à l’apprivoiser.

Pendant 30 000 kilomètres, j’ai roulé pépère, en mode TLB (« traîne la bi@# », comme on le dit sur les forums motards). Ce qui m’a pas empêché de me faire quelques frayeurs, cette demi-douzaine de fois pendant les 6 premiers mois où j’ai pilé à la dernière seconde avant un virage, le cerveau comme enrayé, persuadé que j’allais me foutre au tas car le virage était trop serré pour ma vitesse d’entrée.

Une demi douzaine de fois où j’ai terminé dans la voie d’en face, et où si une voiture avait jailli à ce moment là, j’étais probablement parti pour finir en fait divers.

Pendant les 6 premiers mois, il y a même eu une sortie où je m’étais bien chauffé toute la journée, où j’ai surveillé l’heure jusqu’à la quille au bureau. Et où quand je l’ai prise, ça a duré un quart d’heure. J’étais finalement tellement pas en forme que je me suis retrouvé sur la voie de gauche à foncer sur une voiture en sens inverse… en plein ligne droite (l’attention attirée par un panneau publicitaire sur la route !).

Cinq minutes plus tard j’ai enchaîné avec un virage pris à la mords moi le pneu, et… j’ai sagement fait demi-tour pour rentrer au garage.

Pour reprendre les formules des motards : les traces de freins dans le slip, c’est rigolo une ou deux fois, mais en moto, faut pas rouler au-dessus de ses pompes, sous peine de s’en trouver une nouvelle paire, du genre funèbres.

J’ai failli repartir de la terrasse des cafés avec mon anti-vol pas enlevé de la roue. Classique.

Mais je l’ai fait que deux-trois fois, oh, hey, hein, ça va, rigole pas, je suis sûr que tu l’as fait aussi.

Je suis monté sur la moto en ayant pas enlevé l’alarme. Petit son et lumières improvisé : un peu de musique et je me faisais DJ.

J’ai perdu 4 points. Seulement. Une seule fois.

En grillant un feu rouge, la tête en vrac, parce que je m’ennuyais à suivre une cohorte de voitures à 30 à l’heure, que j’ai voulu remonter la file.

Ri-di-cule (et foutrement dangereux, oui). Mais bon, 4 points en 50 000 kilomètres à moto, ça va, je peux vivre avec.

bateau moto ferry corse motio moto
La première fois que tu prends le bateau avec la moto : angoisse : le premier qui me la raye ou l’attache mal, je le fume !

Je me suis emporté contre les conducteurs de bagnole.

Une ou deux fois. J’ai même pilé en pleine rue devant un type pour descendre et lui passer un savon. Et puis j’ai compris que les automobilistes étaient pas câblés pour nous voir, et j’ai adopté une conduite défensive, toujours sur le qui vive. En me disant sagement que contre une voiture, responsable ou pas responsable peu importe, en cas d’accident c’est moi qui casquerai.

A 30 000 km, après inspection de la mécanique, mon mécano m’a gentiment invité à taper un peu plus dans le moteur.

Je commençais à prendre un peu confiance. Alors si en plus j’avais l’autorisation du boss, ben je me suis mis à monter un peu dans les tours.

(La vérité c’est qu’en bon poireau, autre expression motarde, je pensais qu’il fallait passer les vitesses au plus bas régime possible pour ménager la mécanique, genre la 6e à 50 km/h).

50 000 kilomètres en Street Triple R 50 000 km moto road trip
Pour mon premier road-trip, je me suis trop chargé.

50 000 kilomètres à moto, 400 coups, 10 pays.

Les 5 terres et Pise en Italie. La Corse – tous les ans. Allemagne (yeah, 230/240, maximum compteur sur l’autobhan !), Autriche. République Tchèque. Slovénie. Croatie. Bosnie. Monténégro. Albanie. Grèce. J’ai fait deux fois 1350 bornes en une journée pour revenir de Brême (Allemagne) ou du lac de Bled (Slovénie), des expériences en soi. Tout comme essayer de passer la frontière entre la Croatie et la Bosnie sans son papillon d’assurance.

J’ai roulé des jours et des nuits, j’ai eu chaud et j’ai eu froid

En l’achetant j’avais certes dans un coin de la tête le caractère un poil exclusif (en moto, ça veut dire « inconfortable ») de la Street triple R : plus à l’aise sur circuit que pour transporter des bagages, une selle symbolique, sa partie passager réduite à peau de chagrin. Pas de saut de vent pour me protéger (j’en ai pas voulu), bonjour la pression sur mes cervicales.

Beigbeder a écrit « L’amour dure 3 ans », et ma mère m’a toujours dit : « méfie-toi, les petits défauts du début, quand tu es amoureux, ça passe, mais à la longue, quand la passion diminue, tu vois plus que ça ».

Mais c’était elle et aucune autre et la passion est toujours là et j’ai toujours voulu tout faire avec ma Street triple R. Impossible de me cantonner à la balade pépère ni au moto-boulot-dodo.

J’ai chuté, aussi. Et elle est tombée. 3 fois.

Quand je me suis renseigné sur les assurances, je comprenais pas pourquoi c’était aussi cher. Comment ça, moi, chuter ? Vous n’y pensez pas, monsieur. Trop calme, trop posé pour ça. J’ai 30 balais bien tapés, je suis pas un petit jeune chien fou. Et puis, abîmer ma belle ? Diantre, vraiment, c’est pas sérieux. On part sur une réduc de 20 % ? Une partie de mon logiciel est encore bloquée sur une décennie fantasmée où on faisait ce genre d’affaires à la confiance, avec une bonne poignée de main.

Tu parles. Les assurances font pas de sentiment, et elles ont raison. En 50 000 kilomètres à moto, les probabilités sont pas de ton côté…

Street triple R accident moto
Une moto neuve ruinée à un feu rouge, une ! Il a fallu 3 semaines de réparations avant que je la récupère.

La première fois que j’ai chuté, Brienne (c’est pas moi qui l’ai baptisée, mais j’aime bien) était encore bébé : 6 mois et 8000 kilomètres. On s’est fait rentrer dedans à l’arrière, en ralentissant pour s’arrêter à un feu rouge, par une automobiliste distraite. Il y a eu un gros crac, l’arrière de la moto s’est soulevé, brisé en deux, et je suis tranquillement tombé sur le flanc, presque à l’arrêt. Indemne.

Maintenant tu sais pourquoi les motards passent devant toi et entre deux files pour remonter la file jusqu’au feu.

La deuxième fois, à 46 000 kilomètres (3 ans et demie plus tard), j’ai glissé dans un virage en Bosnie.

La troisième fois, c’était un mois plus tard – 5 minutes avant le coup d’envoi du match qui allait faire entrer l’équipe de France de foot dans l’histoire du Mondial pour la deuxième fois, face à la Croatie. J’ai retrouvé la moto devant la résidence où je l’avais garée, éclatée par terre, couchée sur le flanc droit (donc pas celui côté béquille).

Le vent soufflant que très modestement et aucun tremblement de terre ayant été enregistré ce jour là, j’ai pas eu d’autre choix que de conclure qu’on me l’avait tout simplement retournée d’un geste puant d’ignominie.

La chute a fait plus de dégâts financiers que ma gamelle précédente. Un phare et une écope de radiateur (= morceau de carénage) + un garde boue avant en moins, yeah !

Au moins j’ai évité la chute toute bête à l’arrêt parce que le pied rippe sur des graviers ou qu’on béquille mal. Deux autres classiques, oui.

Street Triple R phare cassé chute moto 50 000 kilomètres à moto
A la rubrique « petite boutique des horreurs », cette photo est désormais gravée dans mon cerveau au fer rouge, quelque part entre celles du petit Aylan et la petite vietnamienne crâmée au napalm. La moto est tombée contre l’un des rochers que tu vois en arrière plan, c’est ça qui lui a fait très mal. Pour te donner une idée, changer UN phare pour un neuf c’est ~ 230 euros (384 les deux), et 30/40 euros le faisceau (la partie du câble qui a morflé). Hors main d’oeuvre (il y en a pour une heure et demie). Je vais m’en sortir en ayant commandé la coque grise pour 10 balles sur le Bon coin. Et je te parle pas du garde boue rayé (marque grise sur la photo) ni de l’écope de radiateur fracassée (le truc gris en dessous du truc rouge, 90 balles neuf).

J’ai englouti un certain montant

Révisions tous les 10 000 km au tarif fixé par la marque de la moto, usure des consommables, pneus, plaquettes de frein, kit chaîne (changé à 45 000 km), jeu aux soupapes, une crevaison… tous comptes faits depuis le kilomètre zéro jusqu’à aujourd’hui, ma moto me coûte dans les 63 euros par mois d’entretien.

Sachant que je pousse pas la mécanique comme un furieux (moins d’usure pneus….) mais que je fais tout faire dans la concession d’origine de ma moto, étant terrifié rien qu’à l’idée de poser des étagères Ikéa. Et puis j’ai le même mécano depuis 4 ans, j’aime bien.

63 euros par mois c’est une moyenne bien sûr, tout le long de l’année il y aura rien et puis d’un coup, boum, grosse révision des 40 000 : 750 euros.

Ajoute à ça le prix de l’assurance, de l’équipement, de l’essence, et du garage le cas échéant. Le garage c’est 70 balles par mois. L’assurance, je préfère rien te dire, de peur que tu meures de rire (j’ai qu’un bonus de 0,85).

Minute marchand de tapis : en 50 000 kilomètres à moto, la mécanique de la Street Triple R m’a jamais lâché. Hormis les accidents, j’ai jamais eu a aller en urgence au garage pour aucune panne, aucune pièce.

Après 50 000 kilomètres à moto avec ma Street Triple R, j’ai un niveau de poireau.

Je prends tellement pas d’angle dans les virages que la surface de pneu non usée sur les côtés fait bien 1 cm. Ma bande de peur en fait sourire beaucoup. Tu peux même dire que j’ai les pneus carrés.

Mais j’ai encore un pneu de temps (aha !) avant de raccrocher pour une moto plus sage, genre une Harley *tousse* *tousse que je lorgne en secret.

Malgré tout je reviendrais en arrière pour rien au monde,

Oui j’ai eu chaud, j’ai eu froid, je suis moyennement doué, je suis tombé et ça coûte cher, mais bordel. Quel pied !

Il est bien possible que je te parle encore de ma Street à 100 000 kilomètres.

 

4 Comments

  1. Supers articles, je t’ai trouvé via Twitter hier, et je parcours l’ensemble de tes articles en partant de celui ci avec grand intérêt depuis !
    Je suis un « nouveau » motard, 2000 bornes dans les pattes soit rien du tout (entre parenthèse car 125 et cross plus jeune). Et je retrouve tellement de ma petite expérience… La prise de confiance progressive et trompeuse, les doutes, l’emballement, les premiers interfiles ^^… Pas sur non plus que je me débarrasse de ma Hornet un jour ^^ mais elle a déjà autant de kilomètres que ta street (49k)…
    Bref, merci pour tout ces retours d’expérience, c’est très très instructif pour un poireau comme moi (je viens de l’apprendre ce surnom) !

  2. Merci Ivanoff ! Gare, la prise de confiance trompeuse se manifeste plus tard que ça, encore. Mais bon, avoir déjà atteint un âge raisonnable est garant de sécurité supplémentaire.
    Amuse-toi bien avec ta Hornet. J’ai sérieusement envisagé me prendre l’un des derniers modèles, noir mat et or, que je continue à trouver très joli !

  3. Salut à toi ‘poireau’ brièvement rencontré ! Poireau peut être mais sacré plume (je te l’avais déjà dit) et sacré courage aussi pour vivre ta passion là où on ne rencontre presque que des trails (comme ma GSA) ou des GT. Je te salue bien bas, au plaisir de te croiser à nouveau !
    Bien amicalement !

    1. Hello Jean-Luc, très touché de te voir passer ici, d’autant que tu es toi même riche de nombreuses histoires de la route. Au plaisir, effectivement, de te recroiser encore, qui sait ?

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